Mounir Mahjoubi, candidat d'En Marche aux législatives et ancien directeur de la campagne numérique d'Emmanuel Macron, appelle à la création d'une quatrième armée à vocation « cyber ». Mais celle-ci existe déjà en partie.

La France doit impérativement se doter d’une quatrième armée — en plus de l’armée de la terre, de l’armée de l’air et de la marine — pour combattre les menaces issues des réseaux informatiques. Tel est le message qu’a lancé Mounir Mahjoubi lors de son passage en début de semaine sur les ondes de France Info. Aux yeux du candidat d’En Marche, investi dans la 16e circonscription de Paris pour les élections législatives, le temps de l’insouciance est terminé.

« La faiblesse, c’est la naïveté face au risque numérique. Cela a été le cas en Europe, dans beaucoup de pays démocratiques. Cela a été le cas en France jusqu’à encore il n’y a pas longtemps. Aujourd’hui, on a compris », explique celui qui a été autrefois le président du Conseil national du numérique et le chef d’orchestre de la campagne numérique d’Emmanuel Macron.

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Mounir Mahjoubi.
CC Swanny Mouton

Revenant sur l’affaire WannaCrypt, qui a causé d’importants dégâts à la mi-mai dans le monde entier, Mounir Mahjoubi explique que « c’est très grave pour une entreprise qui se fait cyber-attaquer ou cyber-menacer. Cela peut toucher le système de paie, le système de planification qui tombe du jour au lendemain. Et quand on vous réclame 70 000 euros, vous êtes prêts à payer ».

La lutte contre ce type de menace pourrait bien être l’une des missions à venir de cette quatrième armée que Mounir Mahjoubi appelle de ses vœux. Mais il prévient toutefois qu’il faudra « mobiliser la volonté nationale » car cela va « coûter de l’argent ». Mais ces dépenses valent selon lui la peine car il s’agit en bout de course de « protéger les citoyens, les entreprises et les administrations ».

Protéger les citoyens, les entreprises et les administrations

Mais, admet le candidat d’En Marche, les choses vont dans le bon sens avec une prise de conscience de la nécessité de renforcer les moyens des structures dédiées à la défense informatique. « Il a fallu différentes attaques, il a fallu la menace permanente de certains de nos ennemis pour comprendre qu’il fallait des moyens, des êtres humains, des personnes formées, des moyens financiers et technologiques ».

La question de la cyberdéfense figure dans le programme d’Emmanuel Macron : « nous confirmerons la cyberdéfense et la cybersécurité comme priorités de notre sécurité nationale ». Elle devrait être tout naturellement figurer dans le nouveau livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui est attendu pour fin 2017, et dans la prochaine loi de programmation militaire pour la période 2019 – 2025.

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Jean-Yves Le Drian.
CC Brookings Institution

La défense n’a toutefois ni attendu Emmanuel Macron ni Mounir Mahjoubi pour lancer le chantier d’une quatrième armée dédiée au « cyber ». En 2014 par exemple, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian expliquait que « dans la loi de programmation […], il y a sur toute la période un milliard d’euros consacrée à la lutte contre les cyber-menaces et pour assurer notre cybersécurité ».

« Demain, je pense qu’il y aura quatre armées : terre, mer, air et cyber. Parce que c’est un enjeu », ajoutait-il. Et d’ajouter,à l’issue de l’exercice DEFNET 2014, qui vise à tester le niveau de préparation des forces armées dans plusieurs scénarios de cyberdéfense : « imaginez, un calculateur de tir qui tombe en panne au moment de riposter à un raid d’avions adverses ! […] L’enjeu est tellement fort ».

Des réflexions dès 2008

En réalité, les bases d’une réflexion sur la cyberdéfense ont été jetées dès 2008 avec le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale voulu par Nicolas Sarkozy. La France a alors commencé à percevoir le « cyber » comme un nouveau champ de bataille. L’évolution de la doctrine militaire française a connu un coup d’accélérateur avec l’édition 2013 du livre blanc, quand il a été décidé d’en faire une priorité nationale.

Depuis, la France a organisé sa doctrine en matière de lutte informatique offensive et, en plus de la tenue d’exercices dédiés comme PIRANET 2012, elle a validé la création d’un corps de réservistes spécialisés, mis en place une agence spécialisée, rejoint un centre de l’OTAN dédié à la cyberdéfense, installé un commandement des opérations cyber ou encore lancé une campagne de recrutement.

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