Si les producteurs prennent toujours un risque lorsqu'ils se lancent dans un film, un robot prétend désormais pouvoir prédire le succès ou l'échec d'un long-métrage à partir de son script.

En 2016, les studios hollywoodiens ont vécu une série de flops qui, espérons-le, les vaccineront pour les années à venir. Mais en matière de succès au box-office, nous espérons toujours naïvement qu’il s’opère entre le public et une oeuvre une sorte de magie tacite.

Ainsi, après le succès en France de Divineson concluait avec enthousiasme qu’une oeuvre, dès lors qu’elle est marquante, pouvait trouver son public. ScriptBook prétend tout l’inverse.

Le flop, cette imprévisible malédiction

Cet algorithme créé par une startup belge permet de simuler la réception économique d’un film en fonction de critères précis et ainsi d’anticiper son futur succès… ou échec.

L’économiste Nadira Azermai en a eu l’idée après avoir étudié le flop historique du film Gigli, un blockbuster qui réunissait pourtant Ben Affleck et Jennifer Lopez. Ses 54 millions de dollars d’investissement n’ont rapporté que 7 millions de dollars de recettes mondiales, ce qui en fait l’un des pires échecs hollywoodiens des années 2000.

Hollywood rêve de pouvoir éviter les flops

La jeune femme s’étonne de voir une industrie fonder autant d’investissements sur des processus qui restent très instinctifs. Il lui paraît alors évident qu’un outil plus précis et rationnel s’avère nécessaire pour les banques et investisseurs d’Hollywood.

400 scénarios passés au crible

Des années après Gigli, la jeune femme réunit une équipe pour débuter l’immense travail nécessaire à la création d’un algorithme capable de prédire le succès. Avec des heures d’analyses sur des milliers de scénarios, l’équipe a nourri son algorithme de données très précises sur les éléments qui déterminent des échecs en salle. En prenant comme base de données plus de 400 scénarios et 10 000 films, la startup a ainsi tenté d’isoler les paramètres omniprésents dans les flops. Ils en ont dénombré 220.

À l’inverse, le plus dur pour ScriptBook a été d’appliquer certaines règles propres aux succès, comme le fait d’avoir un personnage attachant, une notion qui a nécessité d’apprendre à distinguer les bons protagonistes des mauvais. L’exercice s’est notamment révélé compliqué avec John McClane, le héros de Die Hard : « Le héros n’est pas une ordure mais c’est le flic râleur et cynique donc on a dû recruter une équipe pour annoter les données et répondre à des questions pour indiquer si le héros était attachant. »

Salle de cinéma

Interrogée par Engaget, Azermai explique avoir mené une étude sur la production d’un studio majeur entre 2014 et 2015. Et pour ScriptBook, seul 42 des 70 films réalisés par la firme auraient mérité d’être produits.  Éviter le flop constitue un véritable enjeu pour Hollywood, qui selon Forbes, a perdu plus de 100,9 millions de dollars à cause des 10 plus gros échecs de l’année.

Enfin si on imagine que l’algorithme, une fois ses résultats prouvés, sera apprécié par les investisseurs, on se demande malgré tout si ce type de technique n’aura pas un impact encore plus violent sur le cinéma en général. Dans quelle mesure ScriptBook va-t-il brider la créativité d’un réalisateur et l’audace d’un producteur ?

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