Pour accompagner la saison estivale faite de festivals, de routes de vacances ou de longs après-midi sous le ventilateur, nous avons compilé, autour du monde, des pistes qui vous feront voyager. De Milan à Moscou en passant par Beyrouth et New York, nous tentons de dresser un univers divers et tourné vers la musique indépendante disponible en streaming.

La dernière fois que nous avions pris nos casques, c’était pour voyager avec Sufjan Stevens et ses comparses à travers la galaxie. Mais après le Lollapalooza parisien, voilà que s’annonce un été plus chaud que les plaines d’Astapor, et de longues journées à lézarder au soleil.

Nous avons donc souhaité mettre davantage en avant des artistes indépendants, très doués dans leur grande majorité, avec lesquels nous voudrions passer nos vacances.

Des titres à siroter longuement sur vos enceintes au bord d’une piscine, ou plus probablement, derrière votre bureau, jamais sans votre ventilateur. Ils sont bien sûr tous disponibles en streaming sur votre plateforme préférée. Et pour aller plus loin avec ces disques, vous pouvez également vous mettre au vinyle et à la platine (on a un guide pour ça aussi).

La playlist des vacances

Mirage — Toro Y Moi

Enfant prodige de la chillwave, avec Washed Out (également de retour cet été), Toro Y Moi s’est ensuite gracieusement déplacé vers le R’n’B, avec en 2013 son excellent Anything in Return.

Désormais, il flirte, comme tous les kids de sa génération, entre le passé glorieux de l’indé et ses propres facultés de composition. Dans son dernier album, Boo Boo, Toro Y Moi nous honore de Mirage, un hommage manifeste à Prince que l’on aime pour sa construction patiente et sa musicalité. Enfin, on se félicite de l’affirmation d’un Chaz Bear plus confiant de sa voix, qu’il déploie avec assurance.

Day & Night — Niia

Day & Night est une sucrerie purement retro comme on les aime seulement durant l’été. Niia Bertino et sa voix très prononcée viennent de la scène jazz et hip-hop.

Longtemps cantonné aux featurings où sa voix délicieuse offre de beaux contrepoints, Niia ressort un album cet été. Plutôt sirupeux et peu imaginatif, on évitera de l’écouter en boucle. Toutefois, quelques pistes nous ont totalement séduit. C’est le cas de cet entêtant et taquin Day & Night aux sonorités très ’90 et à la house élégante.

Hard to Say Goodbye — Washed Out

Le jeune Américain pionnier de la chillwave revient avec son univers atmosphérique et ses instru saturées. Sur Hard to Say Goodbye, Ernest Greene montre qu’il n’a rien oublié de la mélancolie de son Within and Without (2011), tout en ajoutant à ses entrelacs de synthés et de voix un malin twist funky qui rappellerait presque The Avalanches. L’album Mister Mellow est disponible.

I Won’t — Her

Dans I Won’t, la mystérieuse Her dévoile un texte intime qui sort des topos du r’n’b. Depuis son très remarqué premier EP (H.E.R. Volume 1), la chanteuse était connue pour une prose déroutante. Ici, elle s’affirme et parle des amours non réciproques, à peine désolée, à peine touchée.

Avec une voix un peu brumeuse elle commence par aligner des I just wanna chill / I don’t wanna feel jusqu’à la rupture rythmique, au cœur de la chanson après lequel le texte se dévoile : il s’agit de lui dire non  et de rester seule. Une ode inattendue à l’émancipation.

Summer Days — Rhye

Rhye, un duo d’hommes se glissant dans une seule voix de diva soul, est l’alliance du Canadien Mike Milosh et du Danois Robin Hannibal. Après l’excellent Woman (2013), nous les pensions retournés à leurs autres projets.

Puis, à l’aube des vacances, sont apparus deux titres. Summer Days reprend la grâce et le style que l’on trouvait sur le premier LP, en plus rapide, mais toujours aussi chic.

This Insatiable Love — Kid Francescoli

Le Kid Francescoli, Mathieu Hocine, revient avec un album très proche de son précédent With Julia. On retrouve ses plages de synthés qui viennent toujours accompagner des narrations quasi modianesques.

Après un très bon premier LP inspiré par les sonorités italiennes, Kid Francescoli propose un nouvel album, parfois francophone (Les Vitrines), dans la lignée du précédent. On ne retient pas tout de ce Play Me Again qui s’éloigne peu de With Julia, mais ce titre, This Insatiable Love, regorge de rêveries et d’élégance, et nous fait lentement glisser vers un autre monde.

Ariadna ( ? ? ? ? ? ? ?) — Kedr Livanskiy

Il faut imaginer Kedr Livanskiy, silhouette frêle et longs cheveux blonds, écouter au milieu d’un hiver russe Aphex Twin ou encore Boards of Canada et s’en trouver à jamais changée. Repérée par Vincent Bouchard, la jeune Russe nous gratifie d’une belle excursion expérimentale sur les terres d’un shoegaze glacial avec sa voix perchée. Parfait pour l’été.

911 / Mr. Lonely — Tyler, The Creator

Vous n’avez plus d’excuses pour ne pas connaître Tyler, the Creator. Après sa mise au monde musicale avec les Odd Future (ce groupe de rappeurs super-hype des années 2010 dont Frank Ocean est également issu), le jeune homme a multiplié les efforts pour être dans les médias, la mode, etc.

Son dernier album, Flower Boy, vient nous rappeler qu’il reste un prodige du rap. Dans 911, Tyler commence par une joviale apologie de la solitude, qui se transforme, dès le bridge, en un plaidoyer tragique. I say the loudest in the room/Is prolly the loneliest in the room/It’s me scande-t-il alors que le vieux copain Ocean se lamente en fond. Structure brisée et rythmique ambiguë : du grand Tyler.

A.M.D. — Childhood

Groupe anglais de rock psyché, Childhood devait livrer cet été son second album que l’on attendait proche du premier, pop et audacieux. En fin de compte, le groupe a pris des chemins curieux et s’est laissé allé à un funk pas forcément délicat et ce second LP se montre creux et bordélique.

On retient quand même A.M.D. (rien à voir avec les puces) proprement funk et addictive bien que classique.

Mi Sueño — Populous

Ne vous fiez pas aux airs de cumbia qui rythment l’électro de Populous, le garçon n’est pas hispanique mais Italien. Producteur surdoué, le transalpin part sur les routes de l’Amérique du Sud pour un album généreux, Azulejos, flirtant avec hip-hop et raggae.

Sur Mi Sueño, les flûtes se mêlent à une percussion calme qui lentement, mais sûrement, monte jusqu’au climax musical électro.

Roman — Mashrou’Leila

Les libanais de Mashrou’Leila continuent de remplir les stades du Moyen-Orient des années après les Printemps Arabes, qui ont vu naître leur rock contestataire et panarabique. Depuis, les polémiques à l’encontre du groupe, ouvertement gay-friendly et progressiste, continuent mais elles doivent souvent s’écraser devant l’amour des fans et de la musique.

Roman est un titre de leur dernier album, Ibn El Leil, qui gagne aujourd’hui une version deluxe avec de nombreux live. Dans ce titre, les Mashrou’Leila expose la précarité de leur identité arabe en reprenant des métaphores antiques, qui se découvrent en arabe dans les paroles du groupe ainsi que dans le clip fraichement réalisé par la réalisatrice  libanaise Jessy Moussallem.

Blue Train Lines — Mount Kimbie

Mount Kimbie est célèbre pour avoir popularisé et anobli la post-dubstep, une version lente et intelligente de l’effroyable style musical qui était né un peu plus tôt. Mais le duo n’a jamais semblé s’attacher à leurs origines, et, aussitôt la post-dubstep passée de mode, les Anglais ont collaboré avec James Blake et Kai Kampos.

Aujourd’hui, ils reviennent avec un autre Anglais, notre chouchou discret King Krule, dont le rap désinvolte nous avait séduit avec le sombre titre The Noose of Jah City (2011). Mais ici, ni rap, ni dubstep, Mount Kimbie propose une piste inclassable, post-punk, qui impose son urgence et son esthétique, magistralement.

Summer Bummer — Lana Del Rey

Aucune raison de traduire le titre frivole de ce nouveau single de Lana Del Rey : Summer Bummer. Notons qu’il s’agit du seul titre de Lana depuis des années à nous plaire. Ce morceau montre une chose que personne n’attendait plus : de la distance et du risque dans la musique de la diva.

Accompagnée d’un A$AP Rocky en forme et du surprenant Playboi Carti, la reine de l’adolescence gentiment déprimée offre enfin une bonne chanson, des années après Blue Jeans. L’album Lust for Life est disponible.

Amandine Insensible — Sevdaliza

Sevda Alizadeh est une princesse du r’n’b qui nous vient d’Iran. Installée entre l’Allemagne et la Perse, la jeune femme développe un style très à elle dans la vague fructueuse du r’n’b dit alternatif. On découvrait la jeune femme à l’occasion du Muslim Ban durant lequel elle publiait Bebin, sa première chanson en perse.

Enfin, aujourd’hui, c’est son album Ison qu’elle défend avec des titres aussi beaux qu’Amandine Insensible. Une piste étonnante qui ne cesse de s’écrouler sous le poids de la voix, saturée et parasitée de Sevda. Envoûtant. On pense à Sade. L’album Ison est disponible.

Solo un uomo — Andrea Laszlo De Simone

Dans l’écurie milanaise de 42 Records, on trouve ce qu’il se fait de mieux en matière de rock indépendant sur la péninsule italienne. Parmi les sorties que l’on guette cet été, le disque d’Andrea Laszlo De Simone avait une belle place. Le rock nourri de folk et d’influences locales des italiens rencontrent Radiohead et Battisti  sur la route d’un rock psyché taillé pour les Vespa. Sur ce premier album, on a un coup de cœur pour la ballade Solo un uomo qui assume pleinement son statut de chanson fleuve et psyché, bourrée de références aux années 1960.

Strangest Things — The War on Drugs

En matière de chanson fleuve, les Américains de The War on Drugs ont un passif. Nous avions adoré leur manque d’humilité avec la très longue Thinking of a Place qui, en onze minutes, introduisait le prochain album du groupe.

Aujourd’hui, ce sont deux nouveaux titres qui continuent de rappeler aux fans que le groupe prépare son nouveau chef d’œuvre. Sur Strangest Things, la légèreté de l’introduction cache de longues plages de guitare électrique comme le groupe en a le secret. Toujours dans l’excès, le groupe parvient à combiner sa grandiloquence avec une mélancolie sincère qui nous retient dans leurs bras (et leurs cordes). Album à paraître le 26 août.

Swell Does the Skull — Aldous Harding

Party, le second album de la néo-zélandaise Adlous Harding, est impressionnant et immanquablement émouvant. Les textes poétiques de la jeune femme sont ici accompagnés par une production très sobre de John Parish. Quelques pincements de cordes, une voix haute et claire, et un souffle libérateur.

La voix d’Harding, entre Julie Byrne et Kate Bush se mélange sur Swell Does the Skull avec celle, déchirante, de Perfume Genius. Le résultat est une ballade hypnotique et fragile, sur laquelle on ne vous en voudra pas d’essuyer quelques larmes.

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