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Friends from College sur Netflix : la dramédie pour la génération « Friends » en dépression

Dans la veine de « Love » de Judd Apatow ou encore de « Grace & Frankie », « Friends from College » explore la veine dramatique de l'humour Netflix. Série typiquement faite pour la génération X, ces vieux copains incarnent un âge de désenchantement et de malaise. La série nous parle, nous dissèque et nous moque : on en redemande.

Dans Sans Sarah, rien ne va (2008) ou Nos pires voisins (2014), ce n'était pas l'acidité et la mélancolie de Nicholas Stoller qui nous marquaient, mais davantage ses blagues potaches et son interminable adolescence de l'humour. À ce titre, il représente bien sa génération, marchant dans les pas des Rogen, Apatow ou Feig.

Alors quand Netflix nous apprenait que ce dernier prendrait la caméra pour une série exclusive, on imaginait déjà une romcom avec des cameos d'Adam Sandler. Il n'en est rien : Friends from College a beau avoir un pitch simplissime, dès le pilote, la profonde mélancolie de la trentaine affleure.

https://youtu.be/Whu-baUUySo

Les copains que l'on ne choisit pas, mais que l'on garde

Il y a vingt ans, ils étaient ensemble sur les bancs de Harvard, liant pour toujours une forme de familiarité que l'on n'explique pas. Ni semblables, ni bienveillants les uns envers les autres, ces amis là ont tout de leur génération. La distance qu'ils entretiennent les uns avec les autres est toute moderne et plutôt juste ; ces six sont autant d'atomes déliés que brasse la vie à l'épreuve des années, retenus ensemble par une jeunesse que l'on ne cesse de regretter.

Alors bien sûr, la télévision adore les bandes de copains. Espace de tendresse et de confrontations, la bande est un motif simple et efficace. Ce topos permet à Friends from College de ne pas s'embarrasser d'exposition longue, et après tout, vous avez déjà vu Friends, vous savez comment la chimie fonctionne.

In media res, la série débute au cœur de son sujet : l'adultère. Cette écriture enlevée, dense et rapide saisit rapidement le spectateur : la caméra est légère, elle se pose sur des scènes et des visages qu'elle ne juge jamais. Elle éclaire les chaînes qui retiennent nos six personnages ensemble avec humilité et sans détour. Le ton est donné : lumineux, léger mais imperturbablement mélancolique. Nous sommes à des années lumières du trash que l'on nous promettait et ça nous fait le plus grand bien.

Puis les personnages prennent chair sous nos yeux, à une vitesse qui étonne. Dès le second épisode, le personnage phare, Ethan Turner (Keegan-Michael Key), propose un profil singulier et attachant qui résume l'élan d'une dramédie toujours à fleur de peau. Écrivain sur la touche, époux malhonnête et trentenaire effrayé par la paternité, Ethan est naturellement un gros con, que l'on ne peut s'empêcher de trouver humain trop humain.

Il rappelle parfois un personnage aussi grossier et maladroit que Bojack Horseman, avec la même douleur partagée, une angoisse perpétuelle. Autour de lui, ses amis ne valent pas beaucoup mieux : snobs et branleurs se côtoient et se jugent, hors-sol, méprisants et égoïstes. Ils sont ce que nous détestons être.

La trentaine déconfite

Aucun ne parvient à grandir : l'une imagine être dramaturge, elle est ridicule et esseulée, l'autre se pense éditeur, il force son ami à écrire une bouse pour ados, et ainsi de suite. Les parents sont démissionnaires et les couples plus fragiles encore que lorsqu'ils étaient sur les bancs de la fac. La trentaine déconfite en somme.

Mais avec ce panache et l'allégresse d'une génération qui, sans savoir grandir, a su imposer au monde son rythme et son cynisme. On perd jamais l'occasion de faire une farce, même pathétique. Alors forcément l'humour de situation est primordial dans Friends from College, avec parfois des trouvailles tout à fait exceptionnelles : un party bus dont chaque arrêt est un règlement de comptes.

Bien sûr, sur les huit épisodes, il y a bien des motifs qui sont lourds. Mais Stoller s'en fout : il fait péter son personnage et personne ne rigole -- c'est ça aussi son acidité. L'adultère est aussi inégalement traité : tantôt trop présent et parfois très juste, il oscille entre l'attendu et le meilleur.

Néanmoins, au bout du compte, tout est amertume et blessures. Ces amitiés sont pour les personnages aussi toxiques que rassurantes. Le groupe d'amis devient le sanctuaire de la jeunesse perdue, et automatiquement, le lieu du regret et de la frustration. Et la surperficialité du show glisse vers une mélancolie sur laquelle Love (Netflix) ne cracherait pas.

Le casting est très bon : le coup de cœur pour Key passé, on adore Cobie Smulders et son faux air de gentille fille, totalement victime du groupe. Annie Parisse convainc dans la retenue de son personnage très maternel. Détestables ou à peine fréquentables, ces friends décochent leurs flèches avec précision et touchent leur cible. Même si leur éternelle adulescence nous écœure, ils parviennent toujours à saisir quelque-chose de nous-même et, fatalement, nous conduire à les comprendre.

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