HTC fête ses 20 ans et nous présente son U11. Le dernier smartphone de la firme taïwanaise doit venir séduire les consommateurs qui ont tourné le dos à la marque. Mais face au marché compliqué de 2017, un smartphone que l'on presse fait-il le poids ?

Avec sa carrure de Google Pixel, le HTC U11 est massif et imposant pour un smartphone de l’année. Les multiples flagships déjà apparus depuis janvier tendent pourtant à nous faire croire que le renouveau du smartphone se trouverait dans des écrans plus infinis, des objets moins lourds et au style plus tranché.  Des LG G6 au Samsung Galaxy S8, la fluidité des lignes et la finesse des matériaux deviennent une compétition à part entière qui semble avoir autant d’importance que l’innovation technique elle-même.

À ce titre, ce U11 fait figure de poids lourd et adopte un design que l’on pourrait presque appeler régressif, ou résistant, en plaquant une recette qui commence aujourd’hui à vieillir violemment.

Sa prise en main, avant toute pression sur ses tranches — nous y reviendrons — laisse un arrière goût de mauvaise direction. Le U11 n’a pas de défauts qui permettraient de le déclarer raté, mais son prix et ses choix le transforme en saumon, tentant de se frayer un chemin inverse sur l’autoroute du progrès.  Explications.

Un saumon qui tente de se frayer un chemin en remontant l’autoroute du progrès

Renouvelez les interactions : pressez !

Le premier argument — il étonne un peu — de ce smartphone est son nouveau contrat d’ergonomie passé avec l’utilisateur : le smartphone « se presse ». HTC nous explique en effet avoir voulu creuser et approfondir les interactions possibles avec notre smartphone en évitant les classiques interfaces tactiles ou à boutons. L’idée est généreuse et plutôt bonne si l’on considère qu’effectivement, les smartphones ont à renouveler leurs modes d’interaction alors que nous nous dirigeons vers des interfaces vocales ou en réalité virtuelle (augmentée, mixte, comme vous voulez).

Mais HTC butte à la réalisation et à la construction d’un nouveau paradigme. Selon nos confrères, le smartphone était attendu sous le nom Ocean et devait mettre fin à tous les boutons physiques de ses tranches pour se tourner vers des solutions entièrement tactiles. Jusque-là tout va bien : il y a un vrai défi à réussir ce pari et il a un sens.

Mais le U11 tel que présenté est loin de l’océan imaginaire. Comprenez : il est paré d’une myriade de boutons physiques et se dote seulement d’une fonction nommée squeeze que l’on imagine pas franchement utiliser au quotidien.

To squeeze possède une multitude de traductions dans la langue de molière qui vont de frayer à écraser. Sur le smartphone, on nous demande ni l’un, ni l’autre, seulement de prendre l’objet à pleine main et d’assurer sur ses bords une sévère pression — que l’on peut heureusement régler. Le geste est délicat et le réaliser avec efficacité demande un certain entrainement. Toutefois, le vrai ennui de cette fonction squeeze est qu’elle est gadget, superflue et va à contre sens des principes de l’expérience utilisateur sur smartphone.

Squeeze : un gadget qui va à contresens de l’expérience utilisateur sur smartphone

Ainsi, lorsque nous testons le téléphone, nous pressons ses bords — le geste oblige au ridicule — pour lancer l’appareil photo. Le lien logique entre pression et photo n’existe pas, et on apprend que d’ici l’été nous pourrons également presser pour zoomer sur une carte ou cliquer sur un bouton. En somme, on squeeze pour tout et surtout n’importe quoi sans jamais que le geste apparaisse comme évident et naturel. On gage que la fonctionnalité ne sera guère plébiscitée mais nous sommes curieux d’avoir des retours des premiers utilisateurs.

Un smartphone aux promesses mesurées

Si l’appareil photo du U11 s’offre un beau 90 au test DxO, il n’offre aucun des nouveaux gadgets qui font fureur chez Huawei comme chez Apple. Ni double capteur, ni super zoom ou même un grand angle, le U11, comme le S8, renoue avec les classiques de la photo sur mobile. Ce n’est pas vraiment regrettable si l’appareil est bon, mais c’est encore un argument de perdu pour défendre le smartphone HTC.

L’écran est également d’un classicisme étonnant pour la saison : la firme taïwanaise a parié sur un format de 5,5 pouces aux larges bordures. Agréable à l’œil, même si un peu froid, la dalle QHD octroie à la bête son bon point, mais son intégration à grand renfort d’un design massif, éloigne instantanément le smartphone des expériences assez stimulantes qu’offrent les G6 et S8.  Et surtout, même le dernier Huawei, qui ne fait pourtant pas le choix d’un écran fantaisiste, offre un meilleur ratio corps-écran. Chez HTC, les bordures proéminentes ont toujours été un problème qui alourdissait ses design : rien n’a changé cette année… alors que le marché a changé.

Côté performances, HTC offre une équation attendue : un Snapdragon 835 (le dernier de Qualcomm donc) couplé à 4 Go de RAM. Rien d’exceptionnel, mais rien à signaler non plus. Notre prise en main ne permettrait pas de s’aventurer dans des tests et bench inutiles ici.

La batterie est également très classique avec 3 000 mAh et Quickcharge 3.0. La fiche technique a donc du bon mais c’est pour le moment un standard que l’on trouve très fréquemment sur le marché. Sans à coté.

Notons un jeu de couleurs originales, bien que salissantes

Enfin, une dernière remarque sur ce qui semble définir en une fonctionnalité les mauvais choix HTC, incapable de se démarquer : le U11 dispose — tendance oblige — de trois assistants vocaux ! Plutôt que de s’essayer à une implantation profonde et réussie d’un assistant en particulier, HTC embarque trois copains que tout oppose à bord de son U11. D’abord Alexa — la marque explique avoir un partenariat avec Amazon — ensuite Google Assistant et enfin, le HTC Sense maison. Allez-vous en utiliser un seul parmi ceux-ci ? Pas avant septembre puisque aucun n’est actuellement traduit. Cocasse.

Pour conclure, nous soulignerons seulement le placement tarifaire de smartphone, annoncé en France à 759 €, pour juin, soit proche du prix du LG G6 et à quelques billets du S7. Malheureusement, il ne semble avoir aucun argument pour les attaquer frontalement.

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