En plantant son drapeau dans ce qui s'appelait encore la vallée de Santa Clara, Hewlett-Packard a inauguré la Silicon Valley, grandissant nonchalamment dans un nouveau monde en ébullition.

Il était une fois dans la vallée de Santa Clara

Début 1939. Loin des bruits de bottes en Europe, dans une paisible vallée d’arbres fruitiers au sud de San Francisco, deux jeunes diplômés de Stanford viennent de fonder dans leur garage une startup d’électronique, avec l’aide de leur ancien professeur Frederick Terman. Leurs principaux produits sont des oscillateurs, qu’ils vendent notamment à Disney. Quand la guerre éclate dans le Pacifique, Packard se met à travailler sur des technologies anti-radar et des fusibles  d’artillerie, et échappe ainsi à l’armée, contrairement à Hewlett.

Dans son histoire, Hewlett-Packard (dont l’ordre du nom a été tiré à pile ou face) aura tendance à se délester rapidement de tout ce qu’il ne considère pas être son cœur de métier.

Avec sa ligne HP 2100, la firme entre en 1966 dans le marché de ce qu’on appelle le « mini-ordinateur », engins de la taille d’un simple meuble et ne remplissant plus une pièce entière. En 1968, le HP 9100A sera le premier appareil au monde à pouvoir être qualifié d’ordinateur personnel.

Force tranquille

Les ordinateurs personnels HP sont en fait d’abord appelés « calculateurs », car les clients se trouvaient perturbés par le fait qu’ils ne ressemblent pas à des ordinateurs IBM. Dans les années 70, la firme de Palo Alto gagne en notoriété avec les premières calculatrices portables au monde, tout en restant dans l’ombre d’un IBM dont le règne est encore indisputé. Pendant ce temps, Packard prend un poste de vice-secrétaire d’État sous l’administration Nixon.

La firme reste focalisée sur les marchés business, scientifiques et industriels. C’est ainsi qu’elle refuse à cinq reprises les projets d’ordinateur grand public d’un de ses ingénieurs, un certain Steve Wozniak ; ce dernier, après de longues hésitations, finira par démissionner pour fonder sa propre boîte avec son ami Steve Jobs. La baston homérique qui s’ensuivra entre Apple, IBM et les autres se déroulera sans la participation d’HP, bien  au chaud dans ses marchés de niche dont les imprimantes qu’il fabrique depuis 1984.

Il faut attendre que la poussière retombe dans les années 90 pour que HP se diversifie. Il rachète Apollo Computer et ses stations en 1989, puis Convex Computer et ses supercalculateurs en 1995. En 2002, il s’offre le gros poisson Compaq, géant de l’ordinateur personnel des années 90 qui a fini soufflé par l’explosion de la bulle Internet. HP devient au cours des années 2000 le leader mondial du PC.

Après l’apogée

Les premiers signes de faiblesse viennent des tablettes Slate, conçues avec Microsoft. HP rachète en 2010 l’acteur historique Palm et son système WebOS, mais ne tient toujours pas face à la concurrence d’Apple et d’Android. WebOS est alors relégué à LG, au grand dam de l’ex-patron de Palm. Bientôt, le marasme du marché du PC force HP à licencier près d’un dixième de ses employés, alors que parallèlement, la firme décide de scinder ses activités tech et services aux entreprises.

Aujourd’hui, HP résiste plutôt bien en conservant une deuxième place juste derrière le Chinois Lenovo. Contrairement à ses concurrents asiatiques, la firme de Palo Alto joue plutôt sur du haut de gamme, même pour ses Chromebooks, et n’hésite pas ailleurs à miser sur l’originalité du design, comme sa gamme Stream à bas prix aux couleurs pimpantes ou des PC de bureau en forme d’enceintes. Du côté du gaming, la firme de Palo Alto oriente sa gamme Omen vers la VR avec des ordinateurs sac à dos.

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