Pour tenter d'influer sur le cours de la campagne présidentielle américaine, la campagne russe a notamment animé des comptes censés représenter les intérêts des Afro-Américains. Le compte Blacktivist(s), sur Facebook et Twitter, offre un exemple concret des tactiques déployées.

Alors que l‘enquête se poursuit sur la stratégie d’influence russe menée sur les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle américaine de 2016, on en sait désormais un peu plus sur le type de propagande déployée par ces utilisateurs.

CNN s’est en effet penché sur l’un des 470 faux comptes identifiés par Facebook parmi ceux qui ont dépensé plus de 100 000 dollars pour déployer près de 3 000 publicités ciblées à destination de l’électorat américain.

Ainsi, le compte Blacktivist, présent aussi bien sur Facebook que sur Twitter (@blacktivists), cherchait, selon le média, à « amplifier les tensions ethniques  au cours de la campagne présidentielle ». Un objectif réalisé en alimentant la page de contenu rappelant celui de véritables mouvements citoyens comme Black Lives Matter, qui dénonce notamment les violences policières commises contre les Afro-Américains.

Capture d’écran CNN

360 000 « j’aime »

Sur la page ou le compte Twitter de Blacktivist, on trouvait ainsi des publications visant à entretenir les tensions avec des appels à l’action ou à l’indignation : « Les Noirs devraient se réveiller le plus vite possible », «  les familles noires sont divisées et détruites par l’emprisonnement de masse et la mort [d’Afro-Américains] ». Blacktivist diffusait aussi régulièrement des vidéos de violences policières contre des Afro-Américains auprès des 360 000 utilisateurs aimant sa page, loin devant la communauté du compte (authentique) de Black Lives Matter et ses 301 000 « j’aime ».

CNN indique par ailleurs que la page a relayé au moins 7 événements organisés sur le territoire américain en 2016, à portée assez large puisqu’ils pouvaient aussi bien concerner le cinquantenaire du mouvement des Black Panthers que la commémoration de la mort de Freddie Gray, un Afro-Américain décédé des suites de violences policières en avril 2015. Cette marche a notamment été relayée par RT, le média russe connu pour sa proximité avec le Kremlin.

Si ces manifestations ont été mises en place, pour partie, par de véritables organisateurs, la page Blacktivist entendait en accroître la portée en les médiatisant un peu plus, sans doute dans l’espoir qu’un plus grand nombre de participants augmente les chances de voir ces manifestations dégénérer et faire la une des médias. À l’instar des rassemblements anti-immigration mis en avant par certaines publicités ciblées.

Les informations entourant le compte Twitter — créé en avril 2016 — ont déjà été remises au Congrès pour lui permettre d’enquêter plus en avant : celles du compte Facebook devraient bientôt suivre. Les deux étaient encore actifs jusqu’au mois dernier, et ce alors que certains indices laissaient entrevoir l’origine étrangère des comptes, comme des formulations parfois maladroites ou l’usage systématique de l’apostrophe en « ` » au lieu de « ‘ ».

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