YouTube, qui fait l’objet de fortes critiques depuis des mois sur la façon dont il permet à des contenus conspirationnistes d'avoir de l'audimat, a commencé à déployer deux mesures pour contrer leur influence.

C’était un engagement que Google, la maison-mère de YouTube, avait pris au mois de mars : conscient que sa plateforme d’hébergement de vidéos sert à la diffusion de théories du complot, le géant du web a eu l’idée d’accompagner ces contenus d’un encart affichant des informations encyclopédiques destinées à informer l’internaute et lui permettre de garder du recul par rapport à ce qu’on lui raconte.

Depuis le 9 juillet, ces encarts peuvent désormais apparaître en marge du visionnage d’une vidéo conspirationniste.

Encarts encyclopédiques

« Les internautes commenceront à voir des informations provenant de services tiers, dont Wikipédia et l’Encyclopædia Britannica, ainsi que des vidéos sur un petit nombre de sujets historiques et scientifiques bien précis qui ont souvent fait l’objet de désinformation, comme l’alunissage et l’attentat à la bombe d’Oklahoma City », expliquent deux cadres du service d’hébergement.

Cette mesure, qui est en cours de déploiement aux États-Unis, se matérialise donc sous la forme d’encarts dans lesquels figurent des photographies, des liens et un extrait d’un article encyclopédique, selon ce qui est recherché. Ces encarts sont incontournables, car ils sont placés juste en dessous de la zone de saisie de texte après une recherche ou sous la vidéo sur le point d’être visualisée.

Wikipédia YouTube
Les encarts contextuels.

Cet affichage ne résout ni le problème des vidéos conspirationnistes sur YouTube ni la façon de tomber dessus — ce problème figurerait surtout dans l’algorithme de recommandation ; celui-ci suggère à l’internaute d’autres vidéos qu’il pense du même ordre à celle qu’il est en train de regarder et qui pourraient donc lui plaire. Sauf que cette approche est vivement critiquée pour les effets qu’elle engendre.

Cette problématique fait d’ailleurs l’objet d’une attention en France : des députés ont fait adopter un amendement, dans le cadre de la proposition de loi relative à la lutte contre les fausses informations, pour évaluer l’effet des algorithmes sur la propagation de la désinformation en ligne. YouTube, en particulier, est dans la ligne de mire, au regard de son audience chez les internautes.

Chaînes fiables mises en avant

L’autre action que prend YouTube est une révision de la hiérarchisation des chaînes YouTube pendant les événements d’actualité. Le site américain sait bien que lorsqu’une édition spéciale a lieu, par exemple en cas de prise d’otage, de catastrophe naturelle ou d’attaque terroriste, les informations évoluent rapidement ou elles ne sont pas toujours croisées et vérifiées. De fait, la situation est mouvante.

Et surtout, YouTube a constaté par ailleurs que ces breaking news peuvent aussi être le théâtre d’expression de vidéos complotistes sur le nombre de victimes, les véritables commanditaires, le lieu du crime, l’armement utilisé ou les motivations des attaquants. Ce phénomène, qui apparaît quelques heures après une telle actualité, voire dans les minutes qui suivent, n’est hélas pas rare.

La fusillade de Las Vegas a par exemple engendré ce type de comportement.

Les top news.

Afin de contenir le phénomène, sans pour autant les supprimer de son service, afin de ne pas porter atteinte à la liberté d’expression et alimenter la machine à complot — « si on les retire, c’est bien le signe que l’information s’avère gênante pour le pouvoir et que l’on dit vrai ! », pourrait-on entendre –, YouTube va reclasser les vidéos pour mettre plutôt en avant celles produites par les médias.

« Pour faciliter la recherche d’infos de qualité, notre rubrique Top News met en évidence les vidéos provenant de sources d’information dans les résultats de recherche. Et lorsqu’un événement de dernière minute se produit, nous voulons que les utilisateurs en soient informés. C’est pourquoi notre rayon Breaking News présente des vidéos d’organismes de presse sur cet événement directement sur la page d’accueil ».

Ce dispositif est déployé depuis le 9 juillet dans dix-sept pays, dont les États-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni et la France. Plusieurs autres pays situés en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie sont aussi concernés.

Partager sur les réseaux sociaux