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Critique : Dear White People, racisme moderne et trajectoires intimes

Série événement de Netflix aux États-Unis, Dear White People enthousiasme et perturbe les ados outre-Atlantique. Une bonne raison de s'y intéresser ? Oui et pas seulement, car le show de Justin Simien n'est pas que polémique. Il est surtout adroit et préfère questionner plutôt que répondre.

Chers amis blancs  : le titre du film de Justin Simien (2014) avait tout pour déplaire dès sa sortie. Quelques années après, le réalisateur afro-américain reprend son concept dans les grandes lignes pour l'adapter en un teen show pour Netflix.

L'incipit n'a pas radicalement changé depuis le long-métrage : on retrouve Sam, animatrice de la radio du campus et militante noire américaine, qui anime son émission Dear white people pour sensibiliser ses camarades aux symptômes modernes du racisme américain. L'irruption d'une femme noire et de ses revendications sur les ondes de l'Université déclenche alors une réaction en chaîne qui force tous les étudiants à faire face à leurs contradictions.

https://www.youtube.com/watch?v=oYKgHvPVACE

Si les premières lignes du script n'ont pas changé depuis le film polémique de Simien, depuis 2014, l'Amérique et les rapports sociaux qu'elle cristallise ont évolué -- euphémisme.

Pas si didactique, pas si simpliste

La violence policière à l'égard des afro-Américains a continué d'entacher le pacte social américain, le dernier mandat d'Obama a été indignement marqué par le retour non dissimulé d'un racisme nouveau. Enfin, 2016 a apporté son lot d'hystéries par la voix de Trump et de son Amérique fièrement blanche, fièrement ignorante et frontalement discriminante.

En fait, Simien avait un boulevard devant lui pour nous servir une messe sur les rapports sociaux entre noirs et blancs, la discrimination positive et la cohésion sociale américaine. Avec un show diffusé sur Netflix à des millions d'Américains, le réalisateur avait l'occasion de réitérer le succès critique de son film et mettre les blancs face à leurs contradictions. Cela aurait été légitime et mérité.

Mais le cinéaste fait beaucoup mieux qu'une fiction pratique, mieux qu'un mode d'emploi de l'éveil : il dresse une fresque sophistiquée et très humanisée. Beaucoup plus malin qu'un affrontement entre deux groupes ethniques, Dear white people n'est pas là pour mener un unique combat, le show dissèque, profondément et avec de multiples détours, notre rapport à la différence.

Des incompréhensions qui se percutent

Les blancs -- pull sur les épaules et chino remonté sur des chaussettes rayés -- s'introduisent par exemple dans une manifestation contre la violence policière dans le campus, et plutôt que de soutenir leurs camarades noirs, réunis dans une fraternité, ils profitent de la manifestation d'une minorité pour dénoncer les dangers de l'alcool. Lunaire, le moment est parfait dans sa représentation précise de deux incompréhensions qui se percutent, sans jamais se rencontrer.

Tout à la fois récit d'un dialogue impossible, conte d'une révolution qui ne prend pas, fresque d'une jeunesse désarçonnée et brûlot sur le racisme, Dear White People évite tous les écueils qui l'auraient fait basculer dans une démonstration théorique poussive. Car c'est justement les théories qui sont malmenées par la série, non pas qu'elles soient invalidées, mais parce qu'elles s'effritent au contact d'une génération pétrie de contradictions, vidée d'idéaux.

Tout pour Jenkins

En adoptant le format comédie de  30 minutes, Dear White People s'offre un bon rythme malgré des dialogues très denses et parfois superflus. On sent que la série ménage son audience en jouant sur plusieurs tableaux et parvient avec une bonne plume à garder l'humour nécessaire pour retenir l'attention de chacun. L'absurde vient secourir les situations dramatiques installées dans la hâte -- la série est très courte -- leur octroyant ainsi une légèreté cynique. Parfaite pour déstabiliser le spectateur.

Si tous les épisodes ne sont pas du même niveau, la faute à des personnages inégalement intéressants, le cinquième chapitre, réalisé par Barry Jenkins mérite à lui seul que nous regardions la série. Prenant sur le show des libertés pour mener un épisode dramatique de très haut niveau, Jenkins montre qu'il est un génie de la direction.

Transmettant, plus rapidement que la lumière, la puissance de la haine que l'on retient et de la détresse que l'on tait, le réalisateur de Moonlight confirme son excellence. En une trentaine de minutes, il signe ce qui restera l'une des plus bluffante scène de violence policière du petit écran.

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