Manchester By The Sea, co-financé par Amazon, est nominé pour la statuette de meilleur film aux Oscars 2017. Avec la plus importante récompense cinématographique au monde à la clef, Amazon concourt pour sa reconnaissance définitive à Hollywood. Mais où est Netflix ? Quasiment absent de la cérémonie .

Manchester By The Sea concourt cette année, aux côtés de La La Land, pour l’Oscar du meilleur film, soit la plus importante récompense de la plus reconnue des cérémonies du monde. Un honneur ? Plus que ça, l’assurance pour Amazon, qui a co-financé le film, de trouver là une reconnaissance quasi-définitive de la part de l’industrie du cinéma, peu réputée pour son hospitalité envers les nouveaux arrivants.

Et si Jeff Bezos ne verra peut-être pas Casey Affleck repartir avec la statuette fin février, l’important ne sera de toutes manières pas là : avec une telle nomination, Amazon vient de prouver que sa stratégie, comme son flair, n’ont rien à envier à des géants comme Lionsgate.

Hollywood, ses dogmes et ses cultes

Le monde serait-il donc en train de changer du côté de Hollywood ? Pas tant que ça si l’on regarde Netflix, qui cette année encore fera profil bas durant la cérémonie où aucun de ses films n’a été sélectionné, et où seul un de ses documentaire — l’excellent 13th — a été nominé. Mais le poids d’une statuette pour le meilleur documentaire ne donne pas accès au même prestige que celle de meilleur film : Hollywood ne rigole vraiment pas avec le jeu des récompenses.

CC. Ahmet Yalç?nkaya

Et cet état de fait, qui se confirme peu à peu à travers le monde (à Cannes, Amazon était sur-représenté et Netflix quasiment absent), semble définitivement prouver que Prime Video est en train de remporter la guerre de la crédibilité dans l’industrie. Même avec moins d’abonnés et moins de contenu.

Mais si Amazon réussit, ce n’est pas seulement grâce à son flair qui lui a permis d’acheter Manchester by the Sea — après sa première projection, les critiques étaient déjà dithyrambiques, il fallait simplement sortir son porte-feuille pour remporter le film : c’est surtout grâce à son respect du milieu et des dogmes qui animent Hollywood.

Car Amazon a beau être un acteur qui vient casser des prés carrés, comme ceux de la TV câblée et de la VOD, il n’en reste pas moins enclin au compromis avec le monde du cinéma. Et c’est la principale différence entre Amazon et Netflix. Et la raison pour laquelle l’un est déjà un chouchou à Hollywood et l’autre un acteur alternatif que l’on a du mal à inviter aux cérémonies.

Le casus belli entre l’industrie et Netflix est simple : il s’agît du non respect par le géant de la chaîne de diffusion traditionnelle d’un film. Ainsi, si l’on prend l’exemple de l’excellent Beasts of No Nation, un grandiose long-métrage de Netflix de l’année passée qui avait bien des arguments pour les Oscars et a remporté des récompenses intermédiaires ici et là, mais qui finalement aura été délibérément snobé par l’académie car le film n’avait pas sorti le chemin traditionnel vers les salles obscures.

En effet, aux États-Unis, le film était disponible en salles le même jour que sur Netflix. Outre-Atlantique ce type de double diffusion d’une œuvre est permise puisqu’il n’y existe pas de loi sur la chronologie des médias comme on peut en connaître en France.

Néanmoins, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de loi que l’industrie ne parvient pas à faire respecter ses privilèges. Et il existe une sorte de règle tacite sur laquelle les quatre plus grandes chaînes de salles américaines, qui détiennent la majorité des écrans américains, ne transigent jamais : un diffuseur ne doit pas casser l’exclusivité du cinéma sur un film. Entre d’autres termes, il est hors de question de se plier aux exigences de Netflix qui veut à la fois voir son film en salles et en même temps le voir en ligne.

Et dans ce dialogue de sourds entre salles et SVoD, personne n’est sorti gagnant. Les quatre grandes chaînes — AMC, Cinemark, Regal et Carmike — ont boycotté Beasts of no Nation. Le poids de ces entreprises a éclipsé de fait la sortie du film de Netflix au cinéma, ce qui explique ensuite qu’il soit passé sous le radar de l’académie des Oscars.

Netflix, un fossoyeur de la salle et de la tradition

De son côté, Amazon est bien plus conciliant et laisse aux salles leur historique droit d’exclusivité sur ses longs métrages. Manchester by the Sea  sortira effectivement sur Prime Video en exclusivité, mais pas avant qu’il ait fini d’être projeté au cinéma.

Et bien que ce point de divergence entre les deux entreprises paraisse très technique, il est en réalité déterminant. En Europe, il permet à Amazon de pouvoir investir dans de nombreux films puisque le géant n’empêche pas ensuite aux longs de sortir en salles. Alors que Netflix provoque la méfiance du secteur qui voit en lui un fossoyeur de la salle et de la tradition.

Houda Benyamina, la réalisatrice de Divines — une exclusivité mondiale de Netflix sauf en France où le film est sorti en salles — nous avait ainsi confié qu’il lui paraissait normal qu’un réalisateur souhaite avant tout voir son film remplir l’espace des vastes écrans blancs de nos bons vieux cinémas.

Et face à cet amour du cinéma en tant que sanctuaire et lieu de culte, Netflix aura beau produire des chefs-d’œuvre, Hollywood n’est pas encore prêt à lui concéder les plus grandes statuettes. Conservatisme ? Assurément, mais nous parlons d’art, la technologie n’est pas un argument suffisant pour déroger à la tradition la plus glamour de l’industrie :  la première en salles et l’imaginaire qui lui est associé. Popcorn, strass et rideaux de velours.

Oh, et bien entendu, l’argent engrangé par les distributeurs qui jouissent d’une situation de monopole bien confortable.

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