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Test de Gris sur Switch : quand le jeu raconte le deuil, cela donne cette pépite incontournable

Véritable pépite artistique assise sur une bande son incroyable, Gris est un chef-d'œuvre d'une mélancolie rare.

Une jeune fille perd la voix et le monde s'écroule autour d'elle. Abandonnée à son propre handicap temporaire, elle doit retrouver la force d'avancer dans une réalité qui lui échappe, où la moindre de ses émotions l'assaille, comme si elles devenaient non plus des forces mais des peurs. Gris, édité par Devolver, disponible sur Switch et PC raconte les différentes étapes du deuil -- déni, colère, expression, dépression, acceptation -- dans un enrobage étonnant. Et d'une beauté sans pareille.

Il est des jeux qui marquent les esprits au-delà du plaisir qui découle de leur gameplay. Quand ils quittent leur simple costume de divertissement pour enfiler la robe d'un chef-d'œuvre au sous-texte lourd de sens. Développé par Nomada Studio, Gris est de ceux-là. D'une poésie, d'une douceur et d'une mélancolie ô combien enivrantes, Gris est une date : il y a un avant et un après pour quiconque s'y immergera.

https://www.youtube.com/watch?v=tMGT09yDS8o

La réussite artistique au service du récit

Des premières notes de musique délicates, des esquisses ô combien fines : le jeu a à peine commencé que, déjà, on tombe littéralement sous le charme d'une production qui repose d'abord sur sa direction artistique pour inviter le joueur dans son univers tellement beau que l'on a envie de s'y perdre d'une seule traite. De vivre cette expérience que l'on imagine singulière et qui s'avère touchante dans sa justesse, sa structure et sa bizarrerie.

Et la claque n'est pas que visuelle. Si Gris multiplie les tableaux remplis de détails qui font toute la différence (les animations sans faille, par exemple), il s'en remet, aussi mais surtout, à une bande son hallucinante. C'est simple, chaque partition accompagne parfaitement ce qui se trame à l'écran, une qualité immense, associée à un sound design de circonstance, qui participe encore un peu plus à cette sensation de s'abandonner corps et âmes à un voyage des sens aptes à nous faire passer par une multitude d'émotions.

On comprend vite que chaque pixel, chaque note participe à une réussite globale, où rien n'est laissé au hasard, où chaque élément s'imbrique dans un tout auquel il est difficile de résister.

Un torrent de bonnes idées

On pourrait croire que Gris appartient à la frange des jeux qui misent tout sur le visuel et le son. Étonnamment, l'OVNI très inoffensif de Nomada Studio se montre plus intelligent qu'il n'y paraît dans son gameplay. Bien que paralysé par une durée de vie rachitique (2-3 heures à tout casser), Gris distille suffisamment de bonnes idées tout du long pour éviter de tomber dans l'impression artistique -- ce qui aurait suffit pour en faire une réussite, cela étant.

Pour ainsi dire, Gris s'avère tellement généreux dans sa prise en main, parfois, qu'il est possible de nourrir de la frustration face à des mécaniques sous-exploitées -- certaines se fanant aussi vite qu'elles apparaissent. Tandis qu'elle démarre enfermée dans son chagrin, l'héroïne reprend peu à peu des couleurs -- au sens propre comme au figuré -- en gagnant des nouvelles aptitudes pour avancer. Toutefois n'attendez pas de Gris un défi insurmontable : on se laisser porter, on réfléchit parfois quelques minutes sur une énigme et on avance, coûte que coûte, pour échapper à la tristesse.

À l'arrivée, tout juste pourra-t-on pester sur le côté un tantinet trop cryptique au moment de partager des messages qui gagneraient à être simplifiés. Cette inaccessibilité -- à relativiser -- aura d'ailleurs bien du mal à être expliquée tant cela pourrait gâcher des surprises et compromettre le vécu de celles et ceux qui oseront répondre à l'invitation. On conseillera simplement de l'accepter à bras ouverts, si possible avec un bon casque audio vissé sur les oreilles.