Après une semaine haute en couleurs la ville d’Annecy retrouve son rythme tranquille. La plupart des festivaliers a levé le camp vers des destinations plus ou moins lointaines et la cérémonie de clôture sonne le gong de la fin du festival. Parmi les 216 films nommés en compétition officielle, toutes catégories confondues, 17 prix ont été décernés. Tour d’horizon des films primés.

CRISTAL D’HONNEUR

Georges Schwizgebel a reçu le Cristal d’honneur pour l’ensemble de sa carrière des mains de Marcel Jean, qui a commenté :

« Pour la cinquième année, le Festival d’Annecy remet un Cristal d’honneur à une grande figure de l’animation mais aussi un ami. Le réalisateur suisse Georges Schwizgebel a vu ses films figurer en compétition à Annecy à quatorze reprises. Par deux fois, Georges a siégé au jury du Festival.

Deux de ses courts métrages, La Course à l’abîme et 78 tours, figurent dans la liste des 100 meilleurs films d’animation que nous avons publiée en 2006. Georges Schwizgebel est un horloger de l’animation, un artisan de la précision, un artiste dont le style a inspiré quantité de jeunes animateurs. Un style baroque et tourbillonnant, caractérisé par un coup de pinceau assuré et une approche résolument postmoderne de sa relation à l’histoire de l’art  »

Pour l’occasion, Le Roi des aulnes a été projeté, accompagné simultanément au piano par son fils, Louis Schwizgebel-Wang.

PRIX OFFICIELS

Films de télévision

  • Films de commande

Prix du jury
Moby « Are You Lost in the World Like Me ? », de Steve Cutts
Une vive critique de la dépendance de la société à la technologie ainsi que de ses effets profonds sur nos relations personnelles et nos interactions.

L’avis de la rédaction :

Un court-métrage à l’honnêteté brutale qui nous renvoie à un sentiment d’isolement qu’on connaît parfois un peu trop bien. Une critique vive d’une société égoïste par le prisme des réseaux sociaux et des nouvelles technologies. Le rythme soutenu et la musique entraînante renforce même l’impression d’oppression sociale. On aime, et on se sent du coup un coupable, ou non.

Cristal pour un film de commande

Material World, d’Anna Ginsburg
Lancement de la nouvelle campagne de Selfridge qui explore le sujet de la mode respectueuse de l’environnement en interrogeant des marques à propos de leur utilisation de matières durables.

L’avis de la rédaction :

Un film aux graphismes un peu psychédéliques qui met l’accent sur la consommation de masse des vêtements non durables. On en apprend un peu plus sur d’autres alternatives plus écologiques en appréciant les couleurs criardes du film. Why not.

  • Films de télévision

Mention spéciale pour une série TV

BoJack Horseman « Fish Out Of Water », de Mike Hollingsworth
BoJack, la légendaire vedette ratée d’une sitcom des années 90, essaie de trouver sa voie à travers un mélange confus de haine de soi-même, de whisky et de relations ratées.

L’avis de la rédaction :

Un épisode incroyable de BoJack Horseman, en bonne et due forme. On y retrouve notre protagoniste équin perdu dans en milieu sous-marin lors d’un festival de cinéma. Un épisode où les dialogues sont quasi inexistantset  qui marche pourtant très bien.

Bojack est disponible sur Netflix.

Prix du jury pour une série TV

The Man-Woman Case « Wanted », d’Anaïs Caura
Sydney, Australie. Dans les années 20. Eugène, la trentaine, fuit la police, qui l’accuse d’avoir brûlé vive sa femme. Mais pourquoi aurait-il tué celle qu’il aime ? Et si Eugène n’était pas celui qu’on croit ? Et si sa femme avait découvert son secret ?

L’avis de la rédaction :

Inspiré d’une histoire vraie cette série nous replonge dans l’enquête du meurtre de la femme d’Eugène dans les années 20, à Sidney. La série, en plus de retracer le parcours du tueur met le doigt sur la thématique transgenre dans juger ni caricaturer.

Cristal pour une production TV

Revolting Rhymes Part One, de Jakob Schuh, Jan Lachauer et Bin-han To
Des parodies brillantes de célèbres contes de fées, contenant quelques rebondissements extrêmement surprenants, écrites par l’un des romanciers les plus appréciés dans le monde.

L’avis de la rédaction :

Une série de parodies gentillettes signées Roald Dahl qui nous montre des versions alternatives des célèbres contes. On les regarde en famille avec bienveillance et on pouffe de rire parfois.

FILMS DE FIN D’ÉTUDES

Mention du jury

Pas à pas, de Charline Arnoux, Mylène Gapp, Léa Rubinstayn, Florian Heilig, Mélissa Roux
Un aveugle englué dans le quotidien de sa vie en ville doit apprendre à s’ouvrir vers l’inconnu pour gagner de l’assurance.

L’avis de la rédaction :

Un superbe court-métrage animé plein de poésie et d’empathie qui nous emmène en ballade au côté d’une personne aveugle. Pas à pas, il apprendra à s’émanciper et à vivre en harmonie avec le monde et les énergies qui l’entourent. Mignon et bien réalisé.

Prix du jury

Summer’s Puke is Winter’s Delight, de Sawako Kabuki

Avec le temps, les évènements douloureux se transforment en souvenirs. Pourtant, nous continuons à manger et à vomir. La vie est écologique.

L’avis de la rédaction :

Un psychotrip animé sur fond de cacas et de déjections multicolores où des personnages chelous s’entrelacent et se vomissent. Une critique virulente et barrée de la boulimie. On regarde pour le fun, avec un sourcil levé.

Cristal du film de fin d’étude

Sog, de Jonatan Schwenk
Après une inondation, des poissons se retrouvent coincés dans de vieux arbres. Risquant de mourir desséchés, ils crient à l’aide. Réveillés par le bruit, les habitants d’une grotte voisine n’apprécient pas vraiment cette rencontre inattendue.

L’avis de la rédaction :

Un quasi-génocide de poissons en détresse qui nous angoisse un peu. L’ambiance obscure et la musique oppressante renforcent encore plus le malaise. On apprécie par contre l’univers sombre léché.

COURTS MÉTRAGES ANIMATION OFF-LIMITS

Prix du film « Off-Limits »

Dix puissance moins quarante-trois seconde
Un instant dans l’univers : quelques secondes là-haut dans l’espace, quelques minutes ici-bas pour un homme, et combien pour la plante qui le regarde ? Petit à petit, ces trois parcours se recoupent, fusionnent et plongent au cœur de la matière.

L’avis de la rédaction :

Un film monochrome un peu lent et conceptuel. Les longueurs se font ressentir.

À voir ici.

LONGS MÉTRAGES

Prix du public

Le talentueux Jean-Pierre Jeunet a remis le prix du public à Dorota Kobiela et Hugh Welchman pour La Passion Van Gogh (Loving Vincent). Le film a rencontré un grand succès lors de sa première mondiale le mardi 13 juin dernier.

L’avis de la rédaction

Un film titanesque et magnifique en hommage au célèbre peintre. Au total, plus de 120 peintures de l’artiste ont été utilisées et l’intrigue est basée sur 800 lettres manuscrites de Van Gogh. On ne peut que s’émerveiller devant la qualité évidente de la production et se laisser guider tout au long de ce voyage artistique et historique.

Prix du jury

Dans un recoin de ce monde, de Sunao Katabuchi

Une histoire triste mais optimiste au sujet d’une jeune femme et de son mari qui commencent une nouvelle vie ensemble à Hiroshima, quand leur village est tragiquement bombardé par l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’avis de la rédaction :

Une chronique tendre et juste qui peint le portrait de Suzu, une jeune femme mariée un peu trop jeune qui devra affronter les différentes adversités de la vie, et même la guerre. Entre désespoir et humour, le film nous plonge dans une autre époque et fait même battre nos petits cœurs ramollis par la canicule.

Cristal du long métrage

Lou et l’Île aux sirènes, de Masaaki Yuasa

Kai est un garçon qui vit dans un village de pêcheurs isolé. Un jour, il rencontre Lou, une sirène qui aime chanter et danser, avec qui il se lie d’amitié. Mais les habitants de la ville ont toujours pensé que les sirènes provoquaient des catastrophes. Il se passe quelque chose qui creusera un énorme fossé entre Lou et les villageois, mettant en danger la ville.

L’avis de la rédaction :

Un film enchanteur où on retrouve des thématiques communes au cinéma japonais, soit le déclin des contrées reculées du pays, la crise et les jeunes qui rêvent d’un avenir souvent inatteignable. On aime le rythme soutenu du film (du moins au début) et sa touche d’optimisme.

COURTS MÉTRAGES

Prix du public

Pépé le morse, de Lucrèce Andreae

Sur la plage sombre et venteuse, mémé prie, maman hurle, les frangines s’en foutent, Lucas est seul. Pépé était bizarre comme type, maintenant il est mort.

L’avis de la rédaction :

Un ascenseur émotionnel inattendu qui oscille entre humour de qualité à la limite de la caricature et scènes terrifiantes qui mettent bien le malaise. La spontanéité des dialogues et les références à Miyasaki font de « Pépé le morse » notre chouchou incontesté.

On a la chance de le voir en entier sur Arte.

Mention du jury

L’Ogre, de Laurène Braibant

Un géant complexé par sa taille se retient de manger, terrifié à l’idée de révéler son caractère gargantuesque et, ainsi, de compromettre sa place dans la société. Lors d’un banquet d’affaires, sa vraie nature sera mise à l’épreuve.

L’avis de la rédaction :

Un court-métrage superbement dessiné qui met l’accent sur un grand monsieur qui mange un peu trop. L’avalanche de plats et la boulimie gênante du protagoniste n’est sûrement pas pour plaire à tout le monde.

Prix « Jean-Luc Xiberras » de la première œuvre

Splendida Moarte Accident, de Sergiu Negulici
Dans un magasin d’antiquité, un homme trouve un dessin avec au dos une lettre d’amour mystérieuse vieille de 70 ans. Il se lance alors dans un voyage insolite afin de rencontrer son auteur.

L’avis de la rédaction :

C’est beau et long. Les différentes techniques utilisées et la précision des plans forcent le respect mais on se laisse un peu endormir par le rythme un peu lent de la narration.

Prix du jury

Vilaine fille, d’Ayce Kartal

S., petite fille turque de huit ans dotée d’une imagination débordante, aime la nature et les animaux. Dans sa chambre d’hôpital, elle se remémore le passé heureux dans le village de ses grands-parents, mais des souvenirs sombres et terrifiants surgissent.

L’avis de la rédaction :

Une plongée colorée et rythmée dans l’imagination vive d’une petite fille sur son lit d’hôpital. La simplicité des dessins n’enlève rien à la qualité de ce court-métrage dont la fin nous laisse un sentiment amer face à la monstruosité de certains hommes.

Cristal du court métrage

Min Börda, de Niki Lindroth Von Bahr

Comédie musicale aux tons apocalyptiques, divisée en quatreépisodes qui se déroulent respectivement dans un supermarché, dans un hôtel pour séjours longue durée, dans un centre d’appels et dans un restaurant à hamburgers.

L’avis de la rédaction :

Coup de cœur absolu pour cette comédie musicale un peu wtf qui pointe du doigt les névroses ordinaires de notre société. On rit, fort, et on se délecte de l’absurdité de certaines scènes ou personnages. À voir absolument.

Partager sur les réseaux sociaux