Lors de sa conférence Hello, Orange a voulu associer sa marque à la réalité virtuelle. Au risque du faire plus de mal que de bien à la technologie.

Orange l’a bien compris : en 2016, pour avoir l’air cool, il faut parler de « réalité virtuelle ». Comme cela a été le clou du spectacle de la conférence Samsung au MWC, qui a vu un Mark Zuckerberg apôtre de la technologie venir faire son discours devant un parterre de journalistes ô combien intrigués, l’opérateur français a probablement imaginé qu’il devrait faire la même chose avec les moyens du bord. Alors Stéphane Richard a sorti son petit Zuckerberg à lui, notre Luc Besson national, qui, quand il n’est pas occupé à battre le record du plus grand nombre de mauvais films produits avec EuropaCorp, sert de faire-valoir à Orange pour représenter la réalité virtuelle.

Rivé dans un casque HTC Vive, Besson a découvert devant les journalistes les entrailles de la nouvelle Livebox, impressionné par cette expérience hors du commun. L’association d’image est parfaite : on parle alors d’Orange, de réalité virtuelle et du HTC Vive, le casque le plus réputé actuellement disponible sur le marché. Le raccourci psychologique est vite pris et on oublie assez rapidement que l’engin ne tourne bien évidemment pas sur la nouvelle Livebox qui embarque le processeur graphique de la Freebox Mini et un processeur double cœur cadencé à 1 Ghz, le standard en téléphonie mobile autour de 2011-2012. Loin de ce qu’il faut pour faire tourner un HTC Vive, un Oculus Rift ou un casque PlayStation VR.

Mais ce n’est pas la question. Orange fait dans la réalité virtuelle : c’est dit ! Oui, mais avec quoi ? Eh bien en pratique, cela n’a pas grand chose à voir avec la Livebox.

Orange a simplement présenté une application Android compatible Gear VR pour sa chaîne OCS, qui transportera le spectateur dans un salon afin qu’il puisse regarder ses chaînes préférées dans l’immersion la plus totale. Une idée déjà exploitée en long et en large par Oculus son cinéma virtuel (qui peut aussi vous faire regarder des films sur la Lune, autrement plus sympa qu’un salon tout droit issu des Sim’s) et Netflix, qui fait déjà exactement la même chose sur le Gear VR avec son application dédiée.

OCS-Realite-Virtuelle

Le communiqué de presse disponible sur le site officiel d’Orange évoque également une compatibilité de l’application OCS avec le PlayStation VR, annoncée pour le quatrième trimestre, ce qui pourrait la rendre disponible pour la sortie du casque de Sony. Des contenus enrichis et interactifs seront régulièrement proposés sur la chaîne, conçus comme des expériences dédiées à la réalité virtuelle.

Entre logiciel, matériel, services, périphériques et contenus, la confusion est totale : on termine cette conférence en ayant l’impression d’avoir assisté à un grand moment de réalité virtuelle alors qu’au fond, ce type d’utilisation de la technologie pourrait déjà annoncer les prémisses de son déclin.

Pourquoi un déclin ?

La première raison, c’est bien évidemment la communication qui va entraîner immanquablement de la déception. Ce que Luc Besson a vu dans son HTC Vive ne sera disponible pour aucun client d’Orange. Le casque demande une puissance de calcul colossale et des ordinateurs qui dépassent le millier d’euros. Orange procède ainsi à un ingénieux cocktail en vendant du rêve côté R&D, en s’appropriant le matériel le plus incroyable du moment, tout en sachant pertinemment que l’offre finale au client ne correspondra pas à la promesse.

Le Gear VR est une bonne entrée dans la réalité virtuelle, mais il est à des années-lumières de ce qu’on peut vivre avec un HTC Vive ou un Oculus Rift. L’expérience est une version un peu plus poussée et interactive d’un écran logé au fond d’un casque, jamais bien net, jamais bien synchronisé avec nos mouvements et incapable de gérer un déplacement autre que la rotation de la tête.

Le battage médiatique sert juste un agenda publicitaire qui va essorer la technologie jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

La seconde raison, c’est la futuroscopisation de la réalité virtuelle. Au lieu de proposer de véritables contenus complets et vraiment révolutionnaires, Orange laisse entendre qu’il multipliera les expériences. Une expérience, c’est mignon cinq minutes, mais ça n’est pas une vision radicale des possibilités de la réalité virtuelle. C’est comme si nous découvrions un univers entier à explorer et que nous en restions à la lisière, parce qu’elle nous suffit pour faire parler.

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La réalité virtuelle d’Orange, et d’autres sociétés qui s’en emparent récemment sans en comprendre le potentiel, c’est une bête de foire. Et quand on voit un tel spectacle, on a l’impression que le battage marketing, au lieu d’accompagner la technologie vers une démocratisation, amenant la qualité à tous en subventionnant par exemple la création de véritables contenus ou services comme le font Sony ou Facebook, sert juste un agenda publicitaire qui va essorer la technologie jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

Alors oui, aujourd’hui, Twitter est plein de #VR et de #showorange. Mais dans les faits, Orange a simplement mis les deux pieds dans le cauchemar de John Carmack : que la réalité virtuelle soit tuée dans l’œuf à cause de l’immaturité de la technologie, les attentes du publics réhaussés par les effets d’annonce et les campagnes de communication qui transforment un concept vraiment excitant en énième délire technologique sans avenir. Brouiller les pistes et le discours n’est jamais désirable.

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