Commercialisée en mars 2017, la Playbase de Sonos joue sur un secteur rentable et en croissance permanente : les barres de son pour téléviseur. Exit le home cinema pointu des années 2000, la mode est désormais aux barres tout-en-un. Mais en matière de son, le minimalisme n'est que rarement une bonne surprise.

Sonos, le Apple du son ? C’est en tout cas le message subliminal que nous renvoie cette Playbase, une barre de son aux angles adoucis et au design compact. Peu de connectique, aucun ajout, un objet qui se présente sous la forme d’un bloc dénué de toutes fioritures, lustré et poli. La Playbase ne dépareille pas dans l’univers déjà riche de l’Américain Sonos. Mais au-delà des superlatifs qui pleuvent dans les communiqués de la marque et de son apparence de bel objet de pointe, la Playbase a une lourde tâche : nous assurer que dépenser 800 € dans une barre de son est un bon investissement.

Make it simple stupid !

Or sur ce sujet, nous partons déjà avec un biais : le compromis proposé par une barre de son semble convainquant dès lors que l’appareil ne dépasse pas le demi-millier d’euros. Au-delà, il nous apparaît comme curieux d’investir dans un unique appareil là où un home cinéma, comme Denon ou Yamaha peuvent en composer, semble bien plus satisfaisant et plus précis.

Toutefois, il faut admettre que la sacro-sainte simplicité vendue par Sonos peut faire envie : le coût initial est certes lourd, mais vous n’avez besoin d’aucune connaissance nécessaire pour acheter, installer et utiliser l’objet. Or quand on parle d’audio domestique, la facilité n’est que rarement l’apanage du matériel de qualité. Sonos a réussi à quelques occasions à démentir cette croyance en fournissant, pour la musique notamment, des enceintes faciles d’utilisation et dont la qualité ne souffrait pas du minimalisme de la marque.

Mais pour cette Playbase, le constat est bien différent. La simplicité est indéniablement au rendez-vous : la barre s’installe en une dizaine de minutes et se configure en moins de 5 minutes — calibrage audio de votre pièce grâce au micro de votre iPhone inclus. Ce fameux calibrage — Trueplay — est connu de tous les utilisateurs de Sonos et se montre toujours très pédagogique. Pourquoi un iPhone est-il obligatoire ? Cela peut se regretter, mais c’est compréhensible : la marque maîtrise le micro de l’appareil qui va écouter les sons. Impossible de faire un test neutre avec les milliers de smartphones Android du marché. Elle affirme que cela ne dérange pas trop les utilisateurs qui n’en ont besoin qu’une fois et qui, dans le pire des cas, utilisent celui d’un ami pour la configuration.

En bref, Sonos laisse croire que la complexité inhérente des installations home cinéma est un lointain souvenir et que l’on peut être bien équipé sans devoir se prendre la tête. Mais bien vite, on déchante.

De lourds défauts

La Playbase a deux défauts plutôt rédhibitoires considérant le prix exigé : la seule entrée audio de l’appareil est optique (SPDIF). Pas de HDMI, ce qui entraîne sur certains téléviseurs des problèmes de conversion audio et des appareils seront incapables de délivrer autre chose qu’un son stéréo en optique. Enfin aucun format audio sans perte, DTS ou Dolby récent ne sont supportés — les amateurs de cinéma accro au Blu-ray repasseront. Pour assurer sa compatibilité 5.1, la Playbase assure le minimum vital en utilisant le Dolby Digital, format vieillissant et compressé.

Mais Sonos vend également sa Playbase aux mélomanes, estimant qu’elle sera un pilier central de l’audio d’un salon. Encore une fois, cela ne passe pas.

Lourde sur son unique subwoofer, la Playbase préfère jouer des coudes en faisant trembler notre meuble plutôt que de délivrer avec précision les sons qui lui sont soumis. Le défaut est devenu commun sur tout le matériel audio grand public sur-côté (oui, nous regardons vers Beats), mais commence à devenir particulièrement agaçant quand cette surreprésentation des basses se fait au dépend des aigus et des médiums. Or c’est le cas ici, avec des aigus qui sont soit absents soit discordants, à la limite de l’irritant.

Invité par la marque à écouter Angel de Massive Attack sur l’enceinte pour en découvrir la puissance, nous trouvons la chanson que l’on connaît pour sa complexité réduite à une succession de vagues de basses vrombissantes et un effacement des cordes et même de la batterie, pourtant pilier du morceau du groupe de Bristol.

Cette perception d’un son étouffé, contenu dans un spectre très réduit qui tire trop vers le bas, se retrouve sur l’ensemble des genres musicaux essayés. Les aigus virevoltants des flûtes d’un jazz des années 1950 sont désagréables, l’espace sonore d’une composition baroque d’Haendel est étroit, brouillon et les différents éléments sonores semblent s’entre-dévorer jusqu’à que l’on obtienne un résultat très peu fidèle et pas franchement flatteur.

Sur des musiques électroniques, de l’EDM en passant par de la techno, le subwoofer refait son tour de piste, les tweeters tentent de sortir de la mêlée, en vain, les mediums sont malmenés et cela même sur des titres très peu exigeant voire médiocres.

L’argument selon lequel cette enceinte s’accommoderait donc de la musique lourde en basse, comme les musiques urbaines et électro, ne tient pas non plus. Même face à des titres de Drake plutôt simples et lents, le résultat ne satisfait toujours qu’à moitié et on ne parvient pas à imaginer une écoute intensive.

Ni enceinte fidèle, ni beau home cinéma

Pour ce qui est de son objectif initial — remplacer un home cinéma — le rendu s’améliore un peu mais souffre des défauts évoqués précédemment. Oubliez tous les formats audios de cinéphiles : dans le meilleur des cas la Playbase distinguera six canaux et les répartira plus ou moins bien.

Parfois cela fonctionne très bien, notamment sur les dialogues qui sont rarement en retrait. Toutefois, une fois que l’on exige de la Playbase une maîtrise réelle de l’espace et de la balance, elle tâtonne. Face à la scène du stade dans Dark Knight Rises, séquence connue pour son intensité et sa sophistication (plusieurs explosions apparaissent en même temps et doivent être représentées dans l’espace sonore sur différents plans), la Playbase échoue et se restreint à une succession de boums, flatteurs, mais mal spatialisés.

Alors, Apple de l’audio, Sonos ? Peut-être mais seulement lorsqu’il s’agit du design. L’ergonomie de l’application Sonos est toujours aussi ahurissante et obsolète — il est impossible de faire une recherche incluant titre et artiste dans l’interface dédiée, sans parler des interactions incompréhensibles pour envoyer du son sur telle ou telle enceinte — et l’appli fait toujours autant doublon avec nos applications musicales — Spotify exceptée, puisqu’elle est partenaire.

Le rapport qualité/prix est lui peu rassurant et le système Sonos est toujours aussi fermé. Comme Apple certes, mais ici la fermeture n’apporte aucun confort : elle est juste un défaut de plus dans un écosystème trop onéreux.

Sonos Playbase

En bref

Sonos Playbase

Pour conclure, nous imaginons donc que l'achat de cette barre se justifie si et seulement si la simplicité est votre unique priorité concernant votre matériel audio et que vous êtes déjà équipés chez Sonos. Si vous cherchez un outil polyvalent, fidèle et capable d'accompagner votre téléviseur et vos Blu-ray sans accrocs, passez votre chemin.

Pour moins cher, on trouve des barres pas moins puissantes mais souvent plus riches en connectiques. Enfin, nous vous invitons à dépasser l'argument fumeux de la simplicité. Promis, juré : configurer un ampli et six éléments audio est à la portée de tout le monde.

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  • Design
  • Simplicité d'utilisation
  • Puissance

Bof

  • Spectre musical étroit
  • Surreprésentation des basses
  • Absence de connectique

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