L'armée américaine a donné une consigne très claire à ses militaires : il est interdit de se servir d'une application permettant de se géolocaliser lorsque l'on est envoyé en mission.

L’affaire de l’application Strava utilisée par des militaires en mission a visiblement provoqué quelques sueurs froides au Pentagone. Et nécessité d’édicter de nouvelles règles pour éviter que cela ne se reproduise. Preuve en est avec la décision du département de la défense d’interdire aux troupes engagées à l’extérieur d’utiliser une application qui géolocalise ses utilisateurs.

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Un hélicoptère se posant sur un porte-avion // Source : Kenneth Abbate

Interdiction pendant une opération

Les raisons invoquées par l’armée des États-Unis sont assez évidentes : en envoyant sa position géographique, un soldat est susceptible de révéler à des tiers là où il se trouve, ce qui peut constituer non seulement un risque pour sa sécurité mais aussi compromettre une opération en cours. Or, si certains déploiements sont publics, d’autres doivent se faire dans la plus grande discrétion.

« À compter de maintenant, il est interdit au personnel du département de la défense d’utiliser les caractéristiques et les fonctionnalités de géolocalisation sur les dispositifs, applications et services gouvernementaux et non gouvernementaux dans des endroits désignés comme zones opérationnelles », déclare le Pentagone. Une zone opérationnelle est une zone où du personnel est déployé.

Par ailleurs, il est laissé à l’appréciation des commandants la possibilité de désigner des zones supplémentaires où cette politique peut s’appliquer.

C’est en début d’année que l’affaire Strava a éclaté. Cette application sert aux sportifs pour suivre, analyser et partager leurs performances et leur progression. Sauf qu’elle n’est pas utilisée que par des civils : des militaires aussi s’en servent. Or, Strava géolocalise les athlètes (il est possible de la désactiver) et retranscrit le parcours de sa communauté sur une carte d’activité accessible à tous.

La carte d’activité de Strava.

Risques pour les bases secrètes

S’il n’est certes pas possible de voir le tracé d’un joggeur ou d’un cycliste en particulier, le fait que des activités se trouvent dans des zones en guerre (en Syrie, en Afghanistan, à Djibouti, etc.), là où des troupes sont engagées et où la population sur place à des préoccupations bien plus urgentes que d’utiliser une application comme Strava, a posé la question de la sécurité collective à partir de données personnelles.

Le souci est que l’activité de Strava a « pour effet de détourer des bâtiments qui s’avèrent être des bases militaires ou d’autres sites sensibles, pas nécessairement référencés avec cette précision jusqu’à présent », a résumé Olivier Desbiey, lorsqu’il était chargé des études prospectives à la CNIL. Après cet épisode, Strava a simplifié la désactivation du partage de données.

En France, l’armée aussi connaît le problème de la géolocalisation de ses forces. Depuis 2012, elle propose donc un code de bonne conduite pour les réseaux sociaux à l’attention des militaires et des personnels civils de la défense, ainsi qu’à leurs familles. La question de la géolocalisation est évidemment abordée. La dernière version de ce guide date de 2016. Strava a d’ailleurs été l’occasion d’un « rappel en interne ».

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