L'artiste Anohni qui signait au printemps un disque avec Apple Music regrette déjà son partenariat, qui lui apparaît comme un piège moderne pour le monde de la musique.

Anohni, membre des Antony and the Johnsons, prend cette semaine la parole contre Apple, entreprise avec laquelle l’artiste a signé un partenariat pour son dernier album Hopelessness.

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Nous avions à la sortie de ce dernier parlé d’un disque engagé et magnifique, produit par une artiste avec une voix politique singulière et pertinente. Anohni parlait alors féminisme, écologie et surtout surveillance de masse et lanceurs d’alerte. Le soutien d’Apple au disque avait déjà quelque chose de curieux, mais ainsi va désormais l’industrie de la musique, qui doit puiser dans les fonds de la tech et des marques pour financer ses projets. Cela dit, Anohni regrette déjà amèrement d’avoir accepté le soutien d’Apple.

La chanteuse revient sur les conditions de cet accord : « Les maisons de disque ne peuvent pas financer l’avance de frais pour payer les productions de disque, ce qui m’a laissée seule pour payer une vidéo ambitieuse. Alors après beaucoup d’hésitations, j’ai accepté de travailler avec Apple sur la vidéo. Je voulais que celle-ci touche une large audience, et seul Apple pouvait m’accorder les ressources pour en faire autant.  »

L’artiste poursuit : « Personne n’a été payé pour faire cette vidéo à l’exception du coiffeur. La vidéo était réalisée gratuitement, juste pour faire un produit que nous étions obligé de louer en exclusivité à Apple pour une fraction de ce qu’ils auraient dû payer s’ils avaient tourné une publicité, alors même que c’était une sorte de pub, même si je ne voulais pas l’admettre à ce moment là.  »

Pour une artiste aussi engagée et créative qu’Anohni, il est vrai que l’apport de son nom à côté de celui d’Apple donne une légitimité à Cupertino dans l’industrie de la musique et pour vendre son Apple Music.

Et si Anohni a refusé l’exclusivité sur le service de streaming, elle considère malgré tout avoir trop participé au système d’Apple : « Ma personne vendue en tant qu’artiste politiquement engagé est un meilleur outil de communication pour Apple que 100 publicités. Cela produit une aura pour Apple, laissant croire que c’est une société d’avant garde, soutien des artiste et incroyablement innovante ou même écologiste, proche des gens et des communauté alors qu’elle est un McDonalds de la high tech qui a volé son argent à ce qui était, un jour, une industrie de la musique diverse.  »

anohni

«  C’est désormais les termes du contrat dans l’industrie. Nous n’avons que ce nous méritons et je suis sûre que nous sommes déjà à un point où nous perdons d’importantes voix artistiques en conséquences de tout cela. » Et comment ne pas s’inquiéter de voir la musique être payée par des marques plutôt que des passionnés qui veulent jouer un rôle dans le monde de l’art ? L’effet d’un tel changement du financement des œuvres aura un impact sur la diversité musicale et c’est bien ce qui inquiète Anohni.

Frank Ocean a lui aussi, par exemple, financé son dernier album grâce à Apple, à cause d’une maison de disque qui l’avait progressivement abandonné. La responsabilité de ces entreprises du siècle dernier qui ont trop longtemps profité des artistes sans réfléchir à la pérennité de leur business reste à questionner.

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