Face à la fermeture successive d'importantes plateformes de torrents ces dernières années, les pirates qui proposent des films et séries en téléchargement illégal s'adaptent. Google Drive, le service de stockage de fichiers proposé par le géant de Mountain View, fait figure de nouvel outil prisé par la communauté.

Ces dernières années ont été particulièrement dures pour les sites de torrents, dont les plus grandes communautés publiques — KickAss Torrents, Yify Torrents… — ont fermé successivement. Pour le plus grand plaisir des ayants-droit qui sont passés à l’offensive et au grand regret des millions d’internautes qui y téléchargeaient illégalement des séries et autres films.

Confrontée à ces fermetures successives, la communauté du torrent s’est déjà réorganisée autour d’un nouvel outil en ligne : le service gratuit de transferts de fichiers Google Drive.

Dans son analyse des récentes requêtes de suppression de lien déposées par les ayants-droit venus d’Hollywood et d’ailleurs, le site Gadgets 360 a en effet constaté que près de 5 000 d’entre elles contenaient chacune une centaine de liens Google Drive à supprimer. L’outil de Google est ainsi préféré à des alternatives comme Dropbox et Onedrive, notamment parce qu’il offre 15 Go de stockage gratuit contre 5.

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CC Jen R

Facilité de partage et discrétion

Mais ce n’est pas la seule raison de son succès, comme l’explique Jon, un informaticien suisse qui recourt à ces liens pirates, à Gadgets 360. Il vante les autres qualités de Google Drive : une grande facilité d’utilisation (il suffit de posséder un compte Google) comme de mise en ligne des fichiers, réalisée en seulement quelques clics.

Face à la disparition progressive des sites de torrents publics, Jon reconnaît que Google Drive fait surtout figure de référence pour son double avantage : les liens y sont faciles à partager et tout aussi difficiles à traquer pour les ayants-droit. Si certains pirates mettent en ligne des films directement sur la plateforme — au risque de les voir supprimés assez rapidement –, la plupart font en effet preuve d’une plus grande ingéniosité en y collant simplement des liens de vidéos YouTube.

Afin d’éviter que ces films ou séries disponibles sur YouTube ne soient repérés d’une simple recherche, les vidéos sont publiées en mode « non répertorié », ce qui signifie qu’elles n’apparaissent pas dans les moteurs de recherche et sont seulement accessibles de ceux qui possèdent leur URL. Les utilisateurs peuvent ainsi faire circuler le lien YouTube discrètement au sein d’un sous-forum de Reddit ou d’une communauté plus fermée (comme un groupe Facebook), quand il ne s’agit pas d’un lien direct vers le torrent de l’œuvre.

Exemple de détournement de My Maps pour partager des torrents

My Maps, l’autre service de Google détourné

Aux yeux de Jon, cette migration depuis les sites de torrents publics est inéluctable : « Aujourd’hui, il faut faire partie d’une [communauté de torrents] privée. Les torrents publics, c’est fini. » L’accès à ces clubs fermés est d’autant plus restreint qu’il faut généralement recevoir une invitation pour y accéder.

Pour échapper aux circuits « traditionnels », certains pirates se tournent aussi vers des plateformes pour le moins atypiques. En mars 2017, on pouvait ainsi trouver les films Star Wars sur la plateforme PornHub. Le service My Maps de Google, lancé en 2007, fait pour sa part l’objet d’un détournement des amateurs de torrents. Cet outil, qui permet de créer sa propre carte du monde en y positionnant les repères de son choix, fait office de refuge idéal pour y partager des liens vers des contenus illégaux, comme des vidéos YouTube non répertoriées, en l’absence de contrôle de Google sur ces encadrés normalement réservés à la description d’un lieu figurant sur la carte.

L’entreprise se montre en revanche plutôt réactive à chaque fois qu’une demande de suppression de contenu ou de lien est reçue. Google rappelle, par la voix d’un porte-parole, qu’il interdit ce genre de partage illégal : « La publication de liens ou de contenu qui contreviennent au droit d’auteur est contraire à notre règlement. Les ayants-droit peuvent nous notifier — et ils le font — quand du contenu soumis au droit d’auteur a été publié, et nous travaillons au plus vite pour prendre les mesures adaptées à ces signalements. »

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