Le think tank Renaissance Numérique lance une plateforme pour aider les citoyens à répondre aux contenus haineux en ligne. Baptisé Seriously, leur site permet de trouver des arguments concrets pour réagir de manière constructive.

Désinformation, homophobie, sexisme… Pour les citoyens, il n’est pas toujours évident de savoir comment réagir face aux manifestations de haine en ligne. Afin d’aider les internautes à désamorcer ce type de discours, le think tank Renaissance Numérique a annoncé le 10 juillet 2017 le lancement d’une plateforme baptisée Seriously.

Le principe est simple. Vous souhaitez répondre à un commentaire haineux, mais vous ne savez pas comment vous y prendre pour ne pas envenimer la discussion ? Vous pouvez copier le texte directement sur Seriously, qui vous guide alors pour qualifier le message auquel vous êtes confronté (homophobie, xénophobie, antisémitisme…). La plateforme vous propose ensuite une panoplie d’exemples concrets, et notamment de chiffres, pour répondre à vos interlocuteurs.

Pacifier les espaces de discussion

« Le projet a été lancé au lendemain des attentats de janvier 2015, nous explique Henri Isaac, président de l’association. Les membres de Renaissance Numérique se sont rassemblés pour étudier ce que l’on pouvait faire en tant qu’acteur du numérique, comment nous pouvions contribuer à pacifier les espaces de discussion en ligne peu policés. »

Seriously

Le think tank s’entoure alors de chercheurs et associations de défense des droits pour chercher quel pourrait être son rôle, afin de donner des arguments aux citoyens confrontés à la haine en ligne. « Les associations militantes ont loupé le virage du numérique, poursuit Henri Isaac. Notre rôle n’est pas de se substituer à elles, mais de les équiper avec un outil. D’autant que, par ailleurs, l’approche légale nous semble insuffisante pour régler les problèmes dans cette zone grise. L’approche technique, par exemple celle des algorithmes de Facebook, ne suffit pas non plus à désamorcer la haine sur les réseaux sociaux. »

Les approches légale et technique ne sont pas suffisantes

Malgré son statut de think tank, qui prédispose plutôt Renaissance Numérique à produire des études et émettre des idées, l’association décide de concevoir un produit. « Pour créer Seriously, nous avons mené une série d’expérimentations. Nous avons raisonné comme une startup, le projet a nécessité deux années d’incubation », précise le président de Renaissance Numérique.

Seriously

Un outil pédagogique

Les données remplies par les utilisateurs de Seriously doivent permettre d’améliorer la plateforme. L’un des futurs objectifs poursuivis par l’association est d’en faire un outil pédagogique destiné aux collégiens et lycéens ; le think tank est d’ores et déjà en discussion avec le Ministère de l’Éducation nationale à ce sujet.

L’école n’apprend pas aux élèves à discuter sur Internet

« L’outil que nous avons conçu est plutôt adapté à l’usage que peuvent en avoir des community managers. Nous travaillons sur une version plus pédagogique pour le collège, et un outil destiné à une cible plus jeune. En effet, dans l’éducation aux médias à l’école on n’apprend pas aux élèves à discuter sur Internet », constate Henri Isaac.

Enfin, Seriously vise un ultime objectif : s’appuyer à terme sur une intelligence artificielle afin de pouvoir orienter plus efficacement les internautes sur les réponses à apporter aux messages haineux auxquels ils sont confrontés.

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