Numerama a rencontré Charlie Brooker, le créateur de la série à succès Black Mirror, et Annabel Jones, productrice de la série. Nous avons abordé les difficultés à construire un épisode interactif pour adulte qui ne soit pas frustrant alors qu'il se situe à la frontière entre le jeu et la fiction.

Pour Charlie Brooker, c’est une évidence : les spectateurs doivent tester plusieurs fins alternatives. « Je dirais qu’il faut en voir au moins deux », précise-t-il, lorsque Numerama le rencontre à Londres, quelques dizaines de jours après la mise en ligne de l’épisode-phénomène Bandersnatch sur Netflix.

Bandersnatch est un épisode interactif dont la durée varie en fonction des choix que le public fait. Il se situe entre la saison 4 et la saison 5 — retardée — de Black Mirror, série d’anticipation britannique dont Netflix a acquis les droits en 2015.

Charlie Brooker // Source : Wikimedia/Feline_Dacat

« Il n’y pas de règle spécifique concernant le nombre de fins qu’il faut voir. Mais il y a un aspect non négligeable qu’il faut prendre en compte : les choses se reproduisent de manière différente, à l’intérieur même de l’intrigue.  », a-t-il précisé.

Bandersnatch n’est pas un épisode interactif classique dans lequel le spectateur peut seulement décider des actions du protagoniste : le héros, Stefan, prend au fur et à mesure conscience qu’il est contrôlé par une force extérieure. L’une des fins de Bandersnatch inclut même l’existence de Netflix, la plateforme de vidéo à la demande par abonnement qui a convaincu Brooker et Jones de développer ce format.

« Je pense qu’il est plus satisfaisant [pour le public] de voir qu’il existe plusieurs scénarios  » a jouté Annabel Jones. « On présente le monde d’un garçon qui a l’impression de ne plus rien contrôler, il a l’impression d’être possédé — ce qui, au final, se trouve être vrai. Et c’est comme ça qu’on peut présenter cette idée globale. »

Charlie Brooker comprend toutefois que certains spectateurs aient pu se sentir frustrés par l’expérience de l’épisode : «  L’une des premières choses qu’on s’est dite, c’est que l’on voulait que les fins soient méritées. Elles devaient être différentes (…) Je comprends que ça soit bizarre, car on vous annonce à la fois que vous êtes arrivés à la fin de l’histoire, et en même temps on vous encourage à revenir en arrière. »

Des badges de récompenses pour voir toutes les fins

Le créateur de Black Mirror voulait pourtant aller plus loin : il avait imaginé un système de badges qui seraient remis aux spectateurs à chaque foi qu’ils auraient atteint une fin. En somme, il aurait fallu visionner l’intégralité des scénarios (plus de 3 heures, selon notre expérience) pour réussir à « débloquer » tous les badges. « Je pensais que ça aurait été une manière de montrer aux spectateurs qu’ils avaient atteint une fin. De quoi vous donner un sentiment de satisfaction, et que vous sachiez à peu près où vous en êtes », a justifié Charlie Brooker.

Capture d’écran d’une vidéo coulisses Black Mirror Bandersnatch // Source : YouTube/Netflix

Bandersnatch est une sorte d’ovni dans le paysage audiovisuel : film, épisode de séries, jeu vidéo ? Personne ne sait vraiment comment le définir, et cet entre-deux peut jouer en sa défaveur. «  Je comprends que pour les gens qui ne sont pas habitués à jouer, cela peut être trop surprenant et aliénant », a concédé Charlie Brooker mimant une expression de choc. « Et en même temps, pour les purs gamers, Bandersnatch est vraiment un jeu très simple. »

Mais Annabel Jones était convaincue que ce système de badges brouillerait trop l’expérience du jeu, et l’équipe a réussi à convaincre Brooker de les abandonner.

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