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Accident de chasse : les apps de géolocalisation ne protègent pas les promeneurs

Une chasseuse a tué par accident une promeneuse le 20 février 2022. L'accident rouvre le débat sur l'interdiction de la chasse. La possibilité de géolocaliser les chasseurs et les zones de battues avec des apps a été remise sur la table par la secrétaire d'État chargée de la biodiversité. Mais ces applications existent déjà et ne font pas leurs preuves.

« Une appli de géolocalisation ». C'est ce que Bérangère Abba, la secrétaire d'État chargée de la biodiversité, a proposé. Peu après un accident de chasse mortel survenu le 20 février dans le Cantal, Bérangère Abba a rappelé à l'AFP qu'elle « avait annoncé la création d’une appli de géolocalisation dans laquelle on pourrait savoir autour de soi où ont lieu les battues ». 

On sait pourtant peu de choses sur cette app, ses contours et ses conditions d'utilisation n'étant pas claires — le ministère de l'Écologie n'avait pas encore répondu à nos questions au moment de la publication de cet article. 

De nombreuses questions persistent donc quant à l'utilisation que pourraient en faire les chasseurs comme les promeneurs, notamment sur sa pertinence. Car des apps de ce genre, qui proposent de géolocaliser les zones de chasse, ont déjà été lancées. Et le succès n'a pas été au rendez-vous, ou, visiblement, n'est pas suffisant pour empêcher les drames. 

Des applications mises en place, mais de sérieuses limites

La première app du genre a été déployée pour la première fois en 2019 en Isère, lors de phases de tests. Elle est déclinée en deux versions : pour les chasseurs, Protect Hunt, toujours en phase de test, et LandShare, pour les promeneurs et autres utilisateurs classiques. 

Si aucun accident n'a été à déplorer dans le département depuis, l'app rencontre tout de même de sérieuses limitations. Elle permet de « prévenir en temps réel des zones de chasse collectives en cours équipées d'un kit Protect Hunt C10 », comme l'explique l'app, ce qui veut dire que tous les chasseurs ne possédant pas cet objet ne sont pas détectés. Et selon les avis des utilisateurs, il est déjà arrivé plusieurs fois que des promeneurs se retrouvent « en plein milieu d'une chasse non signalée [sur l'app] ». Elle ne serait de plus plus mise à jour depuis octobre 2021. 

Des apps pour géolocaliser les chasseurs existent déjà // Source : Hunter Brumel / Unsplash

En plus de LandShare, deux autres projets ont été développés. Dans le département de la Côte-d'Or et de la Haute-Marne, Chasse Info est disponible depuis septembre 2021, et « permet de connaître les dates et lieux de chasse en battue dans le département ». Les utilisateurs peuvent soit indiquer leur position, soit rentrer le nom de la commune dans l'app, et une carte des environs représentant les zones chassées ou non apparaitra, précise le site du Chasseur Français. 

Enfin, Chasse Eco, une app « proposée par la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Savoie », est disponible depuis 2016, et elle fonctionne sur le même principe que Chasse Info. Les utilisateurs peuvent « indiquer la date et la commune qui les intéressent (ou se géolocaliser par GPS) » afin d'obtenir la carte IGN de l'endroit, avec une indication des territoires non chassés.

Si elles ont le mérite d'exister, ces apps rencontrent cependant de très nombreux problèmes : en dehors de Protect Hunt, aucune d'entre elles ne fonctionnent véritablement avec de la géolocalisation des chasseurs, et ne font qu'afficher les zones chassées. Chasse Info ne signale même pas toutes les zones de chasse, mais seulement celles où des battues ont lieux — ce qui est loin de représenter tous les endroits où des chasseurs se trouvent. 

L'application Chasse Eco affiche une carte avec les zones chassées // Source : Chasse Eco

Les apps n'empêchent pas les accidents

Surtout, ces apps ne protègent pas des accidents. Le rapport gouvernemental sur les accidents de chasse, publié en novembre 2021, rappelle que « le non-respect des règles de sécurité est la première cause d’accidents de chasse ». Et même dans les territoires où des apps ont été mise en place, ces accidents ont été recensés : en Haute-Savoie, un promeneur a été blessé en octobre 2021, et en Côte-d'Or, c'est un chasseur en état d'ébriété qui a failli en blesser un autre en février 2022. 

Pour que la potentielle app de géolocalisation évoquée par le gouvernement soit efficace, il faudrait que tous les chasseurs impliqués l'utilisent en temps réel. Outre le fait qu'il faudrait que la CNIL donne son feu vert, se pose aussi la question de son adoption par les chasseurs, sans quoi l'app ne fonctionnerait pas. 

Or, toute une partie des chasseurs est clairement hostile à l'utilisation d'une telle application. Le site Chasse Passion explique ainsi que l'idée de la géolocalisation « pose la question d’une certaine liberté d’action et suggère que les chasseurs doivent "pointer" lorsqu’ils arrivent sur leurs territoires », et s'inquiète, de plus, des « militants anti-chasse qui viennent sur le terrain dans le but de troubler le bon déroulement des chasses ». Ce qui ne présage rien de bon pour l'app, mais aussi pour la sécurité des promeneurs.