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J'ai aimé Lost in Random jusqu'au premier boss

Le jeu vidéo Lost in Random, né sous le label EA Originals, prend la forme d'un conte burtonien particulièrement inspiré. Il se perd hélas dans des combats aussi longs que rébarbatifs.

On connaît Electronic Arts pour ses sagas phares rapportant, chaque année, des millions de dollars (FIFA, Battlefield). Mais il ne faut oublier que le géant américain dispose aussi d'un label Originals qui fait la part belle aux productions indépendantes. C'est souvent une marque de qualité, quand on repense par exemple à l'ébouriffant It Takes Two -- disponible depuis peu. EA Originals permet de donner vie à des idées et des univers échappant aux carcans habituels de l'éditeur (le foot et la guerre). Lost in Random, développé par Zoink (le féérique mais très léger Fe), espère surfer sur cette vague.

De prime abord, Lost in Random -- disponible sur PS4, PS5, Xbox One, Xbox Series S/X, PC et Switch à compter du 10 septembre -- a tout pour plaire aux fans des films de Tim Burton. Il prend la forme d'un conte un tantinet macabre, centré sur une fille partie à la recherche de sa sœur -- emmenée par une méchante reine. Hélas, passés les émois des premières heures, les combats fastidieux ont raison de notre enthousiasme.

Un univers digne de Tim Burton

Dans Lost in Random, les enfants doivent passer une sorte de rite consistant à lancer un dé à six faces à leur douzième anniversaire, le score déterminant leur destin. S'ils obtiennent un six, ils auront la chance -- chance étant un bien grand mot -- de se retrouver auprès de la Reine du royaume Aléa, composé de six zones. Telle est la règle à laquelle Paire refuse de se soumettre quand Impaire, sa sœur, obtient ce fameux six maudit. Autour de ce point de départ s'articule une aventure durant laquelle l'héroïne va s'associer à un étrange dé vivant -- Décisse -- qui lui octroie des pouvoirs puissants.

L'univers de Lost in Random est particulièrement inspiré. Les ressemblances avec l'œuvre de Tim Burton sont frappantes (la direction artistique très gothique, parfois horrifique), mais on pense aussi à Alice au pays des merveilles (qui a déjà eu droit à une adaptation encore plus trash sous pavillon EA). L'écriture fourmille d'excellentes idées. Les développeurs jouent sur les mots pour donner vie à un monde célébrant tout ce qui est lié aux jeux de plateau. Et on adore la manière dont ils sont parvenus à imaginer des environnements à l'identité propre. C'est ainsi que la deuxième strate repose sur une double ville, quand la troisième vit au rythme d'une guerre que se livre des triplés. Zoink s'est arrangé pour transformer chaque face d'un dé en décors loufoques -- avec une cohérence fascinante.

Lost in Random prend par ailleurs le temps de poser son récit simpliste -- sauver un membre de sa famille -- en multipliant les dialogues avec la galerie colorée de personnages que Paire croise. Le casting est tout à la fois effrayant -- des apparences que ne renierait pas L'Étrange Noël de monsieur Jack -- et attachant -- les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Lost in Random perd cependant son rythme en se montrant trop bavard. Et la mise en scène manque de souffle.

Les combats partaient d'une bonne idée...

La personnalisation du dé influence la manière dont sont construits les combats face aux robots de la Reine. Et elle n'est pas simple à expliquer : concrètement, on peut lancer Décisse pour obtenir des points à dépenser pour activer des cartes obtenues aléatoirement (à partir d'un deck qu'on aura élaboré au préalable). Lesdites cartes peuvent être des armes à l'utilisation limitée, des potions de soin ou encore des compétences spéciales pensées pour se faciliter la tâche (voire tricher). Cet aspect stratégique est intéressant. Astuce : on peut mettre plusieurs fois la même carte dans son deck, pour maximiser les chances de la tirer.

Quid des graphismes ?

Graphiquement, Lost in Random souffle le chaud et le froid sur PS5. Certaines textures sont vraiment belles, et attirent indéniablement le regard. D'autres le renvoient à son statut de jeu à cheval sur deux générations. Heureusement que la direction artistique est somptueuse, avec un côté vieux jouets abîmés qu'on aurait ressorti du grenier.

Si on peut louer l'originalité de cette approche moins centrée sur l'action, force est de reconnaître qu'elle rend les affrontements très laborieux. Car pour obtenir des cartes, il est nécessaire de ramasser des petits cristaux après avoir tiré dessus avec son lance-pierre. Cette première étape pendant laquelle on ne fait aucun dégât aux ennemis rallonge inutilement les nombreux face-à-face, qui prennent place dans des arènes. Pour ne rien arranger, Zoink n'a pas su concevoir un bestiaire très varié. Pire, certains adversaires sont très pénibles à abattre, puisqu'ils nécessitent des armes particulières liées à des cartes qu'on n'obtient pas toujours tout de suite.

À ces problèmes structurels, qui se révèlent dès le premier boss important (avant, on s'en rend moins compte), s'ajoutent des déplacements très lourds, une caméra peu docile et des déséquilibres frustrants (spoiler : l'épée est vraiment nulle, quand le marteau est trop puissant). Pour ne rien arranger, Lost in Random ne repose sur aucun système de progression, au-delà des nouvelles cartes qu'on peut obtenir. Par conséquent, le dernier combat est aussi pénible que le premier, et on ne se sent jamais plus à l'aise avec un gameplay trop alambiqué. Il aurait fallu que Zoink mette au point plus de cartes différentes, pour vraiment forcer les joueuses et les joueurs à se triturer l'esprit pour construire un deck -- limité à 15 cartes -- à la stratégie très élaborée. À l'arrivée, Lost in Random se veut plus tactique et profond qu'il ne l'est vraiment, en restant trop en surface de ses mécaniques. Et c'est Paire qui ne gagne pas vraiment au change dans toute cette histoire.