Un fossile retrouvé en Catalogne explique l'origine commune des gibbons et des grands singes.

Un squelette vieux de 11,6 millions d’années a été identifié sur le site de fouilles d’Abocador de Can Mata en Catalogne. Pour les archéologues, il s’agit d’une espèce encore inconnue, baptisée Pliobates, qui serait un ancêtre commun aux petits singes sans queue de la famille des hylobatidés, dont font partie les gibbons, et aux grands singes, principalement les gorilles, les orang-outans et les chimpanzés.

Le site d’Abocador a déjà permis la découverte de plus de 80 espèces de mammifères. Son climat chaud et humide, il y a quinze millions d’années, en faisait un environnement idéal pour les singes mangeurs de fruits. Le squelette retrouvé a été bien conservé : les articulations du coude et du poignet gauche sont intactes, et le crâne a pu être analysé au scanner pour en faire une modélisation 3D. Il appartenait à une femelle de quatre à cinq kilos, nommée Laia par les paléontologues, qui se déplaçait en sautant de branche en branche, à la manière des loris.

Avant cette découverte, les scientifiques estimaient que les hylobatidés, petits singes sans queues, et les hominidés auraient évolué à partir d’un ancêtre commun, assez similaire aux grands singes. Les hylobatidés auraient évolué vers le nanisme, par mutations successives, tandis que les hominidés auraient conservé un imposant morphotype.

« L’origine de gibbons est un mystère à cause du manque de fossiles, mais jusqu’à maintenant, la plupart des scientifiques pensaient que leur dernier ancêtre commun avec les hominidés devait être assez corpulent » ajoute David Alba, de l’Institut Catalan de Paléontologie, à l’origine de l’étude. Le Pliobates surprend donc, avec ses caractéristiques propres aux gibbons, comme le petit cerveau, les dents pointues de mangeur de fruits et le rapprochement des orbites, et sa mobilité proche de celle des grands singes, reconstituée à partir des articulations retrouvées. « C’est une combinaison unique de traits propres aux grands singes modernes, mélangés avec d’autres plus primitifs » précise D. Alba dans un entretien à Sciences&Avenir.

Le Pliobates est donc au croisement entre grands singes et petits singes sans queue, plus ancien que l’« ancêtre commun » censé expliquer les spécificités de l’évolution humaine. Mais pour les auteurs de l’étude, « Pliobates nous aide à comprendre à quoi cet ancêtre commun pourrait ressembler ».

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