Andy Rubin, le père du système d'exploitation mobile Android, a donné des détails sur Playground, une société hybride entre fonds d'investissement et laboratoire, dans lequel ses projets les plus ambitieux pourront voir le jour. Y compris une intelligence artificielle.

Andy Rubin, le cofondateur d’Android, a quitté Google en 2014. Depuis, l’homme n’est pas resté sans rien faire. Il a créé Playground, une entreprise qui veut « essayer de prédire ce que sera la prochaine vague informatique ». Rien que ça ! On ne connaît que très peu de choses sur la société de Rubin ; on savait cependant qu’il s’agissait d’un incubateur de startup qui soutenait des produits innovants. Grâce à une interview accordée à Wired, on en apprend un peu plus sur la vision du père de l’OS mobile le plus utilisé au monde.

Vers une plateforme matérielle universelle pour les créateurs

Playground est plus qu’un simple fond pour financer des startup. L’entreprise propose des locaux et de l’expertise, deux choses presque plus importantes que l’argent pour les jeunes entreprises. On comprend un peu plus le choix du nom grâce à un billet posté par Rubin sur le blog de l’entreprise. Playground veut dire « terrain de jeu » en anglais, et le terme représente parfaitement ce qui ce passe au sein de la firme. Les startups peuvent compter sur l’expérience de plus de 50 ingénieurs regroupés dans le Studio, une division qui maîtrise des compétences dans des domaines allant de l’ingénierie électrique à la logistique, en passant par le logiciel, l’apprentissage automatique ou encore le design.

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L’objectif est d’abord de réduire les coûts et la marge d’erreur dans la fabrication de produits. Le Studio crée des modules qui peuvent être réutilisés sur différents projets. Si une société a besoin d’une caméra, au lieu de devoir chercher quelle est la meilleure caméra, il peut simplement utiliser le module fabriqué par les ingénieurs de Playground.

Mais sur le long terme, l’entreprise envisage de devenir pour le hardware ce qu’Android a été pour le mobile et Windows pour le PC, c’est-à-dire une plateforme qui mettrait à disposition des créateurs une infrastructure matérielle pour développer les prochaines générations de produits innovants. On pourrait pratiquement parler de système d’exploitation qui relierait entre-eux tous les objets connectés.

Une infrastructure matérielle pour développer les prochaines générations de produits innovants

Cela n’est pas nouveau, ce rêve est partagé par Apple, Microsoft et Google qui ont tous adapté leurs OS pour interagir avec les objets communicants. Mais l’infrastructure matérielle commune proposée par Rubin serait connectée à un Cloud qui possède de « sérieuses capacités en deep learning ».  Pour l’instant, cette plateforme n’est disponible que pour les douze entreprises qui sont soutenues par Playground, mais à l’avenir, celle-ci pourrait être ouverte à tous. « Je crois très fort au fait de faire mûrir une idée, de la développer jusqu’à un certain niveau, et de la libérer », confie Rubin à Wired.

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Une des machines mise à la disposition des startup

Rubin voit plus loin encore, il pense que l’humanité est sur le point d’assister à l’émergence d’un nouveau paradigme technologique et que toutes les pièces sont en train de se mettre en place pour commencer la transition vers l’intelligence artificielle. Les grandes entreprises comme Apple ou Microsoft font déjà toutes des progrès en ce sens, cependant, on est encore loin de voir arriver une véritable intelligence artificielle. Pour améliorer le réseau neuronal de leurs IA, les trois géants utilisent actuellement la puissance du web et analysent les milliards de données échangées sur le réseau.

Permettre au IA de découvrir le monde réel

Mais d’après Rubin, pour créer une intelligence artificielle efficace, il faut récolter des données dans le monde réel. Pour le père d’Android, le meilleur moyen pour éduquer les IA sur le monde réel est de leur donner accès aux capteurs présents dans de plus en plus d’appareils, qui capturent des sons, des images, des mouvements ou encore des données météorologiques.

Il a également confié au magazine qu’il travaille actuellement sur une dashcam, un type de caméra utilisée notamment en voiture pour garder une trace vidéo d’un trajet en cas d’accident. La dashcam de Rubin serait différente puisqu’elle devrait être portée directement sur soi et enregistrerait le monde autour de son utilisateur (quelqu’un a dit « Google Glass » ?). Il compte l’offrir gratuitement en échange d’un accès à ses données, qui pourront servir à créer une carte en temps réel du monde — un outil qu’on imagine inestimable pour l’apprentissage d’une intelligence artificielle.

Pour créer une intelligence artificielle efficace, il faut récolter des données dans le monde réel

Bien sûr, une telle idée soulève de nombreuses questions, particulièrement en regard du respect de la vie privée de l’utilisateur et des personnes autour de lui. Plus encore, la création d’une intelligence artificielle représente pour certains, comme Elon Musk, le fondateur de Tesla Motors,  un danger pour l’humanité. Rubin n’est pas inquiet, il assure qu’il « ne croit pas en Skynet ou en toutes ces choses ». Il pense qu’en général, «  la technologie est utilisée pour faire le bien ». On ne demande qu’à le croire !

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