Alors que l'ouragan Irma frappe la Floride depuis cette nuit, l'appli de talkie-walkie Zello est téléchargée au quotidien par des millions d'Américains. Le service, qui permet à ses utilisateurs d'échanger des conseils et informations par messages vocaux, est particulièrement prisé lors de catastrophes naturelles.

Capture d’écran de Zello

Les habitants de Floride n’ont pas attendu l’arrivée de l’ouragan Irma, dans la nuit de dimanche à lundi, pour se préparer au mieux à l’arrivée de ces vents dévastateurs. La « résistance » s’organisait en effet depuis plusieurs jours sur l’appli de talkie-walkie Zello, qui permet de communiquer par messages vocaux interposés.

Et le bouche-à-oreille a clairement fonctionné,à en juger par le nombre de téléchargements de l’appli devenue championne de l’App Store américain. Avec 6 millions de nouveaux inscrits cette semaine, l’appli créée en 2012 a connu une croissance à 1 million de téléchargements par jour et a atteint les 100 millions d’utilisateurs.

Un essor sans précédent qui n’étonne visiblement pas le créateur de Zello, Bill Morris, qui s’est confié à Recode : « Nous avons déjà vécu une explosion [du nombre d’inscrits] en période de crise par le passé donc ce n’est pas une surprise. […] [L’une des raisons du succès de Zello] c’est qu’elle marche quand la plupart des autres services ne fonctionnent pas. »

« Quelle est la situation à Jacksonville ? »

Zello — disponible en français et compatible avec l’Apple Watch — se distingue par sa grande simplicité d’utilisation. Il suffit de se créer un compte en renseignant son adresse mail et son pseudonyme pour rejoindre l’une des nombreuses chaînes à disposition.

Quelques secondes plus tard, après avoir saisi « Irma » en mot-clé et rejoint la chaîne « Hurricane Irma » aux plus de 300 utilisateurs actifs, les questions de résidents à la recherche d’informations résonnent dans nos écouteurs, que l’on soit connecté en Wi-Fi ou par le biais de notre réseau mobile.

Capture d’écran des messages archivés sur Zello, disponibles à la réécoute

Après un double bip signalant la lecture imminente d’un message audio, l’inquiétude de « florida_girl777 » s’entend clairement : «  Quelqu’un peut me donner les dernières infos sur la situation à Jacksonville, en Floride ? » Un second double bip signale la fin de ce message enregistré : c’est au tour de « colossalkitten » de lui répondre en lui fournissant des informations peu rassurantes mais à jour.

La jeune femme, qui a choisi, comme beaucoup d’utilisateurs, de compléter son profil avec une photo de son visage, se montre particulièrement réactive à toutes les requêtes reçues. Pendant 10 minutes, elle a réponse à toute interrogation et ne manque pas de rappeler certaines consignes de sécurité : « Restez enfermés, dans un abri, soyez prudents ».

D’autres inscrits interviennent ponctuellement pour fournir des informations locales, à l’instar de « breszie 1022 » : « Je pense que l’ouragan est définitivement passé ». La fluidité des échanges est assurée par ces signaux sonores pré et post-diffusion.

La voix comme gage de confiance

Et si jamais une partie du message vous a échappé, pas de panique : toutes les interventions sont archivées et datées dans une colonne adjacente, qui permet de les rejouer comme des messages vocaux.

Zello fonctionne ainsi comme une sorte de communauté d’entraide bienveillante, dont la voix constitue le pilier indispensable, de l’aveu même de Bill Morris : « Zello fait office d’outil de communication de référence [en cas de crise] car la voix est plus fiable que l’écrit. C’est bien plus intime, la voix en direct nécessite l’attention des deux côtés. C’est un très bon moyen pour communiquer et se coordonner simultanément avec tout un groupe de personnes. »

Le fait de devoir donner de la voix — d’une simple pression maintenue sur le bouton circulaire qui s’affiche à l’écran — évite en effet les dérives potentielles de ce genre d’outils, telles que la circulation d’informations mensongères par écrit. Zello ne proscrit pas d’autres voies de communication pour autant : les utilisateurs peuvent partager, sur chaque chaîne, des captures d’écran et autres éléments visuels utiles.

Tous les inscrits ne viennent pas forcément des zones concernées, comme cet inscrit qui lance : « Je ne suis pas dans la zone mais j’ai des amis concernés qui m’ont demandé de leur fournir des informations. » Il peut compter sur la réponse rapide de « colossalkitten », toujours présente. En tant qu’appli gratuite ouverte à tous, Zello n’est pas à l’abri de certaines dérives : les vulgarités y sont proscrites, au risque d’être banni, et la modération y est particulièrement prompte à sermonner les utilisateurs qui posent des questions déplacées — car loin d’être urgentes — en situation de crise.

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