En 2018, OceanGate va explorer pendant près de deux mois l'épave du Titanic pour la reconstituer en 3D. Et ainsi mieux documenter ces débris historiques tout en tentant de mieux appréhender le phénomène de décomposition sous-marine.

Plus de 100 ans après son naufrage, dans la nuit du 15 avril 1912 et la disparition de plus de 1 500 de ses 2 224 passagers, le Titanic continue de fasciner les scientifiques comme les touristes. Deux publics différents qui vont être amenés à étudier ensemble l’épave à l’occasion de l’expédition prévue en mai 2018 par OceanGate, une entreprise spécialisée dans l’exploration sous-marine.

Pendant près de deux mois, différentes équipes de 20 personnes vont se succéder pour des missions d’une semaine au plus près des restes du paquebot qui repose à environ 4 000 mètres de profondeur dans l’Atlantique Nord. Cette mission scientifique avec équipage — la première du genre depuis 2005 — sera assurée depuis des bathyscaphes Cyclops 2, conçus par OceanGate.

Imagerie haute définition et reconstitution 3D

L’objectif de cette plongée réalisée avec l’aide des experts en imagerie du Woods Hole Institution du Massachusetts ? Évaluer le degré de détérioration de l’épave grâce à de multiples prises de vue en haute définition qui seront ensuite reconstituées en 3D grâce à  des scans laser et de la photogrammétrie.

L’idée est autant d’enrichir la documentation existante sur l’épave de données plus précises (et à jour) que de mieux appréhender le phénomène de désagrégation sous-marine, comme l’explique Stockton Rush, patron d’OceanGate : « C’est un vrai défi de comprendre la vitesse de décomposition du métal dans les profondeurs maritimes. Qu’il s’agisse de carburant, de munitions et d’autres éléments de la Seconde Guerre mondiale, nous devons comprendre l’interaction qui s’opère entre les courants, le contenu de l’oxygène, les bactéries […] pour savoir si une coque peut céder et ainsi provoquer une fuite de pétrole depuis une épave datant de 1944. »

L’équipe doit aussi analyser la flore et la faune présentes dans la zone pour la comparer aux résultats des précédentes expéditions et ainsi comprendre les changements survenus au fil du temps. Le temps commence à presser, d’après la scientifique canadienne Henrietta Mann, qui estime que l’épave, rongée par une bactérie sous-marine, devrait disparaître totalement d’ici vingt ans selon des observateurs cités par la BBC. OceanGate conçoit cette plongée comme la première étape d’une série d’examens annuels.

Des touristes mis à contribution

Chaque Cyclops 2 peut transporter jusqu’à 5 personnes et doit notamment inclure un pilote, un biologiste marin, un archéologue et un touriste. Ces visiteurs, qui ont contribué à financer l’expédition en dépensant 98 152 euros chacun pour leur voyage, ne resteront pas inactifs à bord du Cyclops 2 : ils vont aider l’équipe à la gestion du sonar, comme à la prise de photos et en matière de communication avec le reste de l’équipe. Les précédents touristes à avoir visité l’épave, en 2012, avaient pour leur part uniquement payé pour une plongée d’agrément.

Alors qu’Elon Musk prévoit d’envoyer des touristes près de la Lune en 2018, Stockton Rush, reconnaît l’aspect commercial de sa propre initiative : « Depuis son naufrage il y a 105 ans, [le Titanic] a été exploré par moins de 200 visiteurs, ce qui représente beaucoup moins de monde que les personnes à avoir parcouru l’espace ou gravi l’Everest. »

Depuis sa découverte, en 1985, par l’équipe de chercheurs franco-américains menée par Robert Ballard, l’épave a fait l’objet de plusieurs expéditions dont les plus connues restent celles du réalisateur James Cameron, qui en a tiré son film multi-oscarisé ainsi que deux documentaires. La zone a aussi été touchée par plusieurs pillages et se trouve protégée par une convention de l’Unesco depuis 2012. OceanGate assure que son expédition respectera ces règles de préservation prônées et promet qu’aucun objet ne sera récupéré sur place.

À défaut de vouloir ou pouvoir débourser une somme conséquente pour ce voyage, les amoureux du Titanic pourront bientôt l’explorer en réalité virtuelle.

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