Entre vrais flux de streaming pirates et arnaques au clic, la Ligue des Champions est toujours l'occasion pour les algorithmes de YouTube de mettre en avant des vidéos en direct qui prétendent retransmettre les rencontres de la compétition de football.

Souvent considéré comme un site de streaming légal, YouTube est aussi souvent un refuge pour les pirates qui y trouvent une audience facilement accessible, et pour certains les moyens de profiter commercialement de la naïveté des internautes. C’est notamment le cas le soir de chaque journée de la Ligue des Champions, comme l’a encore montré mardi soir la demi-finale retour qui opposait le Bayern Munich à l’Atlético Madrid. Ce sera certainement encore le cas ce mercredi soir, lors de l’opposition entre le Real Madrid et Manchester City.

Faute d’accès légal à Canal+, c’est sur YouTube que des téléspectateurs ont pu voir en direct le but plein de sang froid d’Antoine Griezmann, qui a propulsé les Madrilènes en finale de la Champions’League. Plusieurs streams étaient en effet mis automatiquement en avant sur sa chaîne Sport en direct, qui compte un peu plus 76 millions d’abonnés à travers le monde.

Sur YouTube, le rédacteur en chef c’est l’algorithme

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« Cette chaîne a été générée automatiquement par le système de détection vidéo de YouTube », prévient le descriptif de la chaîne. Il renvoie également à une page officielle de Google qui précise que « YouTube génère automatiquement des chaînes regroupant des vidéos tendance et populaires à l’aide d’algorithmes ». C’est le cas de toutes les sous-chaînes de la chaîne Direct, qui regroupe les diffusions en live de YouTube.

« Une chaîne générée automatiquement est créée lorsque nos algorithmes identifient un sujet dont la présence sur le site est significative », explique la filiale de Google. « Nos algorithmes déterminent les sujets principaux d’une vidéo et utilisent cette information pour créer des ensembles de vidéos sur n’importe quel sujet ». Mais, ajoute aussitôt YouTube, «  le contenu de ces chaînes ne reflète pas la politique rédactionnelle de YouTube ». Le rédacteur en chef, c’est l’algorithme.

De vrais pirates et de faux streaming

En conséquence, on trouve de tout lors des ces retransmissions illégales. Mardi, ce sont des retransmissions de chaînes étrangères qui étaient principalement diffusées en direct sur le site, par exemple à travers une chaîne YouTube saoudienne qui « empruntait » les images de BeIn Sport (avec une qualité très relative). Le tout en rapportant de l’argent à la filiale de Google, puisqu’elle ne manque pas d’y afficher ses publicités :

live-youtube

C’est alors un jeu du chat à la souris qui se met en place entre les ayants droits et les streamers, avec de multiples reprises sur des dizaines de chaînes différentes, qui se font et se défont au gré de la soirée.

En vertu des lois qui protègent le statut d’hébergeur, YouTube n’engage sa responsabilité qu’à partir du moment où il n’agit pas rapidement pour retirer un contenu illégal qui lui est signalé. En sus de mécanismes de détection automatique d’empreintes qui permettent aux robots de détecter d’éventuelles fraudes, BeIn Sport, Canal+ et les autres détenteurs des droits de rediffusion exclusive (voire l’UEFA elle-même) doivent donc constamment signaler à YouTube les nouvelles chaînes qui violent leurs droits, pour obtenir leur retrait.

Celui-ci se manifeste chez l’internaute frustré par cet encart, qui apparaît soudainement au milieu d’une passe entre le milieu de terrain et son attaquant de pointe :

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Mais les streamers les plus populaires, qui peuvent réunir plusieurs dizaines de milliers de spectateurs branchés au même moment, n’ont pas ce problème. Car ils se servent uniquement de YouTube comme une vitrine publicitaire, en attirant le chaland de passage et en misant sur les algorithmes de YouTube pour en attirer toujours plus, façon boule de neige. Un stream populaire est forcément un bon stream, croit naïvement l’internaute.

Mais sur cette chaîne qui prétendait diffuser Bayern Munich / Atlético Madrid, tout ce que l’internaute voyait étaient des publicités qui tournaient littéralement en boucle — générant sans doute quelque menue monnaie pour son éditeur et pour YouTube lui-même. Chaque tentative de passer la publicité ne faisait qu’en déclencher une nouvelle. Le match lui-même n’était pas retransmis mais commenté en texte, dans l’espace de discussion à droite de la vidéo.

Une activité parfaitement légale, qui tire intelligemment profit de la recherche que font les internautes de flux de streaming pirates.

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Dès ce mercredi après-midi, la chaîne était fin-prête pour accueillir les futurs « spectateurs » en mal de streaming, pour le match Real Madrid / Manchester City :

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