Rendre la ville plus intelligente. C'était l'objectif fixé lors de la première édition du programme DataCity, lancé par Numa. Cinq startups y ont participé et ces dernières ont récemment présenté les résultats obtenus pendant ce projet.

La première édition du projet DataCity vient de se clôturer. Mené par Numa, ce programme visait à accélérer la réalisation des projets de cinq startups françaises par le biais d’un soutien financier, d’un accompagnement et de collaborations avec de grandes entreprises. L’objectif de DataCity était d’apporter des solutions adaptées aux enjeux urbains actuels afin de rendre la ville plus intelligente, notamment en récoltant d’importants jeux de données pour mieux identifier les problématiques.

Comment  optimiser la consommation d’énergie ? Améliorer le confort des espaces publics ? Adapter les transports publics au besoin des usagers ? Pour répondre à ces questions, des données de natures diverses ont été mis à disposition des startups. Pour elles, c’était l’occasion rêvée de concrétiser leurs concepts en les appliquant à des situations bien précises et de favoriser leurs relations avec les potentiels collaborateurs.

En début de semaine, à deux pas de l’écran géant de la fanzone de l’Euro 2016 sous la tour Eiffel, les startups ont présenté, avec un enthousiasme non dissimulé, les résultats de DataCity, environ six mois après son lancement officiel.

Les uns après les autres, les fondateurs de chaque startup sont montés sur la petite estrade afin de parler des défis qui leurs avaient été posés, des résultats observés et de leurs nouveaux objectifs.

Openergy

La startup Openergy, qui a collaboré avec le groupe immobilier Nexity, a ainsi présenté son projet de mutualisation  d’énergie entre immeubles d’un même îlot. Le but est de prouver les économies possibles en s’appuyant sur une technologie de data-mining et de simulation énergétique. Le concept est assez simple, « puisque l’on partage déjà nos trajets en voiture et nos appartements, pourquoi ne pas en faire autant avec l’énergie  ? », demande Riad Ziour, fondateur d’Openergy.

Un projet de mutualisation  d’énergie entre immeubles d’un même îlot

La startup a donc mené son étude sur trois bâtiments aux usages complémentaires (les bureaux sont utilisés en journée tandis que les logements sont plutôt occupés la nuit) : une crèche, un immeuble de bureau et un bâtiment résidentiel. Les résultats de l’expérimentation ont été prometteurs puisqu’il a été observé que l’énergie utilisée pour 100 m² de bureaux pourrait fournir un logement en eau chaude et en chauffage. Plus encore, le bâtiment de bureaux étudié (celui de Nexity) pourrait alimenter l’équivalent d’une crèche et d’environ 400 logements. Openergy a donc identifié deux marchés dans lesquels ce concept pourrait être appliqué : la construction de nouveaux logements et la rénovation.

Padam

Padam et Vinci Énergies ont parlé d’un projet de minibus flexibles pour les déplacements de proximité dont les trajets s’adaptent en temps réel à la demande des usagers. Aujourd’hui, le déplacement des bus fonctionne sur le système de la ligne fixe où ce sont les passagers qui se déplacent jusqu’à l’arrêt. Grâce aux informations récoltées auprès des usagers (85 % d’entre eux ont manifesté un intérêt pour des minibus flexibles), aux données mobiles de leurs smartphones et en prédisant les déplacements, Padam veut proposer les trajets les plus efficaces aux personnes allant au même endroit — une sorte de covoiturage, mais pour des déplacements de quartier.

La startup a réalisé une simulation de ce dispositif dans le 19e arrondissement de Paris pour découvrir qu’il était possible de répondre à 70 % des déplacement jugés difficiles avec seulement 11 minibus et plus de la moitié des voyages seraient plus rapides avec le service Padam qu’en transport en commun.

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Sensewaves

Sensewaves veut également proposer des solutions pour l’économie d’énergie. Pour cela, la startup a imaginé un moyen de détecter en temps réel les anomalies de consommation. Elle a développé un outil baptisé « Sweave » capable de transformer les données brutes des compteurs électriques, d’eau et de gaz en informations pratiques.

En comparant la consommation d’énergie normale d’un immeuble avec sa consommation réelle, la plateforme est capable de détecter la moindre anomalie et d’envoyer une notification au moindre problème. En détectant très tôt une anomalie, Sensewaves veut permettre aux gestionnaires des bâtiments et aux professionnels de l’énergie de réaliser des gains de coût et de temps. Car une fuite, même si elle est infime, peut provoquer une grande perte d’énergie sur le long terme.

La plateforme est capable de détecter la moindre anomalie dans la consommation

La startup a donc mené son expérience en collaboration avec l’entreprise d’ingénierie Setec sur trois bâtiments. Résultat : 100 % des anomalies de comportements et des dérives de consommation ont été identifiées par Sweave et validées par les employés de Setec. L’outil s’est avéré être un assistant très pratique pour faciliter les opérations des professionnels. Par exemple, un défaut de programmation de la climatisation a pu être repéré sans avoir recours à une sonde de température ou d’information de commande du climatiseur. Les données des compteurs ont amplement suffit.

eGreen

eGreen est la troisième startup dont l’objectif est de réduire la consommation énergétique, sujet particulièrement important en ces temps de réchauffement climatique. Sa solution consiste à utiliser des capteurs dans les logements pour mesurer en temps réel la consommation d’électricité, d’eau, de gaz ou la température intérieure. Mais comment faire pour responsabiliser les usagers et les inciter à optimiser leur comportement ? En les faisant jouer, tout simplement. Avec l’appui de Suez, eGreen a mis au point une mécanique de jeu et proposé aux utilisateurs de participer au challenge « GreenPoints ». La startup a développé une interface qui valorise les comportements responsables des usagers en leur attribuant un score (comptabilisé en GreenPoints).

egreen

En proposant une expérience ludique, la startup a observé un impact non négligeable sur les consommations d’énergie avec 7 % d’économies d’eau, 36 % pour le chauffage et 9 % sur l’éclairage et la climatisation. D’après eGreen, 81 % des utilisateurs ont affirmé que cette ludification leur a été utile pour réduire les consommations d’énergie et d’eau. En outre, en atteignant un nombre suffisant de GreenPoints, l’usager finance un projet de développement durable. Une manière de le motiver encore plus.

QuCit

QuCit — pour « quantified cities » — propose de prédire, à partir de données mathématiques, des éléments très subjectifs tels que le confort, le stress ou le niveau de sécurité ressenti par les piétons. Et ce, avec une gélocalisation au mètre près. L’objectif de la startup est de favoriser la réappropriation des espaces publics. Alors que la ville de Paris s’apprête à réaménager sept grandes places, QuCit veut fournir des données qui permettent de savoir à l’avance comment ces aménagements vont avoir un impact sur le confort des piétons.

Avec l’aide de capteurs installés par Cisco sur la place de la Nation (flux automobiles, cyclistes, qualité de l’air…), des données en open data de la ville de Paris et en s’appuyant sur les réponses de 1 4000 personnes sondées, la startup a pu dresser une cartographie détaillée. Cela lui permet de savoir exactement à quel endroit les piétons se sentent en danger, stressés ou à l’inverse, plutôt détendus. Ainsi, QuCit a pu déterminer que le centre de la place est l’endroit le plus agréable mais qu’il faut traverser huit voies de circulation pour l’atteindre, et les deux passages cloutés qui y mènent génèrent un pic de stress. Des données que la ville a tout intérêt à exploiter pour aménager au mieux ce lieux public.

Une expérience enrichissante

Selon Raphaël Cherrier, PDG de QuCit, le programme DataCity a permis de démontrer que « le concept marche, qu’il est possible, même s’il y a encore du travail à faire et même s’il nous faudra encore plus de données pour avoir des résultats encore plus fins ». Avant de poursuivre : « Ce qui était très enrichissant c’était d’être dans un cadre où on sent qu’il y a des donneurs d’ordres, des décideurs, des grosses entreprises, qui, pour une fois, sont dans un rythme qui ressemble au nôtre. Ils vont vite et on rencontre des gens qui ont le pouvoir de prendre des décisions risquées — parce que faire confiance à ce genre de startups c’est risqué. Donc ça, c’était vraiment intéressant  ».

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Raphaël Cherrier, PDG de QuCit.

En lançant l’appel à projets pour le programme DataCity, Numa a reçu 190 candidatures. Portée par le succès de cette première mouture qui s’achève, une seconde édition est déjà en préparation avec, à la clé, un nouveau collaborateur d’ores et déjà officiellement annoncé : la RATP. Numa a également prévu d’exporter son initiative à l’étranger. Un programme DataCity est déjà en cours de préparation à Bangalore, en Inde. Les villes de Casablanca et de Mexico y songeraient également. Et Anne Hidalgo, la maire de Paris, va porter le programme au C40, un réseau qui regroupe 83 des plus grandes villes du monde.

Rendez-vous à la prochaine édition.

À lire sur Numerama : #DataCity  : comment des startups veulent sauver la ville

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