La première saison de Hater Back Off nous avait perdus, au point d'être incapables de savoir si nous aimions ou détestions. Et pourtant, quelque chose nous poussait à continuer l'exploration d'une série glauque et cruelle. La seconde saison, récemment mise en ligne par Netflix, peut-elle transformer l'essai ? Critique.

L’an dernier, Netflix présentait la première saison de Haters Back Off  comme une comédie moderne, reprenant le filon créé par Colleen Evans, comédienne farfelue qui donnait naissance en 2008 au personnage de Miranda Sings sur YouTube.

Haters Back Off devait explorer ce personnage, en lui offrant un monde et un destin dépassant les courtes vidéos parodiques produites des années durant par Evans. Nous attendions un show burlesque, survolté et un rien pathétique, comme l’était le personnage virtuel de Miranda, cette jeune femme sans talent qui reprenait des chansons populaires en les massacrant.

Et si Colleen Evans n’était pas tendre avec son personnage, qu’elle rendait toujours plus ridicule, la série allait nous plonger dans un embarras profond. Sortant cette potiche de ses vidéos virales pour en faire une jeune femme du siècle, avec une famille, des rêves et un cœur, Haters Back Off semblait terrasser le ressort humoristique : rire d’une cruche sur Internet est minable mais jouissif durant une quinzaine de minutes, mais rentrer dans sa vie, sa misère et son quotidien est source d’épouvante.

Spectacle triste

Car tel était le rôle de cette première saison : offrir à Miranda un environnement social, une vie banale dans une banlieue pavillonnaire sans charme, où l’on sent la pauvreté et l’absence de couverture sociale, mais aussi une famille de sombres crétins, enfin, une existence propre, avec ses désirs et ses caprices. L’effet d’un tel passage de YouTube à un format de 30 minutes était glacial : du rire mesquin, nous sombrions dans le malaise, l’embarras dans un silence lourd, rarement émaillé de sourires.

Haters Back Off, saison 1 / Netflix

D’autant que l’écriture de la série se jouait de nous avec cruauté : Miranda est manifestement une pauvre fille, mais il fallait en plus qu’elle soit insupportable, méchante et qu’elle pousse à bout tous ses proches et son spectateur.

Et dans cette descente aux enfers dans l’Amérique des mini-miss, il n’y avait aucune trêve, aucune respiration : épisode après épisode, Miranda et sa famille nous dégoûtaient autant qu’ils nous désespéraient. Rien n’était léger, pas même le chant déraillé de l’héroïne. Le final nous arrachera même une larme, que l’on regrettera aussi tôt. Comment une série comique pouvait-elle se montrer si dure avec ses personnages ? C’était comme un épisode de Malcolm sans tendresse, un Shameless sans sa palette de nuances, un spectacle triste vautré dans la misère, sans lumières.

Comme le début d’une nécessité

Et puis, la saison deux a repris au début du mois. Et, curiosité presque malsaine oblige, nous avons voulu voir ce qu’il advenait de cette série très peu aimée et frappée de critiques assez glaciales. Or, comme un soulagement, nous avons été frappés : Haters Back Off ne sera jamais hilarante. Mais si elle n’est pas drôle, la série n’est pas dénuée d’intérêt : le trait est moins gros que durant la première saison, il s’en dégage une mélancolie un rien crasseuse, et on commence à s’habituer aux excentricités de ce personnage impossible.

Haters Back Off, saison 2 / Netflix

Attaché à Miranda la terreur ? Peut-être un peu, mais surtout surpris par les nuances qui gagnent le show,  rentrant dans une phase plus mature. L’arrivée du père dans la famille jusque là composée d’une mère célibataire désœuvrée, d’un oncle louche et simplet et de la brillante, donc déprimée, sœur de Miranda, complique le jeu. La misère n’arrive plus par hasard, on commence à distinguer une construction sociale et affective. La cruauté des auteurs s’apaise et glisse vers un ton plus élevé, plus fin.

La tendresse, horriblement absente des premiers épisodes, finit par jaillir parmi cette bande de benêts. L’attachement devient possible même si l’excès visuel et comique confine toujours au vertige.

Comme un cocktail qui ne manquait que de quelques gouttes de sirop pour devenir buvable, l’amertume tend vers l’acidulé. La série n’en devient pas indispensable, loin de là, mais elle s’impose comme une oeuvre décalée, difficile à recevoir, et étrangement exigeante. Nous n’avons que peu d’enthousiasme à la conseiller, non pas parce qu’elle est mauvaise, mais bien parce qu’elle exige de nous un cynisme profond pour rire jaune, très jaune.

En bref

Haters Back Off

Note indicative : 3/5

Insupportable, cruelle et désobligeante, Haters Back Off est une comédie qui nous veut du mal. Ce qui finit par en faire une série non identifiable, provocante et radicale. Si la première raison nous donnait de nombreuses raisons d'oublier ce show vertigineux et dégoûtant, la deuxième force le respect : dans cet embarras, quelque chose se passe. Serait-ce de la tendresse ? 

Top

  • Un univers glauque assumé
  • Une réalisation qui se joue des codes du format
  • Colleen Evans et son jeu ambigu au service du personnage

Bof

  • La main lourde sur le grotesque
  • Le sadisme non assumé des scénaristes
  • Des personnages secondaires très inégaux

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