Facebook a mis plus de deux heures à retirer de sa plateforme une série de vidéos diffusées par un internaute en train de commettre un meurtre. L'une d'elles le montre clairement en train de tirer sur un autre individu. Marck Zuckerberg est revenu sur l'incident, indiquant que ce délai était lié aux premiers signalements des internautes.

Dans la matinée du dimanche 16 avril 2017, Steve Stephens, utilisateur de Facebook et habitant de Cleveland, dans l’Ohio aux États-Unis, a posté sur le réseau social une vidéo dans laquelle il annonçait clairement son intention de commettre un meurtre. Deux minutes plus tard, il a à nouveau publié une vidéo, plus tragique, de son passage à l’acte : l’homme s’est filmé en train de tirer sur un autre homme, Robert Godwin Sr. Dans les minutes suivantes, Steve Stephens a diffusé en live ses aveux, reconnaissant avoir perpétré un meurtre.

« Un crime qui n’a pas sa place sur Facebook, et qui va à l’encontre de notre politique et tout ce que nous défendons », a réagit le réseau social le 17 avril.

Un crime qui n’a pas sa place sur Facebook

Comme le souligne The Verge, un avis de recherche a ensuite été lancé. La police d’État de la ville d’Érié, en Pennsylvanie, s’est engagée dans une brève course-poursuite en voiture avec le meurtrier présumé, constatant ensuite qu’il s’était donné la mort.

L’événement s’est produit alors que, ce 19 avril 2017, Facebook achève la huitième édition de sa conférence annuelle — la F8. Devenue un rendez-vous institué pour détailler les nouveautés et projets du réseau social, il s’agit aussi de l’occasion pour Facebook de s’expliquer sur ses faiblesses et ses échecs face aux médias et investisseurs.

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CC Marcin Wichary

Marck Zuckerberg a choisi de s’exprimer publiquement au sujet de cette vidéo de meurtre diffusée sur Facebook. « Nous avons beaucoup de travail à faire à ce sujet. La tragédie qui s’est produite à Cleveland cette semaine nous l’a rappelé. Nos pensées vont à la famille et aux amis de Robert Godwin Sr. Nous avons beaucoup de travail et nous allons continuer à faire tout ce que nous pouvons pour prévenir de telles tragédies de se produire », a déclaré le fondateur de Facebook.

Facebook a désactivé le compte 23 minutes après le premier signalement

Facebook indique n’avoir reçu aucun signalement immédiatement après la diffusion de la première vidéo. La première alerte leur est parvenue au sujet de la deuxième vidéo — au cours de laquelle le meurtre est commis — plus d’une heure et quarante cinq minutes après le moment de sa publication.

« Nous avons désactivé le compte du suspect dans les vingt-trois minutes qui ont suivi la réception du premier signalement sur la vidéo du meurtre, deux heures après la réception de ce signalement. Mais nous savons que nous devons faire mieux », poursuit le réseau social dans son communiqué du 17 avril.

Nous savons que nous devons faire mieux

Ce meurtre a bien évidemment déclenché une vague d’émotion en raison de sa grande violence. Par ailleurs, les questionnements portent sur la manière dont Facebook a géré la situation. Pourquoi a-t-il fallu plus de deux heures au réseau social pour supprimer la vidéo ? Si Marck Zuckerberg justifie ce délai par l’absence de signalement de la part des internautes pendant ce laps de temps, ce mode de fonctionnement a justement testé les limites du réseau social à l’occasion de cet événement tragique.

Le réseau refuse d’utiliser un algorithme de censure

Comme le mentionne à juste titre Engadget, Facebook se refuse à recourir à des algorithmes pour censurer des vidéos avant même qu’elles puissent être publiées, afin de ne pas se retrouver accusé de violer le droit à la liberté de parole. L’incident survenu le 16 avril risquerait d’obliger Facebook a revoir sa position — d’autant que lorsqu’il s’agit de droit d’auteur, par exemple, Facebook ne s’embarrasse pas de distinguer le mauvais signalement du bon et fait tomber les vidéos sans préavis. Même en live.

Ceci dit, il resterait délicat pour le réseau social de concevoir un algorithme capable de distinguer sans erreur la vidéo d’un meurtre avec celle, par exemple, d’une scène violente dans un film d’action. Ce n’est pas la première fois que le réseau social se retrouve bousculé et empêtré dans ses propres contradictions à l’occasion d’une affaire de nature criminelle. En mars 2017, Facebook a dénoncé à la police des journalistes de la BBC qui avaient signalé des images pédocriminelles.

La question de la visibilité de vidéos comme celles qui ont circulé le 16 avril et du temps de réaction de Facebook pour les retirer se pose, alors que le réseau social s’apprête à franchir la barre des deux milliards d’utilisateurs actifs.

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