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Critique de Chewing Gum, saison 2 : notre comédie anglaise préférée s'améliore encore !

Nous avions été agréablement surpris par un programme à l'humour anglais déluré et porté par Michaela Coel, comédienne formidable. Netflix propose depuis le début du mois la deuxième saison de cette comédie londonienne qui n'épargne personne. Critique.

Lorsque nous avions laissé Tracey, durant l'hiver dernier, elle tentait de filer le parfait amour avec Connor malgré ses problèmes d'érection. Une tâche plus difficile qu'elle ne paraît pour notre inénarrable et éternelle vierge -- toujours obsédée par l'idée d'en finir avec ce qu'elle nomme « le V majuscule qui couvre mon vagin ».

https://www.youtube.com/watch?v=3tqqqhRY_iU

Dans une nouvelle saison, qui gagne en style, en humour et en intensité, Tracey revient dans sa banlieue londonienne toujours entourée des personnages aussi loufoques que désespérants que l'on avait adorés durant la première saison.

Plus juste, plus tranchante et pas moins drôle

Dès les premières minutes de Chewing Gum, saison 2, nous saisissons que nous avons affaire à une série qui s'est étoffée et qui a indéniablement gagné en budget et en attention. Petite reconnaissance, applaudie par la critique, la première aventure télévisuelle de la comédienne Michaela Coel a été couronnée de succès, ce qui lui permet de rebondir avec plus d'expérience et de maîtrise pour ces nouveaux volets des aventures de Tracey.

Six épisodes, pas plus, pas moins, menés à la baguette par la comédienne toujours aussi convaincante mais qui tente, avec beaucoup de talent, d'approfondir son univers et d'ouvrir à ses personnages secondaires des espaces plus importants.

Ainsi, autour du personnage principal, la meute s'organise et se dévoile. Certains passages vont jusqu'à la fulgurance et nous bluffent. En donnant une aspérité à ses personnages, que l'on pensait tous gaiement idiots, Coel s'approche avec panache d'une écriture polyvalente, en mesure de traiter à la fois de l'abandon d'un père, de la physique quantique, de la filiation et du racisme comme d'une grosse blague vaseuse sur le sado-masochisme.

De la saison une, on garde l'esprit de liberté qui souffle son vent sur le show : jamais bienséante, la série offre toujours autant d'images gênantes, de répliques auxquelles on a  honte de rire, mais gagne en tranchant lorsqu'il s'agit par exemple de s'en prendre au racisme.

Magistral, un épisode aborde avec une précision rare à la télévision les mécaniques racistes qui peuvent déterminer une relation entre un homme blanc et une femme noire. Tracey se retrouve ainsi grimée en guerrière Maasaï pour plaire aux fantasmes d'un homme blanc qui, bien sûr, ne voit absolument pas le problème.

Aaron (Kadiff Kirwan) prend une épaisseur inédite dans l'épisode consacré à son père. On y découvre les mécaniques d'une relation père-fils destructrice et Tom Marshall, le réalisateur, saisit le regard livide, perdu, déraciné, de celui qui a passé sa vie à subir son père, désormais, sa petite amie.

Joy, la mère de Tracey, se livre également malgré elle. Elle apparaît enfin comme une femme fragile, dont l'obsession pour Jésus cache mal la grande solitude. Ola, le nouvel ami gay de Tracey nous fait beaucoup penser à Titus, le meilleur ami de Kimmy Schmidt, mais en plus déluré, british à souhait et fabuleux.

Tracey reste l'élément majeur de la série, son énergie débordante pousse toujours le show vers l'avant, mais ici, pour cette deuxième saison, elle est également celle qui commence à ouvrir les yeux sur son monde. Dans une séquence stupéfiante, elle décrit, avec ses mots, le déterminisme social et le racisme en filant une analogie presque enfantine sur les pingouins, ces drôles de personnes en costume qui entourent sa cité sans jamais s'y intéresser.

Toujours brinquebalent, voire chaloupé, le scénario vogue sur les vagues du drame sans jamais s'effondrer sous son poids, le sourire revient toujours, non pas grâce à des happy-end, mais grâce à un débordement de tendresse et de naïveté. Comme aveugles devant la tragédie de leurs destins, notre bande de ploucs anglais se moque de la misère qui les condamne -- elle demeure plus belle qu'une vie sans Beyoncé nous dirait Tracey.

Car après tout, bien que tous dingues, nos personnages restent collés ensemble comme du chewing-gum au béton, face à une vie qui ne fait pas de cadeau. C'est ça aussi l'humanité dans son plus simple appareil.