Vladimir Poutine a reconnu pour la première fois la possibilité d'un piratage russe à l'occasion des élections présidentielles américaine et française. Ce faisant, le président russe nie de nouveau toute responsabilité pour évoquer la piste de « hackers patriotes » sans rapport avec le Kremlin.

Oui, des hackers russes ont peut-être joué un rôle dans les campagne présidentielle américaine et française. Vladimir Poutine l’a lui-même reconnu lors d’une intervention à un forum économique organisé à Saint-Pétersbourg ce jeudi 1er juin. Il s’est livré au passage à une curieuse comparaison, les présentant comme des « artistes » qui décident de leur(s) cible(s) selon leur humeur au réveil.

Si cette déclaration constitue une première pour le président russe, qui a jusqu’ici farouchement nié toute implication malgré les accusations portées contre son pays, il a dans le même temps continué à dédouaner son gouvernement. Tout en soulignant ses doutes à l’idée que de telles interventions ont pu véritablement influencer le résultat de l’élection : «  Nous ne sommes pas impliqués au niveau étatique dans ce [piratage]. Nous n’avons nullement l’intention de l’être à l’avenir, bien au contraire : nous essayons de lutter contre sur notre territoire. »

Les services de renseignement américains accusent ouvertement, dans un rapport publié en janvier, la Russie d’avoir tenté d’interférer dans l’élection, notamment en hackant les mails du Parti démocrate et en les fournissant (directement ou non) à Wikileaks. Une manœuvre qui aurait permis de favoriser l’élection de Donald Trump, jugé plus favorable aux intérêts russes, et actuellement dans l’embarras pour ses liens présumés avec le pays.

Poutine évoque des « hackers patriotes »

Côté français, En Marche ! avait pour sa part affirmé, en février 2017, avoir subi « des milliers d’attaques numériques en provenance des frontières russes ». Depuis, Emmanuel Macron, devenu président, a accueilli Vladimir Poutine à Versailles et abordé la propagande de médias comme RT sans toutefois évoquer les cyberattaques. L’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes) vient pour sa part d’affirmer qu’il est difficile de savoir si les hackers russes accusés du piratage du parti démocrate, le groupe APT28, sont derrière les Macronleaks dévoilés deux jours avant le second tour de l’élection présidentielle.

La Russie pourrait-elle tenter d’interférer dans les élections à venir en Allemagne ? «  Si des hackers sont patriotes, Est-ce possible ? Théoriquement, oui. Si des hackers ont l’esprit patriotique, ils commencent à apporter leur propre contribution à ce qu’ils estiment être un combat juste contre ceux qui parlent en mal de la Russie » a reconnu Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg, en distanciant bien ces pirates potentiels de l’autorité russe.

Reste que le Kremlin est habitué à se dédouaner de toute implication même s’il est derrière l’attaque, comme l’expliquait le journaliste russe Andreï Soldatov à Libération en janvier 2017 : « L’externalisation de missions sensibles est une marque de fabrique du Kremlin, pour réduire les risques et pouvoir nier sa responsabilité. »

Et comme le souligne le New York Times, Vladimir Poutine est un habitué des déclarations variables : il a notamment longtemps nié toute présence de forces militaires russes en Ukraine, évoquant de simples touristes, avant de finir par admettre qu’il y avait « bien évidemment » des troupes russes sur place.

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