La Nasa devrait être dirigée par un homme politique, sans bagage scientifique particulier et surtout qui manifeste des opinions climatosceptiques. Rien d'étonnant dans un monde ou Donald Trump est au pouvoir.

C’est une nomination qui ne surprend finalement personne, tant elle est à l’image de la présidence américaine. Après l’agence de protection de l’environnement, dirigée depuis le début de l’année par un climatosceptique notoire, c’est au tour de la Nasa d’être reprise en main par une personnalité partageant les vues de Donald Trump sur la prétendue absence d’effet des activités humaines sur le climat.

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CC US Congress

Comme le rapporte Le Figaro, Jim Bridenstine a passé le 1er novembre son grand oral devant une commission spécialisée du Sénat des États-Unis pour tester son aptitude à diriger l’agence spatiale américaine. On sait depuis début septembre que le chef de l’État  veut nommer cet ancien pilote de l’aéronavale, depuis devenu représentant à la Chambre, administrateur de la Nasa.

Ce choix constitue une rupture avec une règle informelle très généralement observée depuis la création en 1958 de la Nasa qui veut que l’organisation soit dirigée par une personne ayant une formation en sciences ou qui a fait une partie de sa carrière comme astronaute (on relève quelques exceptions, comme James E. Webb, James M. Beggs et Sean O’Keefe).

Il n’est certes pas absolument nécessaire d’être un scientifique ou un astronaute pour diriger la Nasa — il faut surtout être un bon gestionnaire : les trois exceptions citées ci dessus sont par exemple diplômées en droit, en management ou administration publique et dans le cas de James E. Webb, son travail a même été honoré par la Nasa en choisissant son nom pour désigner le remplaçant du télescope spatial Hubble.

« Le patron de la Nasa devrait être un professionnel de l’espace et pas un politicien »

Mais c’est un atout indéniable pour saisir les enjeux auxquels la Nasa fait face, rendre certains arbitrages et justifier les crédits dont elle a besoin pour fonctionner. Certes, Jim Bridenstine est diplômé en management et siège depuis 2013 dans le comité des sciences, de l’espace et des technologies, mais ses positions climatosceptiques et le fait qu’il soit un politique posent problème.

« Le patron de la Nasa devrait être un professionnel de l’espace et pas un politicien » a critiqué un élu démocrate, Bill Nelson, à Politico. Car le risque évident que charrie cette nomination est de voir cette institution être utilisée à de politique partisane intérieure — à l’extérieur, la Nasa était déjà utilisée à des fins politiques, notamment lors de la fameuse course à l’espace contre l’URSS.

CC Garrett Carroll

Étant donné que l’intéressé est climatosceptique, bien qu’il ait adouci son discours lors de son audition au Sénat, on peut donc se demander si des décisions négatives ne vont pas être prises à l’encontre de la Nasa, celle-ci ayant une activité notable dans la recherche scientifique autour du réchauffement climatique. La Nasa gère par exemple l’institut Goddard, spécialisé dans cette problématique.

Selon Le Figaro, Jim Bridenstine a voulu montrer un profil bienveillant en expliquant qu’il n’était pas question de sanctionner les chercheurs de la Nasa qui travaillent sur le climat. Il a aussi assuré que la dissolution de la division d’étude de la Terre de la Nasa n’était pas dans ses intentions. Reste que dans le doute, on ne saurait trop conseiller aux chercheurs de continuer à dupliquer leurs travaux à l’étranger.

Des signaux négatifs

La menace est en effet loin d’être théorique.

Sur l’environnement, Donald Trump a par exemple été accusé d’avoir sabordé une étude potentiellement gênante pour sa politique pro-charbon, de museler les scientifiques travaillant dans les administrations environnementale et agricole, de geler les subventions et les contrats de l’Agence de protection environnementale et de présenter différemment les faits.

Il faudra vérifier à l’avenir si la page de la Nasa dédiée aux preuves sur le dérèglement climatique ne subit pas d’étranges retouches. On rappelle que le jour même de l’investiture de Trump, malgré le consensus qui existe sur un phénomène physique qui fait l’objet d’un suivi international depuis bientôt trente ans, toutes les références sur le changement climatique ont été retirées du site de la Maison Blanche.

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