Swatch travaille sur un système d'exploitation pour montre connectée maison. Peut-on y croire ?

Les montres connectées et nous, on ne vous le cache pas spécialement, cela n’est pas une grande histoire d’amour. Si les bureaux d’Humanoid peuvent être un échantillon représentant de technophiles en tous genres, nous pouvons vous affirmer que les montres connectées ont plus tendance à traîner sur les bureaux, déchargées, qu’à être fièrement portées au poignet. Est-ce que Swatch pourra nous faire changer d’avis avec un système d’exploitation maison qui veut faire la nique à Android Wear et watchOS ? Regardons cela de plus près.

 Quoi ?

Nick Hayek, CEO de Swatch, a annoncé que son entreprise travaillait en ce moment sur un système d’exploitation pour montre connectées. L’ambition de la société est de le proposer d’ici fin 2018 sur une montre de la marque Tissot, possédée par Swatch Group AG. Sans dévoiler ne serait-ce que le début d’un concept, Nick Hayek a estimé que son système d’exploitation pour montre connectée aurait deux avantages : une très faible consommation d’énergie et une bonne protection des données des utilisateurs.

Swatch
CC Calgary

Pourquoi est-ce une bonne idée ?

La réponse est simple et s’articule en quatre points facilement compréhensibles.

  • La batterie est un composant essentiel des montre connectées et est aussi, bien souvent, le point de non achat pour les utilisateurs. Devoir recharger sa montre tous les jours ou tous les trois jours n’est pas un comportement inné et si nous l’avons pris pour les smartphones, il est difficile de changer des habitudes liées à un produit que les femmes et les hommes portent depuis le 16e siècle. Dès lors, si Swatch arrive au rêve d’Hayek, qui est un obsédé de la basse consommation, on pourrait avoir une montre connectée qui aurait… 6 mois de batterie. On prend.
  • Les données des utilisateurs ne sont pas mal protégées aujourd’hui par la plupart des grands constructeurs, mais l’argument d’Hayek est toujours bon à entendre. S’il met cette protection dans les deux points forts du cahier des charges de son système d’exploitation, alors on peut se dire que cela ne peut être que positif.

  • La concurrence est nécessaire sur le marché de la montre connectée, pour une raison bien simple : personne aujourd’hui n’a réussi à faire la montre connectée parfaite. Apple s’approche du très bien, certaines montres Android de dernière génération également, mais la montre qu’on aimerait porter au quotidien et qui nous servirait vraiment n’existe pas encore. C’est toujours excitant de voir un nouveau se lancer dans cette compétition.
  • Swatch sait ce qu’est une montre et sait que c’est un objet qui se porte. On se demande si des constructeurs qui nous présentent aujourd’hui des montres deux fois trop épaisses et faites d’un plastique imitation métal très cheap ont compris que la montre n’était pas un jouet, mais avant tout un bijou. Sans parler du fait que peu de constructeurs ont compris que les gens n’avaient pas une taille de poignet unique.

Pourquoi est-ce que cela nous semble bancal ?

Malheureusement, le projet de Swatch est aussi excitant qu’il nous semble peu en phase avec la réalité. Encore une fois, les raisons de ces doutes sont facilement compréhensibles.

  • Fin 2018, c’est dans une éternité. On a l’impression que Swatch n’a pas pris le pouls de l’industrie en annonçant un système d’exploitation pour dans deux ans. D’ici là, il est possible, si ce n’est certain, que watchOS et Android Wear auront changé en profondeur. Les constructeurs auront peut-être trouvé un moyen d’optimiser la batterie de manière prodigieuse. Les marques auront toutes sorti des modèles élégants, disponibles en plusieurs tailles. Bref, une promesse à deux ans, dans le monde de la tech, cela ressemble à une chimère.

  • Swatch est en déclin. Les ventes de montres Swatch ont décliné de 11 % en 2016. Les causes sont nombreuses, mais il est peut-être un peu tard pour se rattraper aux branches de la montre connectée après l’avoir snobée lors de sa naissance.
  • Swatch oublie un point fondamental : les applications. Au fond, un système d’exploitation est une question de goût à propos d’une ergonomie générale d’un produit. Maintenant, les applications disponibles pour un système d’exploitation sont une valeur objective et quantifiable facilement. Et plus il y a d’applications de qualité sur un système, plus il a de chance d’être plébiscité. C’est notamment pour cela que la présentation des nouvelles Apple Watch a été rythmée par les interventions des développeurs tiers qui ont tiré partie des possibilités de la montre. Si vous n’avez pas les grands noms du mobile sur votre montre (ou votre OS, coucou Windows Phone), vous êtes mort.

Rendez-vous dans deux ans.

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