Theresa May autorise Huawei à participer à la mise en place du réseau 5G au Royaume-Uni. Mais des restrictions sont annoncées.

Le Royaume-Uni n’interdira pas à Huawei de participer à la mise en place du réseau 5G dans le pays. Pour autant, l’équipementier chinois ne pourra pas déployer son matériel partout.  Sa contribution sera encadrée et limitée, notamment en ce qui concerne les antennes-relais et les infrastructures non essentielles. Quant au cœur du réseau, il devrait lui être refusé.

Cette approbation n’a pas encore fait l’objet d’une déclaration officielle de la part de Londres ; elle est rapportée par The Telegraph ce mercredi 24 avril. Le journal déclare que la première ministre britannique, Theresa May, a présidé un conseil de sécurité nationale au cours duquel il a été décidé de laisser l’entreprise asiatique participer à ce vaste chantier, malgré les incertitudes.

Huawei est suspecté d’être un potentiel cheval de Troie pour Pékin. Si l’entreprise s’en défend et que les preuves de cette collusion avec le pouvoir central chinois n’ont jamais été rendues publiques (à supposer qu’elles existent), il existe une suspicion permanente à son endroit. C’est pour ce motif que Huawei se voit refuser l’accès à de futurs marchés dans différents pays.

Huawei
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Quelle suite après ce feu vert ?

Qu’il approuve ou rejette la présence de Huawei sur son réseau 5G, la décision de Londres était dans les deux cas intéressante à analyser. En effet, le Royaume-Uni fait partie d’une alliance spéciale avec les États-Unis et plusieurs autres pays anglophones (le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) : les Five Eyes. Cette alliance inclut une coopération dans le domaine de la collecte du renseignement.

En mars, l’ambassadeur des États-Unis en Allemagne avait suggéré que Washington, qui se montre très véhément contre Huawei, pourrait réduire le niveau de coopération avec les agences de renseignement des pays acceptant la présence de l’équipementier chinois sur leur réseau, au motif que le partage de secrets est forcément moins sûr quand il passe par des infrastructures douteuses.

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Le QG des services secrets britanniques. // Source : Cory Doctorow

Ces menaces seront-elles vraiment mises à exécution ? Et surtout, en sera-t-il de même avec le Royaume-Uni, malgré les liens historiques qui unissent les deux pays ? Et surtout, quel impact cela aura-t-il sur les autres pays ? Si Londres tolère une présence cadrée de Huawei sur ses réseaux malgré les mises en garde de la Maison-Blanche, n’est-ce pas que le danger n’est pas si terrible ?

Quoiqu’il en soit, le cas Huawei divise dans le pays  : selon The Telegraph, plusieurs ministres importants du cabinet May ont exprimé des doutes sur la fiabilité de Huawei. Un rapport a accablé Huawei dans le domaine de la sécurité des télécoms, tandis qu’un autre, produit par les services secrets, indique que la menace potentielle représentée par la compagnie demeure gérable.

Et en France ?

La situation est en tout cas très délicate pour les pays européens, qui doivent tout à la fois développer leur propre réseau 5G, tenir compte du fait que Huawei est de fait un acteur leader dans l’ultra haut débit mobile, prendre garde à ne pas froisser Pékin qui pourrait en prendre ombrage et en même temps ménager Washington, qui a aussi ses propres moyens de pression. Autant résoudre la quadrature du cercle.

En France, les risques supposés que fait courir Huawei sur la sécurité nationale ne sont pas ignorés. Pour autant, il n’est pas non plus question de bannir l’équipementier asiatique. Là aussi, on s’oriente vers un changer maîtrisé et soumis à des contraintes réglementaires durcies. Une loi a ainsi été approuvée en première lecture et à l’unanimité à l’Assemblée nationale. Elle doit encore être validée au Sénat.

Guillaume Poupard
Guillaume Poupard, le patron de l’ANSSI. // Source : Guerric

Outre les mesures d’ordre législatif, les agences spécialisées comme l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes sont mobilisées, tout comme les opérateurs nationaux, afin de laisser le moins d’angles morts possibles. L’ANSSI est déjà au travail, d’ailleurs, mais elle rappelle que les enjeux ne sont pas circonscrits à Huawei.

D’autres dispositions pourraient également être prises, comme l’exclusion des marchés publics, l’accès au code source, l’interdiction d’employer du matériel Huawei dans le cœur du réseau, d’empêcher le déploiement là où se trouvent les lieux de pouvoir (comme Paris ou l’Île-de-France) ou encore de fixer une limite dans laquelle un opérateur n’a pas le droit de faire appel à équipementier au-delà de 50 % de son réseau.

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