Réalisatrice, photographe et journaliste, Laura Poitras présente sa première exposition au Whitney Museum à New-York. Nom de code : Astro Noise.

Récemment délocalisé dans le très branché Meatpacking District, le Whitney Museum of American Art a délaissé ses anciens locaux de l’Upper East Side imaginés par Marcel Breuer. Le nouveau musée dessiné par Renzo Piano accueille depuis le 5 février, la première exposition de Laura Poitras, Astro Noise.

Laura Poitras est une des petites bêtes noires des États-Unis. Elle a réalisé plusieurs documentaires dont My Country, My Country  en 2004 sur l’occupation américaine en Irak qui lui valu d’être placée sur la liste de surveillance du Département de la sécurité Intérieure. Mais cette journaliste est surtout connue pour avoir publié les révélations d’Edward Snowden, sur qui elle a ensuite réalisé Citizenfour. Ce film documentaire traite de la surveillance de masse et retrace l’histoire du lanceur d’alerte. Cet travail d’investigation aussi ambitieux que complet a permis à la journaliste et réalisatrice de remporter l’Oscar du meilleur film documentaire en 2015.

Astro Noise et art politique

Pour cette exposition, Laura Poitras a créé une série d’installations immersives traitant des sujets qui lui sont chers : surveillance de masse, Guantanamo, occupation américaine, torture, programme de drones américains, directement tirés de ses films et réalisations. Laura Poitras présente des extraits de films, comme celui de l’interrogatoire du chauffeur d’Oussama Ben Laden, Salim Hamdan, réalisé en Afghanistan lors d’une opération de la CIA. On y voit un prisonnier, assis à même le sol, et un militaire ou peut-être un agent de la CIA, armé jusqu’au dent, superviser cet interrogatoire.

Cette vidéo ne révèle rien de vraiment sensible puisqu’elle a été déclassifiée par les autorités américaines, le but étant ici, surtout, de susciter une émotion, un sursaut ou un frisson chez le spectateur.

Mais que signifie Astro Noise ? Il s’agit du nom qu’Edward Snowden avait donné au fichier chiffré qui contenait toutes les informations liées à la NSA et à la surveillance de masse qu’elle pratique. Avec Glenn Greenwald, Laura Poitras a écumé ces milliers de fichiers pour en faire les documents essentiels que nous connaissons. Astro Noise est aussi un symbole, celui des faibles distorsions des radiations thermiques émises par le Big Bang. La métaphore n’a pas besoin d’être expliquée.  « Cette exposition est une façon de présenter au grand public le mécanisme et la culture de la surveillance mais aussi celui de la terreur et de la guerreLaura Poitras prouve que l’art est une réponse à la surveillance totale  », a commenté le directeur du musée.

Vous pourrez visiter l’exposition jusqu’au premier mai.

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