Des employées de Google ont vu leurs projets abandonnés, après avoir manifesté contre les politiques sur le harcèlement sexuel de leur entreprise.

Des projets subitement annulés, des supérieurs devenus hostiles ou des incitations à partir en congé maladie : tel serait le quotidien de certaines employées de Google qui avaient organisé les manifestations contre les politiques sur le harcèlement sexuel dans l’entreprise. Deux d’entre elles ont témoigné dans une lettre interne, dont Wired a publié des extraits mardi 23 avril.

Des abus sexuels couverts par Google

En novembre 2018, près de 20 000 employés de Google manifestaient devant les locaux de l’entreprise. Partout dans le monde, ils protestaient contre la culture du viol et le traitement douteux de cas de harcèlement sexuel. Sur la photo ci-dessous, une employée brandit une pancarte sur laquelle il est inscrit : « Je l’ai signalé, il a eu une promotion. »

Cela faisait suite à une enquête du New York Times, publiée quelques jours plus tôt. On apprenait qu’Andy Rubin, le créateur d’Android, était parti en 2014 avec la promesse d’un versement de 2 millions de dollars par mois pendant 4 ans, soit un bonus d’un peu plus de 90 millions de dollars (environ 79 millions d’euros). Il avait pourtant été accusé d’abus sexuels par une collègue.

D’autres cadres également accusés de harcèlement sexuel sont restés en poste, avec la garantie que rien ne soit dévoilé publiquement. L’un d’entre eux, Rich DeVaul, a démissionné uniquement après la publication de l’enquête.

Une employée rétrogradée

Deux employées de Google qui avaient contribué à organiser les manifestations #GoogleWalkout estiment que l’entreprise n’a pas été aussi complaisante avec elles.

La première s’appelle Meredith Whittaker. Elle travaille dans la section de recherche dédiée à l’intelligence artificielle de Google. La seconde, Claire Stapleton, est manager marketing chez YouTube, que détient Google. Toutes deux ont témoigné de leur mise au placard progressive depuis quelques mois dans une lettre envoyée en interne chez Google.

Meredith Whittaker a été prévenue que son rôle allait changer « drastiquement » et qu’elle devrait abandonner l’une de ses activités parallèles sur l’éthique des intelligences artificielles, dans un institut reconnu qu’elle a cofondé. Cela faisait des années qu’elle y faisait des recherches, qu’elle appliquait chez Google.

Claire Stapleton elle, a été informée deux mois après les protestations qu’elle serait rétrogradée. Elle a perdu des missions, et un projet de longue date qui avait été approuvé en interne a subitement été annulé. Lorsqu’elle a été consulter le service des ressources humaines et un supérieur, les choses ont empiré. L’employée a été invitée à prendre un congé maladie, alors qu’elle n’était pas malade.

Ce n’est qu’avec l’aide d’un avocat qu’elle a pu faire annuler sa rétrogradation. Elle aussi, travaille chez Google depuis longtemps : 12 ans au total. Elle explique que l’environnement de travail lui est devenu « hostile » après les #GoogleWalkouts et qu’elle songe à démissionner.

Google nie toute forme de représailles

Ces deux employées ont été soutenues par des collègues. Amr Gaber, un ingénieur de l’entreprise, également organisateur des protestations, explique au New York Times : « Google n’a jamais traité [ses employées] ainsi, et puis il y a eu les Google Walkouts. Maintenant, on leur dit que leur travail n’est plus aussi apprécié qu’avant. »

Dans un communiqué transmis à Wired, un porte-parole de Google a nié les accusations qui portent sur le géant. «  Nous proscrivons toute forme de représailles pour les personnes qui ont participé aux marches  », a-t-il dit. Des enquêtes seront malgré tout lancées en interne sur les cas cités.

À la suite des révélations du New York Times, le CEO de l’entreprise, Sundar Pichai, avait expliqué qu’un programme de lutte contre le harcèlement sexuel avait été mis en place dès 2015 chez Google. 48 employés ont depuis été renvoyés pour ce motif, expliquait-il en novembre. Ces réponses n’avaient guère satisfait les employés. Ces derniers ont plus tard obtenu de nouvelles mesures comme la fin de l’arbitrage forcé (une procédure en interne qui permet de résoudre une affaire en théorie), dans les cas de harcèlement ou discriminations.

À lire sur Numerama : Pour lutter contre le harcèlement sexuel, Google va (entre autres) limiter l’alcool dans ses locaux

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