Où en est Virgin Galactic ? Alors que Stephen Hawking, le célèbre astrophysicien, a accepté l'invitation de Richard Branson à effectuer un vol spatial avec sa navette, Numerama revient sur le projet en cinq questions.

À 75 ans, Stephen Hawking devrait bientôt réaliser un rêve d’enfant : accéder à l’espace. Dans un entretien accordé à The Independent. le célèbre cosmologiste et théoricien a affirmé que le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur de Virgin Galactic, lui a payé un billet pour effectuer un vol. Une proposition qu’il a accepté sans aucune hésitation.

Dix ans auparavant, Stephen Hawking, qui est un proche de Richard Branson, avait déjà réalisé un premier rêve : effectuer un vol parabolique dans un Boeing 727-200 aux États-Unis. L’occasion pour le scientifique de se libérer, pour quelques minutes, de la sclérose latérale amyotrophique, ou maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative qui le paralyse complètement.

L’annonce de Stephen Hawking est l’occasion de faire le point sur le projet de Virgin Galactic, car si Richard Branson avait déclaré dès 2015 lui avoir offert un voyage dans l’espace, il s’avère que l’entreprise est encore loin de ses objectifs : en effet, aucun vol commercial n’a eu lieu pour l’instant, que ce soit  dans l’espace ou même à une haute altitude.

Comment est né le projet ?

Fondée en 2004 par Richard Branson, la société Virgin Galactic attendra en réalité quatre ans avant de dévoiler ses projets de tourisme spatial. À l’époque, le Britannique suggérait que le premier vol puisse avoir lieu dès l’année suivante, en 2009. En fait, le groupe devra attendre le 10 octobre 2010 pour effectuer son premier vol plané et 2013 pour le premier test moteur de l’appareil en vol.

L’objectif de la compagnie ? Permettre, à terme, d’amener des touristes à la frontière de l’espace et ainsi profiter de quelques minutes d’apesanteur comme d’une vue unique, à la manière de ce que peut proposer l’agence spatiale européenne avec les vols paraboliques de l’Airbus A310 pour les vols Air Zero G, à ceci près que ces derniers se déroulent à une altitude bien moindre.

Richard Branson
Richard Branson
CC Gilberto Cardenas

L’entreprise fondée par le milliardaire enchaîne alors les vols expérimentaux et décroche en mai 2014 le feu vert des autorités américaines pour transporter des passagers dans l’espace dans des vols commerciaux. Il était alors question de réaliser les premières rotations dès la fin de l’année. Hélas pour le groupe, les choses ont pris une toute autre tournure dans les mois qui ont suivi.

Censée démocratiser le tourisme en apesanteur, la navette de Virgin Galactic s’est crashée dans le désert de Mojave, tuant l’un de ses pilotes et blessant grièvement le deuxième. L’erreur, d’origine humaine, avait conduit au déclenchement au mauvais moment du mécanisme de freinage de VSS Enterprise, le nom du vaisseau. À la suite de la catastrophe, plus aucun vol n’a eu lieu pendant près de deux ans.

Comment fonctionne le vol ?

Pour envoyer des hommes dans l’espace, Virgin Galactic mise sur le vol suborbital. Il s’agit d’envoyer un aéronef suffisamment vite pour lui faire franchir l’altitude de 100 kilomètres, soit la ligne de Kármán, qui est une démarcation fixée par la convention par la fédération aéronautique internationale indiquant la frontière entre la Terre et l’espace, sans toutefois aller trop vite.

En effet, Virgin Galactic ne cherche pas à mettre en orbite son aéronef. Il lui faut donc aller moins vite que la vitesse de satellisation minimale. Comme son nom l’indique, il s’agit du seuil minimal qu’il faut atteindre pour satelliser un objet au plus près d’un astre, en le plaçant sur une orbite circulaire, sans qu’il retombe à sa surface à cause de l’influence de la gravité.

schema-de-vol
Crédits : BBC

Pour ses rêves de tourisme spatial, Virgin Galactic mobilise Eve, un énorme avion qui est chargé de transporter le VSS Unity, le vaisseau de classe SpaceShipTwo, aussi haut et vite que possible, avant de lui laisser prendre le relais. En théorie, le VSS Unity doit se détacher d’Eve, allumer son réacteur et atteindre de façon autonome la limite de l’atmosphère terrestre.

Le retour sur Terre se fait ensuite à grande vitesse. Au cours de la décélération, Virgin Galactic utilise une procédure de freinage, nommée feathering. Employée notamment sur le précédent modèle, le VSS Enterprise, elle doit être activée avec parcimonie : en effet, elle a été activée trop tôt lors du crash d’octobre 2014, causant la mort du pilote. Il aurait fallu la lancer à Mach 1,4 et non pas à Mach 0,9.

Qui sont les passagers connus ?

Avec un ticket d’entrée dont le coût unitaire s’élèverait jusqu’à 250 000 dollars, rares sont les personnes ayant les moyens de s’offrir un vol suborbital avec Virgin Galactic sans se ruiner. Cependant, une niche de gens très aisés pourrait être séduite à l’idée de faire un bref tour dans l’espace, ne serait-ce que quelques instants. Plusieurs centaines de riches amateurs se sont d’ailleurs manifestés pour obtenir un billet.

Aux dernières nouvelles, ils seraient près de 700 dans le monde à avoir réservé un vol. Un nombre qui n’a curieusement pas vraiment bougé au cours des dernières années : c’est l’effectif des touristes spatiaux ayant rejoint l’aventure que l’on évoquait déjà en septembre 2013 et que l’on citait encore à la toute fin de l’année 2016. En trois ans, il est resté stable malgré les retards et l’accident de 2014.

Stephen Hawking
CC Jim Campbell

Outre l’astrophysicien Stephen Hawking, dont le vol a été offert par Richard Branson, les vols suborbitaux de Virgin Galactic doivent accueillir un certain nombre de célébrités lorsqu’ils auront enfin lieu. Parmi les stars confirmées figurent les acteurs Leonardi DiCaprio et Ashton Kutcher, le chanteur canadien Justin Bieber ainsi que la chanteuse Lady Gaga.

D’autres vedettes sont également régulièrement citées comme figurant parmi les futurs passagers de Virgin Galactic. C’est le cas de l’ancien couple Brad Pitt et Angelina Jolie, la chanteuse Katy Perry et son ex-compagnon Russell Brand, un humoriste anglais, l’acteur Tom Hanks, l’actrice Mila Kunis ou encore le chanteur Lance bass. Une tête couronnée, Beatrice d’York, est aussi mentionnée.

Où en est le projet ?

Depuis la catastrophe d’octobre 2014, qui a coûté a vie au pilote Michael Alsbury et blessé son collègue, Peter Siebold, lors du crash du premier modèle de SpaceShipTwo, causé, d’après l’enquête, par un freinage survenu trop tôt, Virgin Galactic a patienté plus de deux ans avant de retourner dans les airs. Un nouveau modèle, baptisé VSS Unity et successeur du VSS Enterprise, a été présenté en février 2016.

En septembre 2016 ,Virgin Galactic a procédé au premier vol du VSS Unity. Deux autres tests ont eu lieu les 1er et 3 novembre mais n’ont pas pu être complétés pour cause de fortes rafales de vent. Le 30 novembre, des modifications mineures ont été apportées à l’aéronef et le 3 décembre a eu lieu son premier vol plané. Un deuxième vol plané a été effectué le 22 décembre et un dernier vol le 24 février.

virgin-galactic
CC Steve Elliott

Lors du premier vol, le président de la société, Mike Moses, avait expliqué qu’avant de passer à la phase suivante, qui consiste à activer le moteur-fusée de l’appareil, il faudra boucler plusieurs vols expérimentaux. « Il faudra peut-être 8  ou 15 vols pour les achever mais nous n’entamerons pas la phase suivante avant d’avoir achevé celle-ci », avait-il indiqué.

Et la route est encore longue : après la validation des vols planés, il faudra que Virgin Galactic passe aux essais subsoniques, c’est-à-dire en déplaçant le VSS Unity à une vitesse inférieure à celle du son grâce au bref déclenchement de son réacteur. Ensuite, la société devra se tourner vers les vols supersoniques, donc avec une vitesse supérieure à celle du son, puis vers les vols suborbitaux à proprement parler.

Les vols verront-ils vraiment le jour ?

Face aux difficultés évidentes auxquelles fait face Virgin Galactic et au long chemin qui lui faut encore emprunter pour toucher au but, l’on peut s’interroger sur le sérieux de la démarche lancée il y a bientôt dix ans par Richard Branson. Les défis sont en tout cas nombreux pour une entreprise qui essaie de reproduire, en quelque sorte, le vol d’Alan Shepard, premier Américain à effectuer, le 5 mai 1961, un vol suborbital.

Sauf incident similaire au crash d’octobre 2014, Virgin Galactic devrait débuter les vols propulsés d’ici la fin 2017. Mike Moses avait indiqué en octobre de l’année dernière son intention d’avancer sans précipitation, avec des tests d’allumage de réacteur pour voler à Mach 1 dans l’atmosphère pour évoluer le comportement du VSS Unity en vol transonique, c’est-à-dire à la vitesse du son.

Virgin Galactic

La compagnie doit également mettre à l’épreuve son programme à des altitudes plus élevées. Pour l’instant, les vols n’ont pas excédé les 22 000 mètres (pour le premier exemplaire, le VSS Enterprise) et les 17 000 mètres (pour le second, le VSS Unity). Or, l’objectif de Virgin Galactif est bien de franchir la ligne de Kármán, située à 100 000 mètres d’altitude.

Autre inconnue, la question du calendrier : vu les nombreuses étapes qu’il reste à franchir, on doute que le tourisme spatial, même pour les gens très fortunés, ait lieu avant quelques années. L’entreprise reste très discrète sur sa feuille de route, ne communiquant pas sur les vols à venir, notamment ceux qui devront embarquer des civils pour un petit tour dans les airs. Sans parler du prix, qui reste une barrière infranchissable.

Autrement dit, si Virgin Galactic garde le cap, ce n’est pas demain que l’on assistera à la démocratisation du tourisme spatial.

Partager sur les réseaux sociaux