Christopher Nolan a tenu à s'excuser d'avoir critiqué Netflix il y a quelques mois, alors qu'il défendait la sortie en salle des films avant leur diffusion en VOD. S'il regrette la forme de ses propos, le réalisateur de Dunkerque maintient toutefois le fond de sa pensée dans une interview accordée à Variety.

Christopher Nolan et Netflix ont-ils enfin enterré la hache de guerre ? En juillet 2017, à l’occasion de la sortie de son dernier film, Dunkerque, le réalisateur britannico-américain ne cachait pas son aversion pour le géant du streaming vidéo : « Je ne travaillerai pas avec Netflix parce que leur stratégie cinéma est vaine. »

Tout en défendant l’expérience irremplaçable du visionnage d’un film en salle, il expliquait ensuite : « Netflix a une étrange répugnance à soutenir les films en salle […] Ils ont cette politique insensée de rendre tout simultanément disponible en ligne lors de la sortie, ce qui est un modèle évidemment intenable pour des sorties au cinéma. Du coup, ils ne sont même pas dans le jeu [du cinéma], et je pense qu’ils ratent une énorme opportunité. »

Depuis, Christopher Nolan a tenu à s’excuser directement dans un mail adressé à Ted Sarandos, responsable des contenus chez Netflix. Avant de faire acte de contrition dans une interview accordée à Variety  : « J’aurais dû me montrer plus poli. J’ai dit ce que je pensais mais de manière non diplomatique, sans la nature franchement révolutionnaire de Netflix. C’est extraordinaire, on leur doit le respect pour ça, et ils ont le mien. »

Nolan continue de défendre la chronologie des médias

Netflix, qui avait déjà pu compter sur le soutien de Will Smith — vedette de Bright, la production la plus coûteuse jamais financée par la plateforme –, n’a pas raté l’occasion de relayer les excuses de Christopher Nolan dans un tweet humoristique : « L’amour, c’est le fait de ne jamais avoir à dire que vous êtes désolé ».

Pour autant, le réalisateur de la dernière trilogie Batman, d’Inception ou encore d’Interstellar n’en démord pas sur sa ferme défense de la chronologie des médias. Il se dit ainsi hostile à l’idée prônée par certains studios américains et cinémas de rendre les films disponibles en VOD quelques semaines seulement après leur sortie en salle — contre plusieurs mois actuellement.

«  Quand j’ai commencé en tant que réalisateur, dans les années 1990, la sortie directe en VHS était le pire cauchemar imaginable. Cela n’a rien de nouveau : ce qui est différent et novateur, c’est le fait de vendre [ce concept] à Wall Street comme une innovation ou une perturbation [du système] » affirme Christopher Nolan.

CC charlieanders2

Un épineux débat

Le réalisateur cite notamment l’exemple du monde de l’édition, qui continue de publier des livres en grand format avant les ressortir en version poche, pour s’opposer à ce qu’il considère comme une très mauvaise idée commerciale (même si les cinémas impliquées toucheraient une partie du prix de la location en VOD).

« Toutes les autres industries, que ce soit le monde automobile ou une autre, contrôlent le lancement d’un produit. L’idée que le cinéma devrait oublier ça et sortir tous les formats [de diffusion] en même temps est absurde. Ce n’est pas un bon modèle économique, et les gens finiront par le réaliser  » conclut Christopher Nolan.

Will Smith, lui,  soulignait à l’inverse que les films proposés en salle et sur Netflix permettent au public d’avoir accès à une offre complémentaire : « J’ai des enfants de 19, 16 et 25 ans à la maison et les films qu’ils vont voir au cinéma ne concordent pas vraiment avec ceux qu’ils regardent sur Netflix. Ils vont au cinéma le week-end et regardent Netflix pendant la semaine. » En France, la réforme envisagée de la chronologie des médias divise de longue date les différents acteurs du milieu.

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