Secteur à la pointe de l'innovation, la tech compte inévitablement son lot d'idées au potentiel inachevé. Quelles promesses marquantes les plus récentes n'ont jamais - ou pas encore - abouti comme prévu ? Tour d'horizon.

Si certains produits tech sont voués à rencontrer un grand succès et à révolutionner notre quotidien — sans forcément qu’on s’y attende –, d’autres peinent à trouver leur public ou à combler leur potentiel prometteur.

On fait le point sur les échecs marquants de certaines technologies particulièrement  ambitieuses — même si celles-ci pourraient encore trouver leur place à l’avenir, sous une forme revisitée, comme de nombreuses innovations avant elles.

Le transport urbain du futur

Présentée comme l’héritière du vélo et de la trottinette, cette invention qui permet de se déplacer debout sur un véhicule à deux roues, a longtemps été vue comme une révolution annoncée de nos modes de transport. Au début des années 2000, Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple, décrivait même le Segway comme une technologie « aussi importante que le PC » et appelait à la commercialisation rapide de cet appareil capable de rouler jusqu’à 27 km/h.

Son concepteur, Dean Kamen, y a investi 100 millions de dollars et prévoyait de produire 40 000 Segway par mois à compter de la fin 2002 afin d’atteindre au plus vite 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires.

Steve Jobs jugeait le Segway innovant mais trop traditionnel d’apparence

Malgré son enthousiasme, Steve Jobs lui avait toutefois aussi fait part de ce qu’il considérait comme le principal défaut de l’appareil à l’occasion d’une rencontre commune avec Jeff Bezos, patron d’Amazon, dans un hôtel de San Francisco : « Je pense que [son design] est mauvais ! […] Tu as une machine innovante mais elle a un look très traditionnel. »

L’heure complète de recharge nécessaire pour pouvoir rouler 2 heures et le prix prohibitif du Segway — plus de 5 000 dollars à ses débuts — ont également joué contre lui. Aujourd’hui, si les prix de vente ont baissé, l’appareil — de deuxième génération — n’a jamais connu l’essor annoncé. Il fait surtout objet d’outil d’exploration touristique de groupe dans certaines grandes villes, comme Paris.

Le destin tragique de Jimi Heselden, le milliardaire qui a racheté la société Segway, sert de triste métaphore au produit : il est mort en chutant d’une falaise, en 2010, alors qu’il se déplaçait… sur un Segway.

Voir le monde via Google

Les lunettes de Google dédiées à la réalité augmentée restent l’échec le plus marquant de la firme de Mountain View. Lancées en test dès 2013 avec des prototypes à 1 500 dollars, ces montures compatibles Wi-Fi et Bluetooth équipées d’un micro, d’une caméra, d’un pavé tactile sur l’une des branches ne passent pas inaperçues.

Et leurs utilisateurs, qui peuvent y accéder directement aux différents services de Google  — Agenda, Google+, Maps, météo… — sont souvent pointés du doigt, au point d’amener Google à publier, en 2014, un guide des pratiques à adopter et à proscrire avec les Google Glass, rappelant notamment que leur utilisation est prohibée dans les lieux où les smartphones sont interdits, ou encore qu’il faut se montrer poli face aux inévitables questions qui seront posées par des curieux à leur sujet.

Car les Google Glass dérangent dans les lieux publics : de nombreux clients de cafés ou de restaurants, mais aussi des piétons, déplorent de se sentir surveillées face aux porteurs de ces lunettes avec caméra.

Le coût prohibitif des Google Glass, combiné à leur mauvaise image — celle d’une entreprise de la tech dominante et de plus en plus intrusive –, a eu raison de leur développement. En 2015, Google annonce la suspension de la vente des Google Glass. Le projet se retrouve au point mort.

Les Google Glass ne sont pas enterrées pour autant : elles ont notamment Pas vraiment : trouvé une seconde vie dans certaines usines américaines.

Toutefois, l’échec récent des Spectacles, les lunettes-caméra de Snapchat, montrent que le format « lunettes » a visiblement du mal à séduire le public. Reste à savoir si Apple saura convertir l’essai avec le casque de réalité augmentée qu’il espère commercialiser dès 2020.

Les codes-barres augmentés

Grâce aux QR codes, les codes-barres devaient connaître une véritable révolution, un simple scan permettant de faire apparaître, sur l’écran de son smartphone, une vidéo, un site web ou tout type d’informations.

Le concept, apparu au Japon à la fin des années 1990, n’a toutefois pas réussi à s’imposer en Occident. Si de nombreuses marques et enseignes se sont prêtées au jeu à une époque, la plupart ont aujourd’hui abandonné les QR codes. Ils sont désormais surtout utilisés dans les musées et autres établissements culturels.

La faute, notamment, au recours indispensable à une appli dédiée, souvent peu pratique d’utilisation, à des des redirections mal pensées — généralement vers des sites non adaptés pour une lecture sur mobile –, ou encore à la faible valeur ajoutée de certains contenus.

En Asie, en revanche, les QR codes restent prisés. Au Japon, ils servent notamment de moyen de paiement, sur des cartes de visite, des tickets de caisse ou des emballages, tandis qu’un village chinois a récemment créé un QR code géant visible du ciel pour attirer les touristes.

L’éradication du spam

En 2004, devant le public du Forum économique mondial, Bill Gates prophétisait : « Dans deux ans, le spam ne sera plus un problème. »

13 ans plus tard, si des progrès importants ont été réalisés en matière de lutte-anti spam, notamment pour le faire parvenir directement dans une section dédiée (sur Gmail, par exemple), le fléau de ces mails indésirables (publicité, arnaque, malware…) reste omniprésent. Il représentait même 58,3 % des échanges de mail en 2016 selon la firme de cybersécurité Kaspersky.

La promesse de Bill Gates n’a donc pas été tenue, lui qui misait à l’époque sur une solution consistant à ce que l’expéditeur d’un mail s’identifie au préalable grâce à un « puzzle » non réalisable par un bot (un système équivalent aux CAPTCHA aujourd’hui répandus sur le web).

Face à l’ampleur du problème, des services dédiés ont vu le jour, comme l’appli Unroll.me, qui permet de faire à votre place le tri de votre boîte mail… mais celle-ci a récemment été épinglée pour sa collecte et revente de données personnelles à des entreprises tierces comme Uber.

 Un ciel rempli de voitures

Récurrentes dans la science-fiction, les voitures volantes restent encore un fantasme à l’heure actuelle, alors que les entreprises se succèdent depuis les années 1940 pour promouvoir ce mode de transport révolutionnaire.

En cause, notamment : la difficulté de concevoir des appareils capables de transporter de nombreux passagers. Levi Tillemann, spécialiste du sujet et  auteur du livre The Great Race : The global quest for the car of the future, indique en outre : «  Les besoins en énergie d’un véhicule volant sont bien plus conséquents que pour un véhicule terrestre. Le talon d’Achille des voitures électriques reste leur faible densité d’énergie. […] Sur le court terme, il faudrait choisir entre des vols très courts ou recourir au diesel ».

Ces voitures volantes restent donc pour l’instant uniquement fonctionnelles dans les œuvres de science-fiction, y compris les plus récentes, comme Blade Runner 2049 , où le constructeur Peugeot semble dominer le marché des « spinners ».

Les projets de « taxis volants » reviennent toutefois sur le devant de la scène ces dernières années, entre Vahana, l’appareil autonome d’Airbus, ou encore l’appel de la Nasa à Uber pour développer un futur service de ce genre.

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