Tesla a annoncé une nouvelle version de son mode Autopilot, qui sera déployée par mise à jour à distance. Elle donnera plus de poids au radar pour éviter les accidents en pilotage automatique, ce qui exige de limiter les risques de « faux positifs » que le constructeur redoutait.

Même si la responsabilité juridique de Tesla n’est pas démontrée dans l’accident qui a causé la mort d’un propriétaire d’une Tesla Model S en mode Autopilot, et même si le constructeur assure que son pilotage automatique s’est comporté comme prévu et qu’il serait déjà plus fiable que l’humain, Telsa ne pouvait pas rester les bras croisés. Visant toujours l’objectif de construire une voiture autonome qui serait 100 % sûre, Tesla a annoncé dimanche l’arrivée d’une mise à jour logicielle qui tire tous les enseignements possibles de l’accident californien.

Ainsi Tesla va déployer Autopilot 8.x, dont l’un des principaux effets est de donner beaucoup plus de poids qu’auparavant au radar embarqué sur les véhicules construits depuis 2014. Jusqu’à présent, ces radars étaient vus par les ingénieurs de Tesla comme une indication complémentaire à celles obtenues par les caméras, qui gardaient la priorité dans les algorithmes de pilotage automatique. Désormais, les radars auront le même poids décisionnel, et pourront même passer en priorité.

Pour comprendre la modification, il faut d’abord rappeler que l’accident s’était produit au moment où un camion à la remorque surélevée a traversé la route de part en part. Telsa avait expliqué que la lumière du soleil était intense au moment de l’accident, et le ciel très clair, ce qui aurait expliqué que les algorithmes d’analyse des images prises par la caméra 2D n’aient pas perçu le camion blanc en travers de la route et activé les freins.

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Certes, le radar embarqué avait bien détecté que quelque chose se dressait au dessus de la route, mais paradoxalement ce sont des systèmes de sécurité qui ont bloqué le déclenchement des freins. En effet, les ingénieurs privilégiaient dans leurs algorithmes le fait d’éviter qu’un panneau de signalisation surplombant la route (comme ça se fait beaucoup aux USA) ne provoque un freinage d’urgence qui serait lui-même dangereux pour les passagers des véhicules qui suivent. En cas de doute, et en l’absence d’obstacle visible par les caméras, le véhicule continue de rouler.

Ce que va changer Autopilot 8.x

Pour éviter qu’un tel accident puisse se reproduire, les équipes de Tesla ont dû accepter de donner plus de poids au radar, tout en développant des méthodes qui évitent les faux positifs qui provoqueraient eux-mêmes des accidents. Sur son blog, le constructeur explique que c’est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît, parce que le radar ne voit qu’une image très déformée de la réalité.

En effet le bois laisse passer la grande majorité des ondes envoyées par le radar, alors qu’une surface métallique va les réfléchir à 100 %. Or la forme du signal reçu en retour peut être trompeuse. Ainsi par exemple, Telsa explique qu’une canette de soda qui traîne sur le goudron va renvoyer des signaux radar qui la font apparaître beaucoup plus grosse qu’elle n’est en réalité, du fait de sa forme convexe.

Les véhicules Tesla vont transmettre aux serveurs de la firme des informations chaque fois que le radar aura cru percevoir un obstacle

Pour remédier au problème, Tesla a décidé d’abord de débloquer les capacités de son radar, qui pourra désormais renvoyer une image six fois plus précise (il n’est pas dit pourquoi cette capacité, débloquée par mise à jour logicielle, n’était pas déjà déployée). Le système pourra analyser les images pour obtenir une représentation 3D et en mouvement de l’environnement, à une fréquence de 10 images par seconde.

Par ailleurs, et c’est la principale nouveauté, Tesla va désormais confronter les images interprétées par le radar à une base de données des « faux positifs », partagée entre tous les véhicules.

En permanence, qu’ils soient en mode Autopilot ou non, les véhicules Tesla vont transmettre aux serveurs de la firme des informations chaque fois que le radar aura cru percevoir un obstacle qui n’a pourtant provoqué aucune réaction chez le conducteur. Statistiquement, si le même faux positif réapparaît à chaque fois qu’une Tesla passe sur la même route, le système saura qu’il ne faut pas déclencher de freinage d’urgence à cet endroit là.

En revanche, si un obstacle inconnu apparaît subitement sur le radar, la voiture va se mettre à ralentir de plus en plus fort jusqu’à freiner urgemment. Ce comportement se veut être un compromis, pour limiter le risque de freinages d’urgence brutaux qui peuvent causer des carambolages, et le risque d’accidents mortels. La voiture ne ralentira sans doute pas suffisamment pour éviter la collision détectée, mais assez pour éviter des blessures graves aux passagers.

La preuve que des algorithmes font des choix moraux.

À lire sur Numerama : Une option sur la voiture autonome pour savoir qui tuer en priorité  ?

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