OpenOffice est-il en train de péricliter ? C'est ce que craint l'un des cadres du projet, qui s'alarme du manque de bénévoles engagés dans la conception de la suite bureautique.

En informatique, les projets naissent, vivent et parfois meurent. Rien n’est immuable, même dans le domaine du logiciel libre. Cette réalité, OpenOffice.org pourrait bien la toucher du doigt tôt ou tard. C’est en tout cas le scénario qu’envisage en filigrane Dennis Hamilton, le président du comité de gestion de projet OpenOffice.org, dans un message publié jeudi 1er septembre.

« J’ai souvent relevé que le projet Apache OpenOffice avait une capacité limitée pour soutenir le projet de manière énergique. Je note également qu’il n’y a pas assez de développeurs qui ont la capacité, le talent et la volonté pour compléter la demi douzaine de bénévoles qui maintiennent le projet », écrit-il en préambule de son long billet. Pour lui, faute de soutiens, OpenOffice est condamné.

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Une alternative libre à Microsoft Office.

Il est vrai qu’OpenOffice ne brille pas par une activité intense. La dernière mise à jour date du 28 octobre 2015 avec la sortie de la version 4.1.2. C’est d’ailleurs la seule version sortie en 2015. Un an avant, OpenOffice a publié les moutures 4.1 (le 29 avril 2014) et 4.1.1 (21 août 2014). Bref, la seule déclinaison majeure a plus de deux ans ; les deux autres ne sont que des mises à jour de maintenance.

En comparaison, LibreOffice affiche un visage complètement différent : le projet qui est dérivé d’OpenOffice enchaîne les moutures importantes (4.4 début 2015, 5.1 en février et maintenant 5.2, pour n’en citer que trois) sans parler de la pléthore de correctifs qui sont publiés entre chaque nouvelle déclinaison. Entre 2014 et 2016, il y a eu cinq versions majeures de LibreOffice contre une seule pour OpenOffice.

La retraite du projet est une possibilité sérieuse

Pour Dennis Hamilton, ce serait faire preuve de négligence « de ne pas souligner que la retraite du projet est une possibilité sérieuse ». Au risque, en parlant ouvertement d’un éventuel arrêt, de provoquer sans le vouloir une prophétique autoréalisatrice. En lisant ça, les internautes ne vont-ils pas se tourner vers d’autres outils ? Les bénévoles jeter l’éponge ?

Il faut croire qu’OpenOffice — que l’on désigne aussi sous l’appellation Apache OpenOffice — ne s’est jamais vraiment remis de l’acquisition en 2009 de Sun Microsystems par Oracle pour 7,4 milliards de dollars. À la suite de cette opération hautement contestée par les partisans du logiciel libre, quelques dizaines de développeurs ont quitté le navire pour aller fonder LibreOffice.

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Sortie en janvier 2011, la branche 3.3 d’OpenOffice.org est la dernière à avoir vu le jour. Il y a eu ensuite un schisme : les déclinaisons suivantes ont été publiées sous l’égide de la fondation Apache — d’où le nom d’Apache OpenOffice — lorsque Oracle lui a confié le bébé le 1er juin 2011. De son côté, LibreOffice a vu le jour et c’est The Document Foundation qui organise les travaux de la suite bureautique.

Les réflexions de Dennis Hamilton invitent aussi à s’interroger sur le rôle qu’a pu jouer la fondation Apache.

Celle-ci n’a visiblement pas su s’occuper correctement d’OpenOffice et lui permettre d’évoluer à un rythme plus soutenu, pour rivaliser avec LibreOffice et rester une alternative viable à Microsoft Office. Reste maintenant à savoir si la sortie de Dennis Hamilton aura l’effet d’un électrochoc pour relancer le projet sur de meilleurs rails… ou si elle sera un clou de plus planté dans le futur cercueil d’OpenOffice.

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