Le 22 février, OCS proposera à ses abonnées la seconde saison d'Irresponsable. Une dramédie qui reprend avec brio les codes d'un genre absent en France. Rencontre avec son équipe à l'occasion de cette sortie attendue.

Frédéric Rosset est encore à la Fémis lorsqu’il imagine Irresponsable. Il s’agit alors de son projet de fin d’étude pour lequel il obtiendra les félicitations du jury de la filière Créations et séries TV de l’école parisienne. Sa sœur, Camille, suit le projet de près : elle deviendra coscénariste. Dans l’école, on conseille au duo de s’adresser à Sébastien Chassagne, comédien, pour incarner Julien, le trentenaire débraillé au cœur de cette chronique comique. Ainsi naît Irresponsable, qui ne serait pas l’attachante série qu’elle est devenue sans cette rencontre.

Irresponsable, saison 2 : Sébastien Chassagne / OCS

Les deux Rosset, biberonnés à Friends et Girls, proposent leur projet à OCS, le bouquet de chaînes d’Orange. L’entreprise a en effet créé, il y a cinq ans, un label Signature pour produire à petit budget des projets courts et audacieux. OCS signe Irresponsable. Frédéric Rosset rappelle pourtant : « On a seulement envoyé un synopsis avec la trame et les épisodes. Ils n’ont rien demandé de plus. » 

« On s’en fout, on est sur OCS »

Si le budget est serré, 50 000 € par épisode, la liberté est totale. La chaîne ne consultera plus l’équipe que lors de la livraison des 10 épisodes de la saison 1. « Nos seuls interdits sont alors économiques explique le créateur, nous devons penser une série qui rentre dans le cadre budgétaire — c’est notre seul censeur. » Antoine Szymalka, producteur chez Tetra Media Fiction, se félicite de cette liberté : « J’ai été le premier lecteur et le premier soutien de Frédéric et Camille, je n’avais pas à être celui qui censure les scènes comme cela aurait pu être le cas si nous ne nous adressions pas à OCS.  »

Ce producteur français, qui pilote La Pépinière, label de séries françaises « innovantes  », va jusqu’à confesser que lors des débats qui rythment l’écriture, l’équipe s’entend souvent dire « on s’en fout, on est sur OCS, allons au bout de nos envies   ». Ainsi, dicté par la simple volonté artistique de son équipe, et l’impératif de boucler des tournages à une vitesse surhumaine, Irresponsable est développé comme une vraie série d’auteur à l’américaine. Il en résulte, pour la saison une diffusée en 2016, un « OVNI pour la télévision française  » selon la presse. Son producteur regrette cette appellation qui reflète la faible diversité des fictions françaises. «  En Angleterre, aux Etats Unis, Irresponsable ne serait pas si singulière  » rappelle-t-il.

Avec un format 26 minutes, absent des écrans français, son ton et ses ressorts comiques, Irresponsable montre la voie d’une dramédie pour trentenaire, osée et naturaliste. On pense inéluctablement à GirlsFleabag ou Love.

« OVNI pour la télévision française  »

« C’est un chômeur qui ne veut pas grandir, il fume du cannabis à l’écran. Ce n’est pas pour le plaisir de la subversion, mais simplement parce que c’est réaliste, estime Antoine Szymalka pour illustrer la liberté de son projet. Ailleurs, il aurait fallu que le héros se fasse arrêter et qu’il soit puni pour avoir fumé, tu trouves ça réaliste ?  » Non. Mais si certaines signatures OCS sombrent parfois dans le burlesque et l’excès, Holly Weed par exemple, Irresponsable n’abuse pas de sa liberté puisque sa véritable audace est son intelligence et son naturalisme.

« Un équilibre entre humour et émotions  »

« Le mot-valise dramédie est une indication sur ce qu’est Irresponsable : un équilibre entre humour et émotions  », résume Sébastien Chassagne, rôle principal. Et dès la saison une, l’histoire de ce trentenaire qui devient père par surprise alors même qu’il est incapable de s’assumer lui-même offre à ses téléspectateurs un beau cocktail de burlesque et de drame.

Irresponsable, Théo Fernandez / OCS

La deuxième saison, présentée au Festival des créations télévisuelles de Luchon où elle fut doublement récompensée, et disponible sur OCS dès le 22 février, renoue avec cette double ambition.

« Dans la seconde partie de la saison une, nous avions trouvé notre ton et notre équilibre constate le créateur, sur cette deuxième saison, nous poursuivons sur cette lancée  ». Ainsi, les dix nouveaux épisodes sont encore meilleurs que ceux présentés en 2016 et pourtant déjà salutaires pour la télé française.

La série, dans cette deuxième itération, prend le temps de s’intéresser aux personnages secondaires : Marie — mère de Jacques, le fils de l’Irresponsable — obtient son propre arc narratif, tout comme la mère retraitée du héros qui dévoile ses propres angoisses. Même le fils, Jacques (interprété par Théo Fernandez, futur Gaston Lagaffe au grand écran) a droit à son scénario.

Sébastien Chassagne, responsable d’une grande partie du plaisir que nous tirons de la série grâce à son interprétation nonchalante et précise, veut voir dans cette nouvelle saison une nouvelle invitation à « aller vers l’universel avec l’humour  ».

Une réussite renouvelée après une première saison qui avait éveillé la curiosité des critiques et permis à la série d’obtenir de très bons échos dans la presse. Chassagne sera par ailleurs récompensé comme meilleur comédien de série en 2017 par l’Association des Critiques de Séries.

Aujourd’hui, selon son producteur, Irresponsable est devenu une petite référence pour les comédiens du petit écran qui cherchent un rôle, un vrai. Avec son format, tristement inédit au petit écran français, la série de Frédéric Rosset mérite notre attention, mais aussi d’inspirer les grandes chaînes… En attendant, une troisième saison se profile déjà chez OCS.

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