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Divines, ce brouillon de cultures bouleversant que l'on veut voir parcourir le monde

Divines, la sensation de Cannes repartie avec une Caméro d'Or, va désormais parcourir le monde sur Netflix. Une mondialisation méritée pour le premier film d'Houda Benyamina qui a posé sur ses actrices un regard sublime, emportant tous les défauts d'une écriture bouillonnante.

https://www.youtube.com/watch?v=3zvlU85f3ho

Il n'est pas aisé de parler de Divines après Cannes, après sa sortie en salles, et après son franc et mérité succès hexagonal. Et pourtant l'aventure de ce film sans genre ni limite, ne fait que commencer. Présenté à la presse internationale au Festival de Toronto cette semaine, le petit diamant brut du cinéma français s'apprête à faire le tour du monde grâce à Netflix qui en a acquis les droits pour une diffusion globale.

Sauf en France, bien sûr, où nous pourrons retrouver l'œuvre en streaming qu'en 2019 comme l'explique la société : « Les membres de Netflix partout dans le monde, à l'exception de la France, pourront voir Divines dès cette année. En France, le film ne sera disponible sur Netflix qu'en 2019, conformément aux règles françaises de la chronologie des médias. » Mais l'heure n'est pas à la polémique.

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Un film dans la banlieue

Souvent comparé à Bande de filles de Sciamma et inévitablement à L'Esquive de Kechiche, Divines est en effet un film dans la banlieue, mais n'est pas pour autant un film de banlieue. Un genre bâtard soulignant l'air de rien, que le cinéma et la banlieue ne se rencontrent que rarement, accouchant à chaque épisode d'un genre à part.

Or à ce titre, Divines est d'abord un film brouillant les pistes des genres, passant du drame d'auteur au thriller sans complexe. Mais il n'a rien d'un film de banlieue. Respirant à plein poumons par la prestation de ses actrices, Divines est d'abord une oeuvre émouvante sur l'amitié et le passage à l'âge adulte.

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 Le film est un drame bouillonnant dont l'écriture bouleverse autant qu'elle console. Il s'élève à de nombreuses reprises par un lyrisme qui lui est propre, invoqué par son esthétique et sa langue. Mais si la pellicule fourmille de moments de grâce, elle ne manque pas de retomber sur ses pattes, au moyen d'un humour ravageur, cru et brutal qui confère à l'ensemble et surtout à ses personnages une tendresse généreuse.

Et c'est bien là la recette fructueuse du drame : l'amour se tisse, s'attache profondément aux éclatantes actrices et laisse la caméra prendre son ampleur et sa grâce, sans que l'on ne veuille voir l'étau d'un destin impossible se resserrer autour de personnages qu'on aime, déjà, follement. Et cet imparable piège, comme une initiation à une misère à laquelle on n'échappe, débute dans le rire.

Des arts en désordre

Houda Benyamina se garde bien de juger ses personnages : elle leur laisse une liberté qui explique, qui déraisonne et qui nous laisse pardonner les déboires des deux adolescentes pour qui les petits trafics et la dureté affectée est plus qu'une porte de sortie de la misère -- un moyen d'exister en tant que femmes. Et si le film a une morale, bien vite détruite par la force du drame, elle est dans l'art, synonyme ici d'amour.

Divines invite à l'art majeur : ses scènes de danse sont dévastatrices et sa bande originale laisse une place peu commune à la musique savante. Un monde qui est vu depuis une petite porte dans le ciel par les héroïnes, qui sert à la fois de rêve et de libération possible. Comme la suggestion d'une alternative. Mais le scénario manque certainement de s'y attarder, comme il manque son tournant de thriller. Car s'il s'y essaie, c'est sans l'originalité qui guidait pourtant jusque là une esthétique peu commune, et finit par verser dans une certaine banalité.

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Des défauts bien vite pardonnés, car dans un film aussi foudroyant que celui-ci, les tentatives qui se succèdent, comme des esquisses qui se superposent, octroient à l'ensemble une respiration qui bien qu'inégalement répartie, soulève les tripes et donne à l'œuvre un mouvement. Et transforme le brouillon des cultures en claque cinématographique dont on ne sort indemne, des barres de bétons qui rencontrent la danse, du fric qui rencontre les pleurs, des snaps qui écrivent l'amitié aux vols qui la soudent.

La fin a bien quelque chose de facile, de cruel même, mais elle est l'atterrissage forcé qui est au film initiatique ce que le mur du son est à la vitesse : une immuable loi de la défaite prométhéenne que le drame ne pouvait taire.

La claque est assénée avec vigueur et le cinéma français y gagne un grand film que l'on est heureux et ému de partager avec le monde entier tant il paraît universel.

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