À l'occasion du lancement de Go en France, l'offre premium de SoundCloud, nous avons rencontré Eric Wahlforss, CTO et co-fondateur du service de streaming.

SoundCloud est loin d’être un petit nouveau sur le marché du streaming musical, mais il est longtemps resté confidentiel, utilisé et chéri par les mélomanes avertis et en particulier, les compositeurs de musique électronique. La raison était facilement compréhensible : SoundCloud, c’est avant tout un endroit où les artistes envoient leurs morceaux pour les faire découvrir à leur audience. Que vous vous appeliez Kanye West ou que vous ayez composé votre premier morceau de Dualo, vous pouvez créer un compte artiste sur SoundCloud et commencer à diffuser votre musique.

Culturellement, SoundCloud a donc été un pionnier sur le web en portant la culture du remix, de la mixtape et du sample au numérique. Si le service est lieu d’écoute, c’est aussi un lieu de partage, d’échange, de critique et de collaboration entre musiciens. Ce bel idéal a été mis à mal ces dernières années par des labels soucieux de protéger la propriété intellectuelle des artistes qu’ils avaient signé — et leur porte-monnaie. Ne comprenant pas l’importance du remix dans la culture musical, les grandes maison de production ont porté des coups sévères à SoundCloud. L’entreprise a vacillé, mais n’a jamais chaviré.

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Aujourd’hui, ce climat s’est apaisé. L’entreprise berlinoise fondée par Alex Ljung et Eric Wahlforss est réglo : elle a signé des contrats avec la totalité des grands labels, qu’il s’agisse d’Universal, de Warner Music ou de Sony Music et travaille également avec des labels indépendants. Elle peut non seulement continuer à diffuser la musique que les artistes créent sur la plateforme mais peut aussi, comme Spotify, Deezer ou Apple Music, utiliser le catalogue de ces labels pour son offre premium. Lancée en début d’année aux USA, elle débarque ce mardi en France.

Mais alors de quoi s’agit-il ? D’abord, d’un abonnement à 9,99 euros par mois, comme les autres plateformes du même type. Sur iOS, l’abonnement coûtera 12,99 s’il est souscrit depuis l’App Store — SoundCloud ne pouvant se permettre de répercuter la taxe Apple sur ses finances –, mais un abonnement souscrit n’importe où fonctionnera sur l’application iOS. Les artistes qui ont déjà une offre Pro Unlimited pourront y accéder pour 4,99 € par mois. Plusieurs choses sont proposées pour ce prix :

  • L’accès en illimité à 125 millions de morceaux sans publicité et sans interruption (à titre de comparaison, les autres services en ont autour de 30 millions) ;
  • Un mode hors ligne particulièrement efficace qui vous permettra d’écouter tous vos morceaux sans connexion ;
  • L’accès aux stations radio qui vous permettront de découvrir de nouveaux artistes professionnels ou amateurs à partir des artistes disponibles dans l’offre premium — et SoundCloud en regorge. Notez que les stations sont aussi disponibles sur les offres gratuites.

Nous avons rencontré Eric Wahlforss hier à Paris afin qu’il puisse répondre à nos interrogations sur l’avenir de SoundCloud et sur sa vision de l’industrie musicale aujourd’hui. Pour lui, SoundCloud ne joue pas dans la même cour que les autres services de streaming, car il a derrière lui toute une « communauté de DJs, de musiciens et de compositeurs qui utilisent le service pour publier leurs morceaux rares, leurs enregistrements méconnus ou tout simplement, des variantes de leurs compositions les plus célèbres  ». C’est un côté qu’Apple Music a voulu mettre en avant à son lancement, mais il faut reconnaître que SoundCloud a pris de l’avance sur ce terrain, fédérant des talents qui n’ont pas encore percé.

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D’ailleurs, pour tous ces gens pour qui la musique est une passion et non un métier, SoundCloud laisse ouverte la possibilité de diffuser leur musique gratuitement : « c’est aux artistes et à leurs labels de choisir s’ils veulent être derrière le paywall de l’abonnement premium ou s’ils veulent être disponibles en écoute gratuite soutenue par de la publicité  », affirme Wahlforss. Un modèle qui, pour lui, permet de mettre tout le monde d’accord. C’était essentiel pour lui de garder ce côté « Snapchat du streaming », comme il se plaît à le dire, qui permet à tout un chacun de diffuser ses créations comme il l’entend.

À la question épineuse du risque pour les artistes non médiatisés de voir leurs morceaux effacés par la plateforme à la suite d’un DMCA Takedown demandé par un label, Wahlforss répond en rassurant. SoundCloud a été rattrapé par l’industrie à un moment de son histoire, mais c’est du passé et il nous confirme que les effacements de morceaux se font de plus en plus rare.

Le remix est une partie de la création musicale

« C’est un point sur lequel nous voulons insister auprès des créateurs : l’industrie a compris, aujourd’hui, que le remix était une partie de la création. C’est quelque-chose pour lequel nous nous sommes battus et cela continue à faire partie de notre vision de la musique ». En somme, si vous téléchargez un morceau dont vous n’avez pas les droits sur SoundCloud, leurs algorithmes ne le mettront même pas en ligne ; si vous remixez un morceau, même connu, vous ne risquez plus grand chose.

Ce sont ces exclusivités de facto que SoundCloud recherche pour se différencier de la concurrence : « Nous n’avons pas de projet, pour l’heure, de signer des exclusivités avec de gros artistes pour booster nos ventes. Nous avons déjà énormément de contenu exclusif : c’est  en partie ce que nos utilisateurs adorent  ».

Le bilan de ce nouveau chapitre de l’histoire de SoundCloud se fera dans quelques mois.

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