Faraday Future a profité du salon de Las Vegas pour présenter, enfin, son premier véhicule. Avec sa FF91, l'ambitieuse startup joue sa dernière carte avant de mettre les clefs sous la porte.

Faraday Future est peut-être l’entreprise qui, aujourd’hui, symbolise le mieux tout ce qui ne va pas dans la bulle autour des voitures électriques. Souvenez-vous : cette entreprise est née du jour au lendemain en Californie, portée par le milliardaire chinois derrière LeEco, Jia Yueting. La société s’est montrée très agressive du côté de la communication, jouant avec des gros chiffres et des mots spectaculaires (une usine à 1 milliard de dollars, la voiture la plus avancée du monde etc.) sans jamais dévoiler l’ombre d’un concept pendant un bout de temps. Seul son nom, emprunté à la stratégie Tesla (celui d’un scientifique qui a travaillé sur l’électricité), a pu alors résonner.

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Les mois ont passé et le mystère autour de Faraday Future a commencé à se lever, révélant la structure de la société, ses mystérieux actionnaires et ses projets. La suite ? Elle est méconnue, mais The Verge, qui a un accès complet à l’entreprise, en a fait une chronique passionnante. D’abord, le média a montré à quel point la société était mal gérée et profitait de l’engouement généré par Tesla pour faire du bruit, sans rien derrière. Après de nombreuses interviews avec des figures clefs, le média est arrivé à une conclusion : si Faraday Future ne séduit pas des actionnaires un peu fous au CES, elle ne passera pas l’année 2017, manquant d’argent.

Si Faraday Future ne séduit pas au CES, elle ne passera pas 2017

Coup sur coup, depuis un mois, la société a perdu des ingénieurs clefs, son directeur des opérations, son vice-président croissance et marketing et, plus récemment, son CEO à l’international. Ding Lei, co-fondateur de LeEco, a sauté du navire en feu avant qu’il ne coule, envoyant un signal au monde sur la santé de la startup que son entreprise finance. Si tout, dans l’organisation de Faraday Future, semble être une parodie de constructeur automobile, ce n’est rien en comparaison de la présentation donnée au CES pour montrer, enfin, un vrai véhicule. Hier, nous avons donc découvert la FF91, première voiture de Faraday Future.

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Le concept…
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… la réalité

La présentation de l’engin a été un addition de clichés remarqués par la presse spécialisée. Au-delà d’une démonstration ratée de la fonction de parking autonome (la voiture est restée bloquée), de courses benchmark filmées de telle sorte qu’on ne voyait pas si la FF91 était vraiment devant ou pas, des pauses gênantes pour laisser les journalistes applaudir ou rire ou encore, une mise en scène qui ne montrait jamais vraiment la voiture en pleine lumière, c’est l’accumulation des caractéristiques « futuristes » qui a fait sourire. Comme si Faraday Future voulait cocher toutes les cases du « concept pour faire rêver » pour une vraie voiture.

On parle donc d’un véhicule équipé d’une batterie de 130 kWh qui fait tourner un moteur électrique de 1050 chevaux. Cela lui permet d’atteindre une distance théorique de 608 km, ce qui commence à être particulièrement confortable. La voiture est également annoncée comme entièrement autonome, grâce à une technologie de LiDAR 3D qui a été cachée dans le design du capot de l’engin et qui se rétracte à la demande, épaulée par 10 caméras, 13 radars et 12 capteurs d’ultra-sons. Au-delà de cela, on trouve une tripotée de gadgets plus ou moins innovants ou utiles :

  • Des rétroviseurs latéraux amovibles (si cela devient légal un jour de les enlever)
  • Du Wi-Fi dans la voiture, reliée au modem 4G de l’engin
  • Des écrans tactiles en guise de poignée pour ouvrir les portes
  • Un grand écran multimédia
  • Un écosystème logiciel qui vous permettra de synchroniser tous vos appareils avec le véhicule

Côté accélération, Faraday Future a promis un 0 à 60 mp/h en 2,39 secondes mais n’a réussi à montrer qu’un 0 à 60 mp/h en 2,59 secondes. C’est très rapide, mais pas radical non plus : la plus puissante des Model S parcourt cette distance en 2,60 secondes.

Le design de l’engin, enfin, est plutôt étrange. On dirait un croisement entre une voiture normale et un concept, comme si les personnes ayant travaillé dessus avaient essayé de marier les lignes d’un véhicule de rêve avec celles d’un véhicule qui a le droit de rouler sur les routes du monde entier et qui reste confortable à l’usage. On se retrouve donc avec un hybride ni assez futuriste, ni assez réaliste, qui ne donne pas vraiment envie et qui ressemble de loin à une Model X avec des néons.

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Quant au prix, il n’a évidemment pas été annoncé. Faraday Future s’est contenté d’ouvrir les réservations pour le véhicule qui doit entrer en production en 2018. Les intéressés doivent débourser 5 000 € pour avoir les premières unités de cette voiture mais peuvent aussi réserver gratuitement l’engin s’ils ne sont pas pressés.

Un moyen pour l’entreprise, peut-être, de faire une étude de marché à moindre frais avant d’envisager son avenir. Si les réservations ne prennent pas, il est à peu près sûr que Faraday Future fermera, écrasée sous son insolence. Comme beaucoup d’entreprises qui auront tenté de jouer à faire des voitures et qui ne passeront pas le stade de la conceptualisation — un problème que le gouvernement chinois souhaite activement résoudre.

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