Des organisations du septième art, soutenues par le CNC, cherchent à empêcher les internautes de rechercher et de se connecter à plusieurs sites proposant des contenus culturels piratés.

En l’espace d’un an, la lutte contre le téléchargement illégal en France a connu deux faits majeurs : d’abord la fermeture, fin novembre 2016, du site Zone Téléchargement, dont la spécialité était de mettre à disposition des liens pointant vers des hébergeurs sur lesquels étaient hébergées des œuvres, essentiellement des films et des séries TV. Puis la neutralisation, en juin 2017, de T411, un annuaire de liens BitTorrent à partir duquel les internautes pouvaient s’échanger des fichiers.

Ces deux évènements ont constitué deux victoires pour l’industrie du divertissement, qui se bat depuis pratiquement vingt ans contre les sites permettant de récupérer en dehors des circuits légaux d’accès aux œuvres et en faisant fi du droit d’auteur. Mais deux victoires temporaires : d’abord, parce que T411 et Zone-Téléchargement sont loin d’être les seuls sites actifs. Ensuite, parce que des répliques sont très rapidement apparues et ont vite rencontré un vif succès.

De quoi entamer le moral des ayants droit devant l’impossibilité manifeste de mettre un coup d’arrêt définitif au piratage ? Si c’est le cas, ils se gardent bien de le montrer : au contraire, ils affichent toujours la même détermination à vouloir mettre hors d’état toutes les plateformes qui ne sont pas dans les clous de la propriété intellectuelle. Et les victimes suivantes pourraient bien être zone-telechargement.ws, sokrostream.ws, zonetelechargement.su et papystreaming-hd.org.

Le site Next Inpact signale en effet l’existence d’une action visant à déréférencer et à bloquer ces quatre sites. Deux d’entre eux sont spécialisés dans le téléchargement direct, tandis que les deux autres proposent plutôt de voir les contenus directement en ligne, via une diffusion en streaming. À l’origine de l’action, on trouve plusieurs organisations liées au septième art : la FNDF, le SEVN, l’API, et UPC. Le gouvernement est même indirectement représenté, avec la présence du CNC.

Blocage & déréférencement

Leur souhait ? Que les principaux fournisseurs d’accès à Internet français (Orange, Free, SFR / Numericable et Bouygues Telecom) empêchent leurs abonnés d’accéder aux sites mentionnés plus haut. Il est aussi demandé à Google, moteur de recherche en situation de quasi-monopole dans l’Hexagone, de procéder au déréférencement des liens menant à ces espaces, dans ses pages de résultats. Les autres moteurs de recherche et les opérateurs de plus petite envergure ne sont pas concernés.

Il est également à noter que l’opération vise aussi dl-protecte.com et protect-lien.com, deux sites qui permettent de « masquer » la nature des liens en les faisant passer par un service intermédiaire. Ces espaces sont aussi l’occasion, pour les sites qui les exploitent, d’afficher un nouvel espace où des contenus publicitaires peuvent être affichés, ce qui est une façon pour les personnes qui tirent les ficelles de gagner davantage d’argent. On est assez loin de l’esprit désintéressé du P2P.

Comme toujours, les mesures qui seront déployées par les opérateurs et par Google, si la justice va dans le sens des exigences listées par les ayants droit, ne seront pas une muraille infranchissable pour les internautes les plus dégourdis, ceux qui savent modifier leurs réglages DNS, passer par un proxy ou un VPN ou aller sur d’autres sites pirates. Le jugement ne sera pas non plus un problème pour ceux et celles qui ont un abonnement auprès d’un FAI associatif.

Mais ce n’est pas parce que le plan de bataille suivi par l’industrie du divertissement ne marche pas dans 100 % des cas qu’elle n’en vaut pas la peine : on imagine que les ayants droit seront déjà ravis si la mesure empêche une bonne majorité des internautes d’aller visiter ces plateformes. L’idéal, pour les ayants droit, serait de parvenir à faire fermer les sites et à interpeller les personnes qui en sont à l’origine, mais cette voie-là est vraiment beaucoup plus longue à emprunter.

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