À Roland-Garros, les statistiques toujours plus détaillées sur les performances des joueurs sont collectées et gérées par IBM. L'entreprise américaine s'appuie sur son intelligence artificielle Watson pour assurer cette mission délicate, qui répond à une contrainte majeure : le temps réel.

Dans l’ombre des courts de Roland-Garros, loin des joueurs et des joueuses qui s’affrontent à grand renfort de cris dans la chaleur accablante de ce début de tournoi, des spécialistes d’un tout autre genre travaillent  minutieusement sur leurs ordinateurs. Au sein d’un bureau aménagé où la climatisation tourne à plein régime, la douzaine de membres de l’équipe américaine d’IBM Infrastructures travaille sur un objectif commun : assurer le bon fonctionnement du suivi en temps réel des scores de chaque match.

Cet exercice mené dans cette arrière-boutique invisible du public nécessite une grande concentration, surtout au lancement de la compétition, comme nous l’explique Claire Herrenschmidt, responsable des Partenariats Sportifs d’IBM France : « C’est le moment crucial pour vérifier que la machine fonctionne. Une fois que c’est lancé, généralement, tout est bon pour la suite ». Chaque matin, l’équipe arrive dans cette zone habituellement réservée à la Fédération Française de Tennis (FFT) une heure avant le début des matchs et en repart tous les soirs peu après la dernière rencontre de la journée.

Les choses se déroulent d’autant plus sereinement que le partenariat entre IBM et Roland-Garros dure depuis 1985. En 32 ans, la nature de cette collaboration a bien évidemment évolué. « À l’origine, IBM fournissait simplement des ordinateurs à Roland-Garros, à l’époque où ceux-ci venaient de naître. Aujourd’hui, on est dans l’analyse de données et la déclinaison de [l’IA phare de l’entreprise] Watson à tous les niveaux » explique Claire Herrenschmidt.

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L’identification automatique des joueurs

L’intelligence artificielle d’IBM est en effet mise à contribution à travers les différents outils déployés à Roland-Garros. Certains, comme la reconnaissance visuelle, sont particulièrement prisés des équipes de la FFT, qui apprécient le gain de temps offert par cet outil. En quelques secondes, Watson parvient, à partir d’un cliché réalisé par un photographe de la FFT, à identifier le joueur en question. Il indique ensuite, sur l’écran, le nom du sportif, accompagné d’un pourcentage de certitude.

Au moment de notre visite, Watson est parvenu à identifier 88 joueurs sur 1 328 clichés, chaque sportif étant photographié au moins des dizaines de fois, ce qui fausse forcément les statistiques. Pour éviter toute erreur, chaque identification est validée après coup par un responsable bien humain. Le système pourrait aussi fonctionner, s’il était conçu pour, avec les célébrités aperçues dans le public mais il faudrait lui fournir un apprentissage centré sur la France, comme le souligne Claire Herrenschmidt : « Watson est surtout connaisseur des people anglophones puisqu’il a servi à l’US Open. »

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Sur le court, IBM mesure depuis 1993 la vitesse de balle grâce à des radars à effet Doppler situés derrière les joueurs. « Ce sont les mêmes radars que ceux utilisés par la police, ce qui garantit leur efficacité » s’amuse la responsable des partenariats sportifs. En plus de 20 ans, la technologie a largement fait ses preuves et peut difficilement être améliorée. « Ce qui progresse aujourd’hui c’est la diversité des sources » souligne Claire Herrenschmidt.

Cette variété est notamment assurée par une cinquantaine de « marqueurs », des observateurs répartis autour du court, qui notent les caractéristiques de chaque frappe de balle sur leur tablette (coup droit, revers, etc.) pour ensuite les transmettre — toujours en temps réel — à leurs collègues d’intérieur. Depuis « 2 ou 3 ans », IBM recourt aussi à la technologie Hawk-Eye, un système vidéo réputé, avec le même objectif : diversifier les sources de statistiques et en accumuler un maximum pour en faire profiter le public sur le site web du tournoi et l’appli dédiée.

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L’analyse prédictive au service des clés de match

Ces informations toujours plus précises s’adressent principalement aux spectateurs installés devant leur télévision ou leur ordinateur plutôt qu’au public présent dans les gradins. « À Roland Garros, il n’y a pas beaucoup de Wi-Fi sur les courts et il y a surtout beaucoup de soleil. Les spectateurs sont logiquement plus concentrés sur le match qui se déroule sur le terrain. D’autant qu’il y a très peu de statistiques dans le stade pour ne pas déboussoler les joueurs » indique Claire Herrenschmidt.

Elles abondent en revanche sur le SlamTracker, le système de suivi en temps réel des rencontres, disponible sur le site et l’appli de Roland-Garros. « C’est un live-blogging automatique, sans intervention humaine » se félicite Claire Herrenschmidt. D’où la tonalité très factuelle du live pendant la rencontre entre Richard Gasquet et Alain De Greef, sur le modèle : « Richard Gasquet gagne le point avec un revers gagnant ».

Le système d’analyse prédictive offre aussi 3 clés de match associées à chaque joueur en se basant sur les « données cumulées depuis une douzaine d’années sur tous les tournois du grand chelem ». Il ne cherche pas à prédire l’issue de la rencontre mais simplement à dégager des tendances : on apprend ainsi qu’il vaut mieux pour Gasquet « remporter + 67 % de points derrière un premier service » s’il espère gagner. À ce stade, il a validé une seule clé sur les 4 affichées, mais il remportera finalement son match en 4 sets.

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Assistant virtuel et craintes de DDoS

L’appli Roland-Garros, de plus en plus utilisée par les amateurs de tennis, intègre quant à elle cette année une nouveauté de taille : l’assistant virtuel Gary (autre dérivé de Watson), qui est capable de répondre aux questions des visiteurs. « Où sont les toilettes ? », « J’ai perdu mes billets, que faire ? »… entre indications GPS et redirection vers le service client du stade, Gary aspire clairement à aider les spectateurs présents sur place.

La sécurité des plateformes numériques de Roland-Garros s’appuie aussi sur les services d’IBM. L’entreprise observe en permanence, sur une carte du monde, les attaques en cours et leur provenance — principalement de Chine et des États-Unis — contre le site du tournoi, avec un code couleur indiquant le degré de menace. « Ce qu’on craint le plus, ce sont les attaques par déni de service, mais jusqu’ici le système s’est montré robuste, donc on croise les doigts » sourit Claire Herrenschmidt.

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À quelques mètres des bureaux d’IBM, la visite s’achève dans le car de la régie télé, autre centre névralgique des coulisses. C’est là, dans l’obscurité seulement rompue par les innombrables écrans alentour, que le réalisateur indique à ses équipes quelles statistiques faire apparaître sur la retransmission, et à quel moment. Elles s’avèrent particulièrement utiles pour combler des périodes de creux mais aussi offrir une analyse approfondie d’un point ou d’une tendance en plein match. L’activité de l’équipe est régie par un mot d’ordre :  réactivité.

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Pour IBM, Roland-Garros offre chaque année une visibilité particulièrement bienvenue : « Le tennis se prête particulièrement bien à la collecte et l’analyse de données car chaque point est qualifié par une dizaine d’informations, explique Claire Herrenschmidt. Roland-Garros est une vitrine pour nous : ça nous permet de montrer notre savoir-faire aux clients potentiels, plus facilement qu’avec une banque, par exemple, qui sera logiquement réticente à l’idée de dévoiler ses systèmes de sécurité. »

C’est aussi un espace d’entraînement idéal pour Watson : les concepteurs de l’intelligence artificielle polyvalente peuvent s’appuyer sur ces retours d’expérience pour l’améliorer d’année en année. Tant que Watson n’apprend pas à jouer au tennis, ses services devraient rester bienvenus à Roland-Garros.

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