C’est un aveu qui relancera le débat sur le chiffrement des smartphones : deux jours après la fusillade qui a fait 26 morts dans une église de Sutherland Springs, au Texas, le FBI a admis que les enquêteurs n’étaient pas encore parvenus à entrer dans le téléphone du tueur présumé afin d’éclaircir les raisons pour lesquelles il est passé à l’acte.

Lors d’un point presse, un responsable de la police fédérale, Christopher Combs, a déclaré que ses collègues « sont en train d’ausculter le téléphone » mais « qu’à cette heure, nous ne sommes malheureusement pas en mesure d’entrer dedans ». « Cela met en lumière un problème dont vous avez déjà entendu parlé auparavant », a-t-il ajouté, en référence au cas de la fusillade de San Bernardino.

« Avec les avancées de la technologie pour ces smartphones et le chiffrement, les forces de l’ordre au niveau local ou fédéral ont de plus en plus de mal à entrer dans ces terminaux », a-t-il affirmé. Fin octobre, le directeur du FBI, Christopher Wray, a affirmé que les données de plus de 6 900 appareils étudiés par le FBI en près d’un an sont restées hors de portée de la police, ce qui constitue un « énorme problème ».

« Je ne vais pas dire de quel smartphone il s’agit, parce que je ne veux pas dire à tous les voyous en liberté quel modèle acheter pour affecter nos efforts pour essayer d’appliquer la justice », a ajouté Christopher Combs. Il faut noter que les deux systèmes d’exploitation les plus répandus sur le marché, à savoir Android et iOS, proposent des solutions pour chiffrer le contenu du téléphone.

« Je ne vais pas dire de quel smartphone il s’agit »

Et cette mesure tend de plus en plus à être activée par défaut, en fonction de la version de l’O.S. installée et des capacités techniques du smartphone.

« Je peux simplement vous assurer que nous travaillons d’arrache-pied pour pouvoir entrer dans ce téléphone et nous continuerons jusqu’à ce que nous trouvions une réponse. Je ne sais pas combien de temps cela va prendre pour être honnête. Cela pourrait être demain, dans une semaine ou dans un mois. Nous ne le savons pas encore. Mais nous allons continuer à plancher sur la question », a-t-il conclu.

L’Europe s’interroge aussi

Les problématiques liées au chiffrement concernent aussi l’Europe. Plusieurs responsables politiques ont exprimé la même position délicate d’équilibriste au sujet du chiffrement de bout en bout en vigueur sur des applis de messagerie sécurisée comme WhatsApp. La ministre britannique de l’intérieur Amber Rudd ou encore le président français Emmanuel Macron ont notamment démontré leur méconnaissance du sujet.

Début octobre, c’est le procureur de la République de Paris François Molins et trois de ses homologues étrangers qui signaient une déclaration pour s’en prendre aux effets du chiffrement des communications sur le travail des enquêteurs. De son côté, la Commission européenne, tout en affirmant être contre les portes dérobées, qui nuiraient gravement la sécurité sur Internet, souhaite améliorer le déchiffrement.