Dans le cadre de la Nantes Digital Week, nous avons pu visiter le premier projet français de construction d’un habitat social à l’aide d’une imprimante 3D.

Créer une maison en impression 3D, c’est une idée qui émerge depuis longtemps dans les esprits des architectes. Malheureusement, ce n’est pas si simple. L’arrivée de la techno dans notre monde est encore balbutiante et loin de ce que l’on pourrait imaginer dans nos esprits nourris par la science-fiction.

État des lieux

Aux États-Unis, il n’existe aucune réalisation réelle malgré de très nombreux brevets déposés. Ce sont ces brevets qui bloquent le secteur. En Russie, les premières réalisations ont eu lieu avec une maison créée en 6 mois. D’après l’entreprise derrière cet exploit, APIS Color, ils seraient capables à l’avenir de créer un logement de 38 mètres carré en 24 heures seulement. Nous en sommes encore loin.

C’est en Chine que les plus beaux projets émergent. Win Sun conçoit des préfabriqués en usine avec des robots, pour les déplacer et les installer ensuite. D’ailleurs, des machines d’impression 3D de cette entreprise sont vendues à plusieurs millions d’euros sur Alibaba. 1 semaine est nécessaire pour réaliser une maison — néanmoins ces maisons sont loin d’adopter les normes nécessaires pour être habitables.

Un des bâtiments conçus par Win Sun

Luhai Technology, une petite entreprise près de Pékin, a été jusqu’à créer une villa avec un robot et serait en négociation avec le Qatar. Malheureusement, aucune certification et pas d’isolation sur ces objets, sans oublier l’absence d’accords avec les industriels étrangers qui possèdent des brevets stratégiques sur les technologies utilisées.

La première maison habitable créée en impression 3D

L’exploit réalisé à Nantes est donc intéressant pour plusieurs raisons : il n’est bloqué par aucun brevet déposé dans le monde, la maison respecte les normes de fabrication en France et sera correctement isolée. Le projet consiste à créer un logement social habitable (la maison se nomme Yhnova) de 95 mètres carrés dans un environnement précis (sans tout détruire), cela fait déjà plusieurs jours que son impression a débuté.

Les plans 3D d’Yhnova

Une technologie innovante a été choisie : au lieu de créer des fondations en amont pour supporter les portiques où sera installée la machinerie d’impression, ils ont conçu une machine polyarticulée combinée avec un système de déplacement (AGV). Le robot (il se nomme Innoprint) roule seul sur la dalle, imprime les murs et ressort par une ouverture.

Le résultat ressemble à une maison créée en chantilly : le robot imprime des murs en polyuréthane à partir d’un fichier 3D (que l’on appelle BIM dans le milieu). Cette matière a plusieurs intérêts : son faible coût, sa durabilité et ses excellentes propriétés mécaniques. Ensuite, cette sorte de chantilly forme deux parois entre lesquelles est coulé le béton nécessaire pour la structure. La difficulté tient dans la pression hydrostatique : le polyuréthane va permettre au béton de prendre facilement.

Nous avons réalisé une petite vidéo qui permet de voir le robot en fonctionnement qui imprime littéralement le mur dans un silence impressionnant. La maison ne sera pas entièrement créée par le robot, mais ce sont les structures qui sont imprimées : il suffit ensuite de les enduire ou simplement de poser une plaque de plâtre dessus.

Une technologie qui affiche des avantages indéniables : elle permet de réaliser des économies importantes sur les coûts de construction (environ 30 % d’économie), cela permet aussi de diminuer la pénibilité au travail pour les salariés du BTP. Et enfin, le gain de temps est énorme : l’élévation des murs d’Yhnova prend trois jours à deux jours au lieu de trois semaines.

Les technologies utilisées par ce projet proviennent de la France entière et Francky Trichet, adjoint au maire de Nantes et conseiller métropolitain en charge de l’innovation et du numérique, en est plutôt fier. Les clés d’Yhnova  seront données à ses nouveaux propriétaires dès l’année prochaine.

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