Sur le web égyptien, la censure s'accentue pour les médias privés et les sites d'information. Ce mardi, ils seraient 62 médias à avoir été coupés en Égypte par le gouvernement. Une tension qui accompagne le durcissement des politiques numériques du régime égyptien.

Début mai, les internautes égyptiens se surprenaient à découvrir des dizaines de sites d’information hors ligne. Il y avait alors précisément 21 plateformes d’actualités arabes qui avaient été attaquées par la censure imposée par le gouvernement de Fattah al-Sissi.

Ce mardi matin, c’est une nouvelle vague de coupures qui prolonge les premières censures du printemps. Selon l’Association égyptienne pour la liberté de penser et d’expression, le web local compterait actuellement plus de 62 adresses de sites d’actualité déjà coupées.

62 adresses de sites d’actualité hors ligne

La plupart des victimes de la censure gouvernementale sont des groupes d’information privés. Les autorités égyptiennes, qui procèdent actuellement à de nombreuses restrictions des libertés informatiques, accusent les sites touchés de proximité — soit avec le Qatar, soit avec les frères musulmans que le régime actuel a chassé du pouvoir en 2013.

Une jeune presse privée censurée

Mais selon l’ONG AfteEgypt et Reuters, c’est bien l’ensemble des médias sans affinité avec le régime qui sont menacés. Le monde médiatique égyptien s’était diversifié et épanoui lors des dernières années du régime de Mubarak, durant lesquelles le dirigeant avait libéralisé le milieu de la presse. Aujourd’hui, ce sont ces jeunes titres qui sont prioritairement touchés par la censure.

Le Caire
CC. Dan

Ainsi, sans liens avec les frères musulmans ou le Qatar, Al-Borsa un quotidien financier privé, en forte croissance, se retrouve débranchée du web ce mardi matin. Tout comme Mada Masr, un média progressiste et libéral aucunement lié à l’islam politique. Pour Lina Atallah, journaliste de Mada Masr, la chape de plomb numérique du gouvernement incarne la couardise du censeur : « S’ils font quelque chose de plus grave comme arrêter nos équipes ou moi, cela ferait grand bruit ; mais bloquer notre site internet est la meilleure manière de nous paralyser sans en payer le prix.  » explique-t-elle à Reuters.

Pour certains, cette censure répond au calendrier de la présidentielle égyptienne qui doit se tenir en 2018 et verra, très certainement, le Président Fattah al-Sissi se porter candidat à sa propre succession. Pour Adel Sabry, de Masr al-Arabia bloqué le mois passé : « Il y a des personnalités qui se préparent pour la présidence, et elles doivent se faire entendre sinon, elles ne pourront l’emporter.  » prévient le journaliste qui voit dans la censure un moyen pour le régime d’empêcher l’émergence d’opposants. Hussein Abd Rabo d’Al-Borsa confirme l’analyse de son confrère : « L’objectif est de n’avoir plus qu’une seule voix  » assure-t-il.

Cette censure que le gouvernement refuse toujours d’expliquer et de commenter, s’ajoute au durcissement de la surveillance des égyptiens par le pouvoir militaire de Fattah al-Sissi. Lundi, nous apprenions que le gouvernement avait posé un ultimatum à Uber pour accéder aux donnés des utilisateurs égyptiens de la plateforme de VTC.

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